Quelques principes pour traduire correctement les écrits d'Ellen White

textes extraits et adaptés du livre Lire Ellen White, de George Knight, pages 47 à 135

Commencez avec de bonnes dispositions

Premièrement, commencez votre lecture en priant pour recevoir sagesse et compréhension. Le Saint-Esprit, qui a inspiré l'oeuvre des prophètes à travers les siècles, est le seul à être en mesure de dévoiler le sens de leurs écrits.

Deuxièmement, abordez votre étude avec un esprit ouvert. Personne n'est exempt de préjugés ou de partis pris. Nous reconnaissons aussi que les opinions préconçues concernent tous les domaines de notre vie. Mais cela ne signifie pas que nous devions les laisser nous dominer.

La lecture d'Ellen White, avec foi plutôt qu'avec scepticisme, est une troisième bonne attitude. Comme Ellen White l'a déclaré :

« Beaucoup considèrent comme une vertu, une marque d'intelligence d'être incrédule, de remettre en question et de chercher des faux-fuyants. Ceux qui veulent douter en auront largement l'occasion. Dieu ne se propose pas d'ôter toute raison de douter. Il donne des preuves qui doivent être étudiées avec soin, avec un esprit d'humilité et d'écoute, et chacun devrait décider en fonction du poids de l'évidence. » – Testimonies for the Church, volume 3, page 255.

« Dieu donne assez de preuves à l'esprit impartial pour parvenir à la foi, mais ceux qui se détournent de ces démonstrations parce qu'il y a quelques éléments que leur esprit limité ne peut saisir, resteront dans l'atmosphère froide et réservée de l'incrédulité et du doute interrogateur et leur foi fera naufrage. » – Testimonies for the Church, volume 4, pages 232 à 233.

Si l'on attend que toutes les possibilités de douter soient éliminées, jamais on ne parviendra à croire. C'est aussi vrai pour la Bible que pour les écrits d'Ellen White. Notre acceptation repose sur la foi plutôt que sur une démonstration personnelle. Ellen White écrit :

« Ceux qui ont le plus à dire sur les témoignages sont généralement des personnes qui ne les ont pas lus, tout comme ceux qui se vantent de ne pas croire à la Bible sont ceux qui connaissent mal ses enseignements. » – Messages choisis, volume 1, page 51.

Concentrez-vous sur l'essentiel

Une personne peut lire des documents inspirés au moins de deux manières. L'une consiste à examiner les thèmes principaux traités par l'auteur, l'autre à rechercher les choses qui sont nouvelles et particulières. La première conduit à ce qui peut être appelée une théorie du centre, l'autre à une théologie de la périphérie.

Qu'est-ce qui rend l'enseignement de nombreux apôtres de la « nouvelle lumière » si impressionnant dans leur évidente sincérité et fait que beaucoup de ce qu'ils ont à dire puisse paraître une vérité nécessaire ? Comment pouvons-nous nous dire que nous sommes au centre ou que nous nous égarons au-delà de ce qui est vraiment important ? Dans le livre Education, se trouve un passage significatif d'Ellen White :

« La Bible est son propre interprète. Ce n'est qu'à l'Ecriture qu'on peut comparer l'Ecriture. Celui qui l'étudie doit apprendre à considérer la Parole de Dieu comme un tout et à avoir les relations qui existent entre ses différentes parties. Il doit apprendre à connaître le thème central du saint Livre : le plan originel de Dieu pour le monde, la montée du grand conflit, l'oeuvre de la rédemption. Il doit comprendre la nature des deux forces qui se combattent, apprendre à en relever l'empreinte dans les récits de l'histoire et de la prophétie, jusqu'à l'accomplissement de toutes choses. Il doit voir que cette lutte se poursuit à tous les instants de l'expérience humaine, que dans chacun de ses actes il agit lui-même selon l'une ou l'autre de ces forces antagonistes, et qu'à chaque instant il choisit son camp, qu'il le veuille ou non. » – Education, page 216.

Un passage similaire sur le « grand thème central » de la Bible le définit même plus précisément. « Le thème central de la Bible, celui auquel se rattachent tous les autres, c'est le plan de la rédemption, la restauration en l'homme de l'image de Dieu. » A la lumière de ce grand thème central de la Bible, « chaque sujet prend alors un sens nouveau. »Education, page 141.

De tels passages nous indiquent la marche à suivre pour la lecture de la Bible et des écrits d'Ellen White. Lisez pour avoir une vue d'ensemble. Lisez pour découvrir les grands thèmes centraux. Le but de la révélation de Dieu à l'humanité est le salut. Ce salut est orienté vers la croix du Christ et notre relation avec Dieu. Toute notre lecture se situe dans ce contexte et les questions qui sont proches du thème central sont évidemment d'une importance plus grande que celles qui sont périphériques.

Il est de notre devoir de chrétiens de nous préoccuper des questions centrales de la Bible et des écrits d'Ellen White plutôt que des questions marginales. Si nous agissons ainsi, les questions secondaires resteront à leur place dans le contexte du « grand thème central » de la révélation de Dieu à son peuple.

Se représenter les problèmes de communication

Le processus de communication n'est pas aussi simple qu'il pourrait paraître à première vue. Le sujet était certainement au centre des préoccupations de James White alors qu'il voyait les difficultés de sa femme à conduire les premiers adventistes sur le chemin de la réforme. En 1868 il écrivait que

« ce qu'elle pouvait dire à l'égard des nonchalants était pris par les zélés comme un appel à dépasser les limites. Et ce qu'elle pouvait dire pour avertir les prompts, les zélés et les imprudents, était pris par les indolents comme une excuse pour rester loin en arrière. » – Review and Herald, 17 mars 1868.

Quand nous lisons Ellen White, nous devons toujours garder à l'esprit les difficultés élémentaires de la communication auxquelles elle était confrontée. Au-delà des difficultés propres à la diversité des personnalités, mais en rapport avec elle, s'ajoute le problème de l'imprécision du sens des mots. De plus, des personnes diverses, connaissant des expériences variées, interprètent le même mot différemment.

Par rapport à la lecture de la Bible, Ellen White a écrit ceci :

« Il y a une grande variété de mentalités. Selon le niveau d'instruction et la formation intellectuelle, les mêmes mots font une impression différente. Il n'est pas facile à quelqu'un de communiquer à une personne de tempérament, d'éducation et d'habitudes mentales différentes, les pensées qui lui semblent claires et distinctes. (…) La Bible a dû être donnée en un langage humain. Or, tout ce qui est humain est imparfait. Un mot peut prendre plusieurs significations. On ne trouve pas un mot juste pour exprimer une idée. La Bible se propose un but essentiellement pratique. Les esprits portent des empreintes différentes. Tous ne comprennent pas de la même manière une expression ou une déclaration. Il en est qui saisissent les déclarations de l'Ecriture d'après leur mentalité et leurs désirs. Des idées arrêtées à l'avance, des préjugés, des passions contribuent puissamment à obscurcir l'entendement et à jeter la confusion dans l'esprit, même quand il s'agit de la lecture des Ecrits sacrés. » – Messages choisis, volume 1, pages 21 à 23.

Ce qu'Ellen White a dit des problèmes de compréhension du sens des mots de la Bible, s'applique aussi à ses propres écrits. La communication dans un monde en crise n'est jamais facile, même pour les prophètes de Dieu.

Il faut garder à l'esprit les problèmes de base de la communication lorsque nous parcourons les écrits d'Ellen White. Pour finir, de tels faits devraient nous rendre prudents dans notre lecture, afin que nous n'accordions pas une importance exagérée à telle ou telle idée qui a été portée à notre attention, quand nous étudions les conseils de Dieu à son Eglise. Nous nous assurerons que nous avons largement consulté ce qu'Ellen White a écrit sur le sujet et que nous avons examiné les déclarations qui paraissent extrêmes à la lumière de celles qui peuvent les modérer et leur faire contrepoids. L'ensemble d'une telle recherche devrait se faire, bien sûr, en ayant à l'esprit le contexte historique et littéraire de chaque déclaration.

Etudiez un sujet de façon exhaustive

Quand nous lisons cet ensemble de conseils donnés par Ellen White sur un sujet, l'image que nous nous en faisons est très différente de celle qui nous vient à l'esprit en lisant une partie seulement de ses écrits ou de citations isolées. Souvent, durant son long ministère, Ellen White a eu affaire à ceux qui ne prenaient en compte qu'une partie de ses conseils. Lors de la session de la Conférence Générale de 1891, elle s'adressa en ces termes aux délégués :

« Quand cela vous arrange, vous acceptez les témoignages comme s'ils méritaient votre confiance et vous les citez pour appuyer toute idée que vous voulez faire triompher. Mais qu'arrive-t-il quand la lumière donnée corrige vos erreurs ? Quand les témoignages contredisent vos idées, vous n'en faites aucun cas. » – Messages choisis, page 48.

Dans cet ordre d'idées, on trouve deux approches des écrits d'Ellen White. L'une rassemble toutes ses déclarations pertinentes sur un thème. L'autre sélectionne de ses écrits les seuls paragraphes, déclarations ou chapitres plus importants, qui soutiennent ce que l'on veut particulièrement souligner. La seule approche fidèle est la première. Pour respecter l'intention d'Ellen White, il est important de lire abondamment ce qu'elle a écrit sur la question.

Mais notre conclusion ne doit pas seulement être fondée sur l'ensemble de sa pensée sur le sujet. Elle doit aussi s'harmoniser avec la teneur de l'ensemble de ses écrits. Non seulement des partis pris, mais aussi de faux raisonnements, ou d'autres mauvais usages de ses écrits peuvent conduire à des conclusions erronées.

Evitez les interprétations extrêmes

L'histoire de l'Eglise chrétienne est remplie d'individus qui interprètent de manière outrancière les enseignements de Dieu et définissent leur fanatisme comme de la « fidélité ». Malheureusement, c'est aussi vrai pour certains chrétiens adventistes. La propension à l'extrémisme semble faire partie de la nature humaine déchue. Dieu a cherché à corriger cette tendance au moyen de ses prophètes.

Même si l'équilibre caractérise les écrits d'Ellen White, il ne définit pas toujours ceux qui les lisent. Ellen White eut affaire à des extrémistes tout au long de son ministère. En 1894, elle fit remarquer

« qu'il y a une catégorie de personnes qui est toujours prête à partir sur la tangente, qui veut saisir quelque chose d'étrange, de magnifique, de nouveau. Mais Dieu voudrait que tous avancent posément, avec prévenance, en choisissant leurs termes, pour qu'ils soient en accord avec la solide vérité propre à notre temps. Celle-ci requiert d'être présentées, aussi libre que possible de toute sensiblerie, tout en portant l'intensité et la solennité qui lui convient. Nous devons nous prémunir de ceux qui sont excessifs et ne pas encourager ceux qui sont froids ou chauds bouillants. » – Testimonies to Ministers, pages 227 à 228.

Près de quatre décennies plus tôt, Ellen White a écrit qu'elle a « vu que bon nombre ont tiré avantage de ce que Dieu a montré par rapport aux péchés et aux erreurs des autres. Ils ont radicalisé le sens de ce qui a été montré en vision et l'ont poussé au point d'affaiblir la foi de beaucoup dans la révélation divine. » (Testimonies to the Church, volume 1, page 166).

Une partie de notre tâche, lorsque nous lisons Ellen White, est d'éviter les interprétations extrêmes pour comprendre son message avec sa propre pondération. Il en découle que nous avons besoin de lire les conseils en prenant en compte toutes les facettes d'un sujet.

Voici le cas de ses paroles sévères à propos des jeux. « En se plongeant dans des divertissements, des parties de jeux, des spectacles de lutte », écrit-elle, « les étudiants de l'université de Battle Creek déclarent au monde que le Christ n'est pas leur maître en aucune de ces choses. Tout cela suscite la réprobation de Dieu. » Cette ferme déclaration et d'autres, semblables, ont conduit bon nombre à la conclusion que Dieu désapprouve tous les jeux de ballon et autres. Mais ici, comme dans toute interprétation extrême, il faut rester prudent. D'ailleurs, la phrase qui suit immédiatement dit ceci : « Maintenant, ce qui me fait souci, c'est le danger de tomber dans l'autre extrême. » (Fundamentals of Christian Education, page 378).

Comme le montre la citation suivante, Ellen White n'approuve aucun des extrêmes au sujet des jeux de ballon ou de table. Parlant des parents et des enseignants, elle dit : « S'ils voulaient rassembler les enfants autour d'eux, leur montrant qu'ils les aiment, manifestant de l'intérêt pour leurs efforts, et même pour leurs sports, ils les rendraient très heureux et gagneraient leur amour et leur confiance. »Fundamentals of Christian Education, page 18.

Comme nous l'avons noté plus haut, il est important de lire l'ensemble de ce qu'Ellen White a écrit sur un sujet avant d'arriver à une conclusion. Cela signifie prendre en compte ce qui semble être des déclarations contradictoires qui, non seulement s'équilibrent l'une l'autre, mais peuvent même parfois s'opposer. Bien sûr, comme nous le verrons, le contexte historique et littéraire explique généralement les raisons des déclarations radicales d'Ellen White. Quand nous saisissons les raisons pour lesquelles elle s'exprime d'une certaine manière, nous pouvons comprendre comment des recommandations apparemment contradictoires, s'équilibrent l'une l'autre. Ayant cela à l'esprit, nous sommes prêts à examiner les principes sous-jacents au sujet particulier que nous étudions.

Quand nous lisons les passages équilibrés et « rassembleurs » sur un sujet, plutôt que ceux qui confortent nos propres partis pris, nous nous rapprochons de la vraie perspective d'Ellen White. Pour éviter les interprétations exagérées, nous avons besoin non seulement de lire largement ce que Mme White a dit sur un sujet donné, mais nous devons aussi nous attacher aux déclarations qui font la synthèse entre les diverses déclarations opposées.

Tenez compte de l'époque et du lieu

Il nous faut prendre en considération l'époque et les circonstances des divers conseils d'Ellen White. Elle n'a pas écrit hors de tout contexte. La plupart d'entre eux visaient des problèmes auxquels étaient confrontés des personnes ou des groupes spécifiques dans des contextes historiques très différents.

Par exemple, en 1860, Ellen White recommanda aux femmes de raccourcir leurs jupes. Pourquoi ? Parce qu'à cette époque, les jupes traînaient sur le sol. Elles ramassaient ainsi, entre autres choses, les immondices d'une société où l'on se déplaçait à cheval et en carrosse. De telles jupes présentaient d'autres problèmes qu'Ellen White et les réformateurs de son époque relevaient sans cesse. Ainsi, elle put écrire « que la jupe qui balaie le sol est l'un des articles les plus dispendieux et les plus mauvais de la mode. Malpropre, mal commode, peu confortable et malsaine - tout cela, et plus, est vrai de la jupe traînante. » (Le ministère de la guérison, page 246).

Mais ce qui était vrai à son époque n'est généralement pas vrai pour la nôtre. Bien sûr, on peut penser à quelque culture traditionnelle reproduisant les conditions du XIXè siècle. Dans des civilisations qui lui sont proches, ces conseils sont valables sans accomodation. Mais nous devons les ajuster pour la plupart des cultures actuelles.

Une partie de l'adaptation nécessaire ressort de la citation de Le ministère de la guérison que nous avons notée plus haut. Le problème des jupes traînant sur le sol tient de ce qu'elles étaient malpropres, inconfortables, inadaptées et malsaines. On peut alors logiquement conclure qu'un des principes d'un habillement correct exige qu'il soit propre, confortable, adapté et sain. De tels principes sont universels, même si l'idée d'un raccourcissement des jupes se rattache à une époque et à des circonstances précises. D'autres lectures de la Bible et des écrits d'Ellen White fournissent d'autres principes d'habillement qui peuvent s'appliquer à notre époque. La modestie, par exemple, nous vient à l'esprit.

On ne peut trop souligner que les lieux et les circonstances constituent des facteurs déterminants pour notre compréhension des écrits d'Ellen White. Ignorer les implications de l'époque et des circonstances, et chercher à appliquer à la lettre et de façon universelle ses conseils, constitue une manière inadéquate d'utiliser ses écrits.

Dans les écrits d'Ellen White, des conseils, tels ceux qui exhortent les écoles à enseigner aux filles « à harnacher et mener un cheval » afin « qu'elles soient mieux équipées pour affronter les circonstances critiques de la vie » (Education, page 246), qui invitent jeunes et vieux, en 1894, à éviter « l'influence ensorceleuse de la mode des vélos » (Testimonies to the Church, volume 8, pages 51 à 52), qui encouragent un administrateur, en 1902, à ne pas acheter une automobile pour transporter les patients de la gare au sanatorium parce que ce serait une dépense inutile et que ça deviendrait « une tentation pour d'autres de faire la même chose » (Lettre 158, 1902), sont nettement conditionnés par l'époque et les circonstances. D'autres déclarations qui pourraient être, elles aussi, dépendantes d'une époque et d'un lieu, ne sont pas aussi évidentes (particulièrement celles auxquelles nous avons tendance à tenir), mais il nous faut rester ouverts.

Un autre aspect est que, pour nombre de ses conseils, le contexte historique est très personnel, parce que Mme White écrit à un individu, dans sa situation particulière. Il faut sans cesse se rappeler que derrière chaque conseil, il y a une situation spécifique ou un individu avec ses possibilités et ses problèmes particuliers. Leur situation peut être ou ne pas être identique à la nôtre. Ainsi, le conseil peut ou ne peut pas être applicable dans une circonstance donnée.

Examinez le contexte littéraire

Dans le passage précédent, nous avons noté combien il est important de comprendre les enseignements d'Ellen White dans leur contexte historique d'origine. Dans ce passage, nous examinerons l'importance qu'il y a à lire ses déclarations dans leur cadre littéraire.

Trop souvent, les gens fondent leur compréhension des enseignements d'Ellen White sur un fragment de paragraphe ou sur une déclaration isolée, extraite de leur contexte d'origine. Ainsi, elle écrit que

« bon nombre étudient les Ecritures dans le but de prouver que leurs idées sont exactes. Ils manipulent le sens de la Parole de Dieu pour l'adapter à leurs propres opinions. Et ils font de même avec les témoignages que Dieu envoie. Ils ne citent que la moitié d'une phrase et laissent de côté l'autre moitié qui, si elle avait été citée, aurait montré la fausseté de leur raisonnement. Dieu est en conflit avec ceux qui tordent les Ecritures pour les adapter à leurs idées préconçues. » – Selected Messages, volume 3, page 82.

Elle s'exprime encore à propos de ceux qui « extrayant des phrases de leur contexte et les associant à des raisonnements humains, donnent l'impression que mes écrits soutiennent ce qu'ils condamnent en réalité ». (Lettre 208, 1906).

Ellen White était fréquemment irritée par ceux qui prennent « une phrase ici et là, hors de leur contexte et les appliquent selon leur propre idée » (Selected Messages, volume 1, page 44). A une autre occasion, elle observe que des « extraits » de ses écrits « pourraient produire une impression différente de celle que recevrait le lecteur qui les examinerait dans leur contexte original » (Selected Messages, volume 1, page 58).

Willie White a eu souvent à traiter le problème de personnes employant des documents hors de leur contexte littéraire. En 1904, il remarquait « qu'il est ressorti beaucoup d'incompréhension du mauvais usage de passages isolés des Témoignages, alors que si l'on avait lu l'ensemble du Témoignage ou la totalité du paragraphe, il aurait fait une impression différente sur les esprits que celle qui a été faite par l'emploi de phrases isolées » (Willie White à W. Sadler, 20 janvier 1904).

L'étude du contexte littéraire n'est pas une option de luxe pour d'importantes déclarations, c'est une part décisive d'une lecture fidèle des écrits d'Ellen White. Il est impossible de surestimer l'importance de l'étude des articles et des livres d'Ellen White dans leur contexte, plutôt que la lecture de compilations sur un thème particulier ou le relevé de citations sur tel ou tel sujet au moyen de l'index général ou de supports informatiques. De tels instruments ont leur place, mais nous devrions les employer en rapport avec la lecture plus large qui nous aide à prendre connaissance, non seulement du contexte littéraire des déclarations d'Ellen White, mais aussi de l'équilibre d'ensemble de ses écrits.

La tension entre l'idéal et le réel

Ellen White s'est souvent sentie offensée par « ceux qui sélectionnent dans ses écrits les expressions les plus fortes et qui, sans introduire les circonstances dans lesquelles les reproches et les avertissements ont été donnés ou sans y faire référence, les appliquent à tous les cas. (…) Extrayant certaines choses des témoignages, ils les imposent à chacun et repoussent plutôt qu'ils ne gagnent des âmes. » (Selected Messages, volume 3, pages 285 à 286).

Ces observations soulignent non seulement le fait que nous avons besoin, dans notre lecture, de prendre en considération le contexte historique des déclarations d'Ellen White, mais aussi qu'elles sont exprimées certaines fois d'une manière plus forte que d'autres. Cette idée nous conduit à examiner le concept de l'idéal et de la réalité dans ses écrits.

Quand Ellen White parle de l'idéal, elle emploie souvent son langage le plus fort. C'est comme si elle éprouvait le besoin de parler à haute voix pour être entendue. Une telle déclaration se lit dans Fundamentals of Christian Education. « Jamais », dit-elle, « une bonne éducation ne pourra être donnée à la jeunesse de ce pays, ou de n'importe quel autre, à moins qu'elle ne soit éloignée à une grande distance des villes » (page 312).

C'est là l'une de ses déclarations les plus radicales. Elle est non seulement intransigeante, mais elle a, de plus, un caractère universel, dans le temps et dans l'espace. Il n'y a pas de paroles plus fortes que « jamais ». Dans son sens le plus strict, elle n'autorise aucune exception. Ellen White emploie le même type de langage, absolu et définitif en terme d'implantation : « dans ce pays, ou dans n'importe quel autre ».

Une fois de plus, une lecture fidèle des termes ne permet aucune exception. Il s'agit ici d'une interdiction universelle concernant la construction de nos écoles dans les villes. Mais la déclaration est plus forte encore : les écoles ne doivent pas seulement être hors des villes, mais à « une grande distance ».

Voilà un langage inflexible, qui n'autorise aucune exception. Il est donc maintenant important d'examiner le contexte historique. Selon les références données dans le livre (page 327), ce conseil fut publié pour la première fois en 1894. En 1909, l'oeuvre adventiste se développa dans les agglomérations. Et, dans ces villes, vivaient des familles qui n'étaient pas en mesure d'envoyer leurs enfants dans des institutions rurales. Ellen White conseilla alors de construire des écoles dans les villes. « Autant que possible », lisons-nous, « les écoles devraient être établies en dehors des villes. Mais dans celles-ci, il y a beaucoup d'enfants qui ne pourraient pas fréquenter des établissements éloignés. Pour leur avantage, des institutions devraient être ouvertes dans les villes aussi bien que dans les campagnes. »Testimonies for the Church, volume 9, page 201.

Désormais, vous pourriez vous demander comment la même personne peut prétendre, en Australie, qu'une bonne éducation ne peut jamais être donnée « dans n'importe quel pays, à moins qu'elles (les écoles) ne soient éloignées à une grande distance des villes » (Fundamentals of Christian Education, page 312) et cependant encore encourager l'établissement d'écoles dans les villes.

La réponse est que l'éducation rurale pour tous les enfants constitue l'idéal que l'Eglise devrait poursuivre « autant que possible ». Mais la vérité, c'est que les dures réalités de la vie rendent cette éducation impossible pour certains. La réalité impose un compromis pour que l'éducation chrétienne puisse atteindre les enfants des familles pauvres. Ellen White comprit et accepta la tension entre l'idéal et le réel.

Malheureusement, nombre de ses lecteurs ont manqué de prendre ce fait en considération. Ils ont plutôt mis l'accent sur les déclarations les plus « absolues » de Mme White, celles qui expriment l'idéal et ont ignoré les passages modulés. Résultat, comme nous l'avons noté plus haut : « choisissant certains sujets dans les témoignages, ils les ont imposés à tous et ont dégoûté des âmes plutôt que de les gagner » (Selected Messages, volume 3, page 286).

Ellen White était plus équilibrée que nombre de ses soi-disant disciples. Un vrai disciple, en appliquant les conseils, doit prendre en considération la compréhension qu'elle avait de la tension entre l'idéal et le réel.

Ellen White était plus souple dans l'interprétation de ses écrits que beaucoup ne l'ont réalisé. Elle était non seulement sensible aux facteurs contextuels, pour l'application de ses recommandations à différentes situations, mais elle avait aussi une compréhension particulière de la différence entre le plan idéal de Dieu et la réalité de la situation humaine qui nécessite parfois des modifications. Il est important, pour cette raison, que nous ne fonctionnions pas simplement sur la base de sa formulation la plus forte « en cherchant à l'imposer à tous » (Selected Messages, volume 3, pages 285 à 288).

Usez de bon sens

Les adventistes du septième jour ont eu la réputation de partager une opinion différente de celle d'Ellen White, ou même d'en critiquer les conseils. C'est particulièrement vrai pour les déclarations qui paraissent nettes et claires. Une déclaration de ce genre apparaît dans le volume 3 des Testimonies : « Les parents devraient être les seuls enseignants de leurs enfants jusqu'à ce que ces derniers aient atteint l'âge de huit ou dix ans. » (page 137).

Ce passage est un parfait candidat à une interprétation inflexible. N'est-il pas catégorique ? Il n'offre aucune condition et ne permet aucune exception. Il ne contient aucun « si », « et », « ou », « mais » pour atténuer son impact. Il affirme simplement comme un fait que « les parents devraient être les seuls enseignants de leurs enfants jusqu'à ce que ces derniers aient atteint l'âge de huit ou dix ans ». Mme White publia cette déclaration pour la première fois en 1872. Le fait qu'elle soit répétée dans ses écrits, en 1882 et 1913, a sans doute pour effet de renforcer ce qui semble être de nature inconditionnelle.

De manière intéressante, cependant, un conflit à propos de cette déclaration nous a fourni ce qui est peut-être le meilleur rapport que nous possédions sur la façon dont Mme White interprétait ses propres écrits.

Les adventistes vivant près du sanatorium de St Helena, au nord de la Californie, avaient construit une école d'Eglise en 1902. Les enfants les plus âgés la fréquentaient, alors que certains parents adventistes négligents laissaient leurs jeunes enfants courir librement dans le voisinage, sans formation convenable et sans discipline. Certains membres du comité de l'école pensaient qu'ils devraient construire une salle de classe pour les plus jeunes, mais d'autres disaient que ce serait mal faire que d'agir ainsi, car Ellen White avait clairement déclaré que « les parents devraient être les seuls enseignants de leurs enfants jusqu'à ce que ces derniers aient atteint l'âge de huit ou dix ans ».

Apparemment, une partie du comité estimait qu'il était plus important d'aider les enfants négligés plutôt que de tenir à la lettre de la loi. L'autre partie croyait qu'il y avait un commandement inébranlable, un « témoignage décisif » auquel il fallait obéir.

Pour le dire gentiment, disons que la question divisa le comité de l'école. Une entrevue fut arrangée avec Mme White.

Au début de l'entrevue, Mme White réaffirme sa position selon laquelle la famille devrait être idéalement l'école des jeunes enfants. « Le foyer est à la fois une Eglise et une école de famille. » – Selected Messages, volume 3, page 214. C'est là l'idéal qu'on trouve tout au long de ses écrits. L'Eglise et l'école institutionnelles complètent l'oeuvre d'une famille équilibrée. Voilà l'idéal.

Mais, comme nous l'avons découvert dans le passage précédent, l'idéal n'est pas souvent équivalent à la réalité. Ou, pour le dire avec d'autres mots, l'idéal n'est pas toujours la réalité. Ainsi, Ellen White continue l'entrevue :

« Les mères devraient être en mesure d'instruire leurs petits avec sagesse durant les premières années de l'enfance. Si chaque mère était en mesure de le faire et voulait prendre du temps pour enseigner aux enfants les leçons qu'ils devraient étudier au début de la vie, alors ceux-ci pourraient être gardés à l'école du foyer jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de huit, neuf ou dix ans. » – Selected Messages, volume 3, pages 214 à 215.

Nous commençons ici à voir Mme White traitant d'une réalité qui modifie la nature catégorique et inconditionnelle de sa déclaration. L'idéal, c'est que les mères devraient être en mesure de fonctionner comme les meilleurs maîtres. Mais le réalisme fait son intrusion quand Ellen White emploie des mots tels que « si » et « alors ». Elle sous-entend nettement que les mères ne sont pas toutes capables, ni désireuses de le faire. Mais si elles sont capables et désireuses, « alors tous les enfants pourraient être gardés à l'école du foyer ».

Durant l'entrevue, elle fait remarquer que « Dieu désire que nous traitions ces problèmes avec sensibilité » (Selected Messages, volume 3, page 215).

Ellen White s'est presque irritée à propos de ces lecteurs qui prennent une attitude inflexible à l'égard de ses écrits et cherchent à suivre son message à la lettre en oubliant les principes sous-jacents. De toute évidence, elle désapprouve aussi bien les paroles que l'attitude de ses rigides interprètes quand elle déclare :

« Mon esprit a été grandement troublé par l'idée que « puisque Soeur White a dit ceci ou cela, et encore ceci et cela, nous l'appliquerons sans réserve ». Puis elle ajoute : « Dieu nous demande à tous d'employer notre bon sens, et il veut que nous raisonnions à partir du bon sens. Les circonstances modifient les conditions. Les événements changent les rapports des choses. » – Selected Messages, volume 3, page 217.

Ellen White était tout sauf inflexible dans l'interprétation de ses propres écrits et il est de la plus haute importance que nous en soyons conscients. Elle ne doutait pas que l'usage irréfléchi de ses idées pouvait être dangereux. C'est pourquoi, il n'est pas étonnant qu'elle déclare que « Dieu veut nous voir utiliser notre bon sens » en employant des extraits de ses écrits, même quand les phrases de ses citations sont formulées dans le langage le plus fort et le plus inconditionnel.

Identifiez les principes sous-jacents

En juillet 1894, Ellen White envoya une lettre à l'Eglise du siège de la Conférence Générale à Battle Creek, dans laquelle elle condamnait l'achat et l'usage de bicyclettes (Testimonies to the Church, volume 8, pages 50 à 53). A première vue, il peut paraître étrange qu'un tel sujet puisse être considéré par un prophète comme assez important pour être traité par lui. Cela paraît d'autant plus bizarre que la question des bicyclettes a fait l'objet d'une vision spécifique.

Comment devrions-nous appliquer un tel conseil aujourd'hui ? Cela signifie-t-il que les adventistes ne doivent pas acquérir de bicyclettes ?

Pour répondre à ces questions, il nous faut d'abord examiner le contexte historique, comme nous l'avons recommandé au chapitre précédent. En 1894, la bicyclette moderne commençait juste à être fabriquée et rapidement, il fut à la mode d'en acquérir, non comme un moyen de transport économique, mais simplement pour être dans le vent, pour faire des courses et pour se pavaner en ville. Le soir, de telles parades se faisaient avec des lanternes japonaises suspendues aux vélos. Pour être « branché », il fallait rouler à bicyclette, c'était la chose à faire pour être quelqu'un dans l'échelle sociale.

Un extrait d'un article intitulé « Quand le monde entier se met à rouler » nous aidera à nous replacer dans le contexte historique de cette affaire de bicyclette. « Vers la fin du siècle dernier (le XIXè), les Américains furent pris d'une furieuse passion qui leur laissa peu de temps ou d'argent pour autre chose. Quelle était cette nouvelle grande distraction ? Pour toute réponse, les marchands n'avaient qu'à regarder par la fenêtre pour voir circuler leurs anciens clients. L'Amérique avait découvert la bicyclette et chacun employait au mieux la nouvelle liberté qu'elle offrait. (…) L'engin devint un jouet de riche. La société et les célébrités roulaient. (…) »

« La meilleure des premières bicyclettes coûtait 150 dollars, un investissement comparable à celui du prix d'une automobile aujourd'hui. (…) Chaque membre de la famille voulait une « roue » et souvent, les économies de toute la famille étaient employées à satisfaire cette demande. » – Reader's Digest, décembre 1951.

A la lumière du contexte historique, la déclaration d'Ellen White, en 1894, à propos du vélo, prend une nouvelle signification.

« Il semble y avoir une folie de la bicyclette. De l'argent est dépensé pour satisfaire l'enthousiasme dans cette direction alors qu'il aurait été mieux employé, beaucoup mieux, à la construction de lieux de culte là où le besoin est grand. (…) Une influence ensorcelante semble emporter nos gens comme une vague. (…) Satan agit avec force pour induire les nôtres à investir leur temps et leur argent à satisfaire des besoins supposés. C'est une forme d'idolâtrie. (…) Alors que des centaines de personnes meurent de faim, que la famine et les épidémies sont reconnues et ressenties, (…) ceux qui professent aimer et servir Dieu agiront-ils comme ceux qui vécurent du temps de Noé, en suivant l'imagination de leur coeur ? (…) »

« Certains cherchent à passer maîtres en la matière, chacun voulant surpasser l'autre par la vitesse de son vélo. Un esprit de compétition et d'émulation les animait pour savoir qui serait le meilleur. (…) Mon Guide me dit : « Ces choses sont une offense à Dieu. Au près et au loin, des âmes périssent, manquant du pain de vie et de l'eau du salut. » Quand Satan perd une bataille, il est tout prêt à mettre en oeuvre d'autres intrigues, d'autres plans qui peuvent paraître attrayants et nécessaires, qui absorbent l'argent et les pensées et encouragent l'égoïsme, de sorte qu'il peut vaincre ceux qui se laissent si facilement conduire dans des plaisirs fallacieux et égoïstes ».

« Quel fardeau portent ces personnes dans l'avancement de l'oeuvre de Dieu ? (…) Cet investissement de moyens et ce tournoiement de vélos à travers les rues de Battle Creek rendent-ils témoignage à l'authenticité de votre foi dans le dernier avertissement solennel qui doit être donné aux êtres humains se tenant à l'orée du monde éternel ? » – Testimonies to the Church, volume 8, pages 51 à 52.

Sa recommandation à propos des bicyclettes est certainement dépassée. Quelques années plus tard, la bicyclette est devenue quasiment bon marché et a été reléguée au domaine des transports pour les jeunes et les démunis. La mode générale est passée aux successeurs à quatre roues des humbles bicyclettes.

S'il est vrai que certains des conseils spécifiques ne s'appliquent plus, les principes sur lesquels ces conseils reposent restent valables dans le temps et dans l'espace.

Quels sont certains de ces principes ? Premièrement, que les chrétiens ne devraient pas dépenser de l'argent pour des plaisirs égoïstes. Deuxièmement, que les chrétiens n'ont pas à chercher à se surpasser les uns les autres en faisant des choses qui développent un esprit de lutte et de compétition. Troisièmement, que les chrétiens devraient donner la priorité au royaume à venir et à l'aide qu'ils peuvent apporter aux autres dans la période présente de l'histoire. Et, quatrièmement, que Satan aura toujours un plan pour entraîner les chrétiens dans le domaine des satisfactions égoïstes.

Ces principes sont immuables. Ils s'appliquent en tous lieux et à toute époque de l'histoire. Les vélos n'étaient qu'un exemple du lien entre les principes et la situation humaine à Battle Creek, en 1894. Les particularités du lieu et du temps changent, mais les principes universels restent permanents.

Notre responsabilité, en tant que chrétiens, n'est pas seulement de prendre connaissance des conseils que Dieu nous donne, mais de les appliquer fidèlement à notre vie personnelle. Notre première tâche est donc de chercher des principes de vie chrétienne par le moyen d'une étude de la Bible et des écrits d'Ellen White, conduite par l'Esprit.

L'inspiration n'est ni infaillible ni verbale

J'ai été amené à croire fermement que chaque mot prononcé par vous, en public ou en privé, et chaque lettre écrite par vous, dans n'importe quelle circonstance, sont inspirés, au même titre que les dix commandements. Je me suis attaché à cette idée avec une absolue ténacité face aux innombrables objections qui ont été élevées par nombre de ceux qui occupaient une position prééminente dans la cause (adventiste) », écrivait le Dr David Paulson à Ellen White le 19 avril 1906. Profondément préoccupé par la nature de l'inspiration d'Ellen White, il se demandait s'il devait continuer à soutenir un point de vue aussi rigide. Ce faisant, il soulevait la question de l'inspiration verbale et celles qui s'y rattachent, à savoir l'infaillibilité et l'inerrance.

Mme White lui a répondu le 14 juin de la même année.

« Mon frère, vous avez étudié diligemment mes écrits et vous n'avez jamais pu constater que j'ai avancé de telles prétentions (à l'inspiration verbale). Vous ne verrez pas non plus que les pionniers de notre cause aient jamais formulé de telles prétentions. »

Elle continue en illustrant l'inspiration de ses écrits par une référence à l'inspiration des auteurs de la Bible. Bien que Dieu ait inspiré les vérités bibliques, elles furent « exprimées dans le langage humain ». Ellen White voyait dans la rédaction de la Bible « une union étroite entre la divinité et l'humanité ». Ainsi « le témoignage est transmis au moyen de l'expression imparfaite du langage humain, tout en restant le témoignage de Dieu » (Messages choisis, volume 1, pages 27 à 29).

Ellen White a fréquemment exprimé cette conviction.

« La Bible », écrit-elle en 1886, « a été écrite par des hommes inspirés, mais ils n'ont pas employé un langage divin. Ils ont parlé le langage humain. Ce n'était pas Dieu qui était l'écrivain. (…) Les écrivains de la Bible ont été des hommes de plume, non la plume même de Dieu. (…)

Ce ne sont pas les mots de la Bible qui sont inspirés, ce sont les hommes. L'inspiration agit non pas sur les mots ou les expressions, mais sur l'auteur lui-même, à qui le Saint-Esprit communique des pensées. Quant aux mots, ils portent l'empreinte de l'individualité. L'Esprit divin se répand. Il s'unit à l'esprit de l'homme, si bien que les déclarations de l'homme sont la Parole de Dieu. » – Messages choisis, volume 1, page 24.

La nature problématique de cette question trouve son illustration dans la vie de D. M. Canright, prédicateur adventiste éminent, à un certain moment, mais son plus virulent critique entre 1887 et 1919. Canright s'est amèrement opposé à Ellen White. Dans son livre, écrit contre elle en 1919, il affirmait qu'elle « prétendait que chaque ligne écrite par elle, que ce soit dans des articles, des lettres, des témoignages ou des livres lui était dictée par le Saint-Esprit et devait donc être infaillible » (Life of Mrs Ellen G. White, page 9). Nous avons vu plus haut qu'Ellen White elle-même avait pris la position contraire, mais cela n'arrêta pas les dommages commis par ceux qui développaient une fausse théorie de l'inspiration.

Avant de continuer, peut-être devrions-nous définir nos mots. Les dictionnaires français, contrairement aux anglophones, ne comportent pas le terme « inerrant ». Pour ce qui est d' « infaillible », le Robert indique ceci : 1. Qui ne peut manquer de se produire ; 2. qui ne peut pas se tromper, qui n'est pas sujet à l'erreur. Ce sont essentiellement ces définitions que beaucoup importent dans le domaine de la Bible et des écrits d'Ellen White.

A propos de l'infaillibilité, Ellen White écrit clairement : « Je n'ai jamais prétendu être infaillible, Dieu seul l'est. » Elle dit encore que « seules Dieu et le ciel sont infaillibles » (Messages choisis, volume 1, page 42). Bien qu'elle affirme que « la Parole de Dieu est infaillible » (Messages choisis, volume 1, page 487), nous verrons plus loin qu'elle n'entendait pas que la Bible ou ses écrits étaient exempts d'erreurs en tous points.

Au contraire, dans l'introduction de La tragédie des siècles, elle exprime sa position de manière concise : « Les Saintes Ecritures doivent être acceptées comme une révélation infaillible et pleine d'autorité de la volonté divine. » C'est-à-dire que l'oeuvre des prophètes de Dieu n'est pas infaillible dans tous les détails, mais elles est infaillible en terme de révélation de la volonté de Dieu aux hommes et aux femmes. Dans une déclaration similaire, Ellen White dit : « Sa Parole (…) est claire concernant tous les points essentiels au salut de l'âme. »Testimonies to the Church, volume 5, page 706.

Willie White traite de la même question quand il observe ce qui suit :

« Quand elle a suivi les descriptions d'historiens ou les exposés d'auteurs adventistes, je crois que Dieu lui a donné le discernement pour employer ce qui est juste et en harmonie avec la vérité qui touche toutes les questions essentielles au salut. Si, par une étude attentive, on découvre qu'elle a suivi certains exposés de la prophétie dont certains détails, en rapport avec des dates, ne s'accordent pas avec notre compréhension de l'histoire profane, cela n'influence pas plus ma confiance dans l'ensemble de ses écrits que ma foi dans la Bible lorsque je ne peux harmoniser de nombreuses déclarations relatives à la chronologie. » – Selected Messages, volume 3, pages 449 à 450.

En résumé, on voit que l'emploi du terme « infaillibilité » par Ellen White signifie que la Bible est totalement digne de confiance pour conduire au salut. Cette pensée n'est pas à confondre avec le concept selon lequel la Bible ou ses écrits sont exempts de toute erreur de nature factuelle.

Ainsi, la foi du fidèle lecteur n'est pas ébranlée s'il découvre que Matthieu a commis une erreur en attribuant à Jérémie une prophétie messianique, écrite des siècles avant la naissance du Christ par Zacharie, et qui annonçait que le Messie serait vendu pour trente pièces d'argent (voir Matthieu 27:9 et Zacharie 11:12 à 13). Nul ne sera non plus consterné du fait que 1 Samuel 16:10 à 11 fait de David le huitième fils d'Isaï, alors que 1 Chroniques 2:15 en fait le septième. La foi ne sera pas non plus affectée de ce que Nathan a pleinement approuvé David dans son projet de construire le temple et de ce qu'il a dû se rétracter le lendemain pour dire à David que Dieu ne désirait pas qu'il le bâtisse (voir 2 Samuel 7:1 et 1 Chroniques 17). Les prophètes commettent des erreurs.

On peut trouver le même type d'erreurs dans les écrits d'Ellen White. Les écrits des prophètes de Dieu sont infaillibles en tant que guides du salut, mais ils ne sont pas inerrants ou sans erreur. Une partie de la leçon à en tirer, c'est qu'il nous faut rechercher l'enseignement central des Ecritures et des écrits d'Ellen White, plutôt que nous attacher aux détails.

Ce qu'il est important de nous souvenir ici, c'est que ceux qui se débattent avec des problèmes tels que l'inerrance et l'infaillibilité absolue affrontent un problème d'origine humaine. Ce n'est pas quelque chose que Dieu a prétendu pour la Bible ou Ellen White pour la Bible ou pour ses écrits. Pour elle, l'inspiration avait pour « objet pratique » (Messages choisis, volume 1, page 21) les rapports entre l'humain et le divin dans le plan du salut.

Il faut laisser Dieu nous parler selon son mode d'expression, plutôt que de surimposer nos règles aux prophètes de Dieu et de les rejeter parce qu'ils n'ont pas répondu à nos attentes sur ce que nous pensions que Dieu aurait dû faire. Une telle approche est d'invention humaine et impose notre propre autorité à la Parole de Dieu. Nous nous faisons les juges de sa Parole. Mais une telle position n'est pas biblique. Elle n'est pas non plus en accord avec les conseils donnés par Ellen White à l'Eglise. Il nous faut lire la Parole de Dieu et les écrits d'Ellen White pour l'objet pour lequel ils ont été donnés et ne pas permettre à nos concepts modernes et à nos définitions d'intention et d'exactitude de se placer entre nous et les prophètes de Dieu.

Ne faites pas dire au texte ce qu'il ne dit pas

Dans le chapitre précédent, nous avons noté qu'Ellen White n'a pas prétendu à l'inspiration verbale pour ses écrits ou pour la Bible, et qu'elle ne les a pas non plus classés comme inerrants ou infaillibles, dans le sens qu'ils seraient exempts de toute erreur factuelle. Malgré tous les efforts d'Ellen White et de son fils pour détourner les gens d'un point de vue trop rigide sur l'inspiration, beaucoup ont persévéré dans cette ligne de pensée. Tout au lond de l'histoire de l'Eglise adventiste, certains ont tenté d'employer les écrits d'Ellen White et la Bible pour des objectifs que Dieu ne leur avais pas donnés. De même, des prétentions ont été imputées à des écrits prophétiques qui transcendaient leur objet.

C'est pourquoi certains se servent des écrits d'Ellen White pour appuyer des faits historiques et des dates. Ainsi, S. Haskell a pu écrire à Ellen White que lui et ses amis « donneraient plus pour un mot de ses témoignages que pour toutes les histoires qu'on pourrait empiler entre ici et Calcutta » (S. Haskell à Ellen White, le 30 mai 1910).

Cependant, Ellen White n'a jamais prétendu que le Seigneur lui ait révélé tous les détails historiques de son oeuvre. Au contraire, elle dit qu'elle a eu accès aux mêmes sources que celles qui nous sont disponibles pour établir les faits historiques dont elle a eu besoin pour remplir les chapitres sur le conflit entre le bien et le mal à travers les âges, qu'elle a si bien décrit dans La tragédie des siècles. Dans la préface de ce volume, elle écrit ceci à propos de la rédaction de cet ouvrage :

« lorsqu'un historien a rassemblé des événements de manière à, en gros, donner une vue d'ensemble compréhensive d'un sujet, ou quand il a résumé des détails de façon pratique, j'ai cité ses paroles. Mais dans certains cas, je n'ai pas donné de référence, parce que les citations ne sont pas données dans le but de citer tel écrivain digne d'autorité, mais parce que ses affirmations permettent de présenter un sujet de manière vigoureuse et vive. » Son but dans des ouvrages comme La tragédie des siècles n'était « pas tant (…) de présenter de nouvelles vérités à propos des luttes des temps passés, mais bien de faire ressortir des faits et des principes qui ont une portée sur les événements à venir ».

Cette déclaration d'intention est déterminante pour la compréhension de son emploi de l'histoire. Elle voulait décrire la dynamique qui sous-tend le conflit entre le bien et le mal à travers les siècles. C'était là son message. Les faits historiques enrichissaient tout au plus son tableau. Elle ne cherchait pas à établir des faits historiques indiscutables. En réalité, comme elle le dit, les « faits » qu'elle énonçait étaient « universellement connus et admis » par le monde protestant.

Ce qui est vrai pour l'emploi d'éléments de l'histoire de l'Eglise l'est aussi pour sa rédaction sur l'époque biblique. Ainsi, elle a pu écrire à ses fils de demander « à Mary (la femme de Willie) de trouver des histoires bibliques qui pourraient établir l'ordre des événements. Je n'ai rien et je ne trouve rien dans la bibliothèque ici. » (Lettre d'Ellen White à Willie White et James White, 22 décembre 1885).

Willie White a dit à Haskell :

« En ce qui concerne les écrits de ma mère, elle n'a jamais voulu que nos frères les traitent comme une autorité en matière d'histoire. (…) Quand La tragédie des siècles fut écrite, ma mère n'a jamais pensé que les lecteurs s'en serviraient comme d'une autorité en matière de dates historiques et qu'ils l'emploieraient pour établir des controverses. Et elle n'estime pas maintenant qu'il faille s'en servir dans ce sens. » – Willie White à S. Haskell, le 31 octobre 1912 ; voir Selected Messages, volume 3, pages 446 à 447.

Vingt ans plus tard, Willie White a déclaré que « dans nos conversations avec elle [Ellen White] à propos de la fidélité et de l'exactitude de ce qu'elle a cité des historiens, elle a exprimé sa confiance en eux, mais n'a jamais donné son consentement à la manière dont quelques-uns ont fait de ses écrits une norme et ont tenté, par leur façon de les employer, de prouver l'exactitude d'un historien par rapport à un autre. J'en ai retiré l'impression que l'objet principal des passages extraits de l'histoire n'était pas d'écrire une histoire nouvelle, ni de corriger des erreurs historiques, mais d'employer des illustrations fondées pour établir des vérités spirituelles. » – Willie White à L. Froom, 18 février 1932.

Non seulement nous devons éviter d'employer Ellen White pour « prouver » des détails de l'histoire, mais la même précaution doit être prise à propos de faits scientifiques. En disant cela, je ne veux pas laisser entendre qu'il n'y a pas beaucoup d'exactitude dans les allusions scientifiques d'Ellen White (et de la Bible), mais j'entends que nous ne devons pas chercher à prouver tel ou tel détail scientifique par leur moyen.

Permettez-moi une illustration. Certains disent que Jean Calvin, le grand réformateur du XVIè siècle, s'est opposé à la découverte de Copernic selon laquelle la terre tourne autour du soleil, en citant le Psaume 93:1 : « Oui le monde reste ferme, inébranlable ». De la même façon, bon nombre ont relevé que la Bible parle des quatre coins de la terre et que le soleil « monte » et « descend ». Dans de tels cas, la Bible fait des remarques secondaires, mais n'établit pas des doctrines scientifiques.

Rappelons-nous que la Bible et les écrits d'Ellen White ne sont pas des encyclopédies divines portant sur les faits scientifiques et historiques. Ils révèlent plutôt la situation désespérée de l'humanité et orientent vers le salut en Jésus. Ce faisant, la révélation de Dieu établit un schéma au moyen duquel nous pouvons comprendre le sens des éléments au moyen duquel nous pouvons comprendre le sens des éléments de la connaissance historique et scientifique obtenue par d'autres moyens d'étude.

Assurez-vous qu'Ellen White l'a vraiment dit

Un bon nombre d'affirmations qui lui sont faussement attribuées circulent. Comment pouvons-nous les identifier ? La première caractéristique qui permet de les reconnaître comme apocryphes par ceux qui sont familiers des écrits d'Ellen White, c'est que ces déclarations ne s'harmonisent pas avec la teneur générale de sa pensée. C'est-à-dire qu'elles paraissent étranges par rapport à l'ensemble de ses idées et hors de propos dans sa bouche. Le caractère étrange n'est, bien sûr, pas une preuve qu'il s'agisse d'un apocryphe, mais plutôt une indication.

La façon la plus nette d'authentifier une déclaration d'Ellen White, c'est d'en demander la référence. Une fois qu'elle est trouvée, nous pouvons vérifier si elle l'a bien dit, si elle l'a dit comme cela, et examiner l'énoncé et le contexte pour déterminer si on l'a correctement interprétée.

Comme beaucoup de sujets traités dans ce livre, celui-ci aussi s'est présenté pendant la vie de Mme White. Elle a traité ce problème de manière très complète dans le volume 5 de Testimonies for the Church, pages 692 à 696. Il peut être examiné avec profit par tous les lecteurs des écrits d'Ellen White :

« Prenez garde à la façon dont vous donnez autorité à de telles références. »

Elle conclut son examen du sujet dans les termes suivants :

« Je dirais à tous ceux qui recherchent la vérité : ne donnez pas crédit aux citations de ce que Soeur White a fait, dit ou écrit. Si vous désirez savoir ce que le Seigneur a révélé par son truchement, lisez ce qu'elle a publié. (…) Ne vous empressez pas de vous emparer des rumeurs et de reproduire ce qu'elle a dit. » (page 696).

Bien qu'il ne soit plus possible d'envoyer de prétendues affirmations à Ellen White pour qu'elle se prononce dessus, il est tout à fait possible de contacter la Fondation White au siège de la Conférence Générale ou de visiter le Centre de Recherche Ellen White le plus proche.