Les quatre derniers livres d’Ellen White

Partie 1 - L’histoire derrière la rédaction de Conquérants Pacifiques
Par Arthur L. White

Publié à l’origine dans l’Adventist Review du 11 juin 1981

Arthur White fut le secrétaire du White Estate pendant 41 ans. Aujourd’hui [en 1981] devenu un retraité actif, il se consacre à l’écriture d’une biographie exhaustive d’Ellen White.

Partie 2 : Davantage qu’un livre de plus
Partie 3 : L’histoire de Prophètes et Rois

Alors que je suis en train de rédiger des chapitres pour la biographie d’Ellen White, mes recherches sont très gratifiantes en ceci qu'elles révèlent le niveau de sa participation active dans l’œuvre littéraire pendant les quatre dernières années de sa vie. Les années en question s’échelonnent de 1911 à 1914, en plus des six premières semaines de l’année 1915. Durant cette période, elle a pu fêter ses quatre-vingt-quatrième à quatre-vingt-septième anniversaires. Life Sketches of Ellen G. White (Ebauches de la vie d’Ellen White), préparé en hâte pour l'impression et apparu en l’espace de quelques semaines après sa mort à la mi-juillet 1915, consacre quelques phrases à la préparation des manuscrits pour Conquérants Pacifiques, Conseils aux éducateurs, aux parents et aux étudiants, Ministère évangélique, et Prophètes et Rois. Aux pages 434 et 436 le lecteur apprend de manière tout à fait exacte qu’elle a supervisé ce travail et lu les manuscrits des chapitres.

Mais la pleine mesure de ce qui était en jeu dans le développement de ces volumes a été exhumé des archives et préparé pour la publication seulement pendant les deux derniers mois où j'écrivais ce qui sera le dernier de la série de biographies. Ellen G. White – les années Elmshaven. [Note de l’éditeur : l’auteur, pour plusieurs raisons, a choisi de commencer son récit par le retour d’Ellen White aux Etats-Unis d’Australie en 1900, et a préparé les manuscrits pour les deux derniers des six volumes de la biographie. Le premier d’entre eux sera publié en septembre de cette année.] Cela a été une expérience enthousiasmante et des plus rassurantes pour moi. Puisque cela prendra des mois avant que le volume contenant ce récit ne parvienne au grand public, je me sens obligé de le partager dès à présent avec les lecteurs de la Review. Dans ce livre, la participation active d’Ellen White au travail littéraire est dépeinte jusqu'au moment de l’accident qui a mis fin à son travail, cinq mois avant sa mort.

Dès maintenant il faut mettre les choses au clair: ses quatre livres mentionnés plus haut n’ont pas émergé en tant que productions littéraires tout à fait nouvelles. The Acts of the Apostles (Conquérants pacifiques), publié en 1911, est décrit dans Life Sketches comme « la révision de Sketches from the life of Paul, » un ouvrage qui est apparu à l’origine en 1883. Counsels to Parents, Teachers and Students (Conseils aux éducateurs, aux parents et aux étudiants), sorti des presses en 1913, constituait l’organisation et le développement de textes publiés à l'origine principalement dans les années 1890 dans Christian Education (« Education chrétienne ») et Special Testimonies on Education (« Témoignages particuliers sur l’éducation »). Gospel Workers (Ministère évangélique), sorti des presses en 1915, présentait d’importants conseils publiés en 1892 dans un volume intitulé Gospel Workers (Ministère évangélique), avec beaucoup de contenu ajouté, constituant ses conseils aux pasteurs. Prophets and Kings (Prophètes et rois) publié en 1917, était à l’origine intitulé The Captivity and Restoration of Israel (« La captivité et la restauration d’Israël »). C’était un livre qu’Ellen White était impatiente de préparer depuis plusieurs décennies. Ce faisant, elle a écrit un certain nombre d’articles, sur Daniel, Néhémie, Esdras, et d’autres personnalités de l’Ancien Testament, qui furent publiés dans la Review and Herald, The Signs of the Times, The Youth’s Instructor, et Watchman Magazine. Ceux-ci, avec des chapitres tirés de Spiritual Gifts, volume 3, ont pu fournir une grande partie du contenu qui forme l’histoire du grand conflit depuis l'époque de David jusqu’à la naissance du Christ.

Ainsi donc on disposait d’un réservoir de textes dans ses articles de périodiques, dans les transcriptions de ses discours, et dans ses archives de manuscrits qui formeraient la base de ces nouveaux livres. Mais il y eut beaucoup à faire dans l’assemblage et la coordination des textes avant que le manuscrit du livre ne soit prêt à être publié.

Et il y avait des trous à combler, avec Ellen White qui fournissait de nouveaux textes. C’était sur cet objectif qu’elle et ses assistants ont focalisé leur attention pendant les dernières années de sa vie. J’étais familier de cela dans les grandes lignes, mais je n’étais pas complètement conscient de la mesure avec laquelle ceux qui travaillaient avec elle la consultaient en vue d'avoir sa participation responsable au cours de l’hiver de sa vie. Ce n’est qu’en faisant des recherches dans les dossiers de correspondance de W.C. White et C.C. Crisler alors que je rédigeais des chapitres pour la biographie que je pris conscience de cela. Quand j’évoque les dossiers de correspondance de W.C. White, je parle de plus de 30 000 lettres. La correspondance de C.C. Crisler est beaucoup plus limitée.

Du fait que W.C. White était appelé à beaucoup travailler dans l’intérêt global de la cause durant les quatre dernières années de sa vie, nous disposons d’un récit détaillé de la vie d’Ellen White durant cette période. Crisler, qui dirigeait l'équipe de secrétariat à Elmshaven, tenait W.C. White informé, presque jour après jour, de la santé et des activités de sa mère, ainsi que des activités au bureau durant ces périodes d’absence. Quand W.C. White était à la maison, et au bureau, nous n’avons pas de comptes rendus, sauf quand lui ou D.E. Robinson écrivait aux co-ouvriers ou à J. Edson White.

Maintenant que cet arrière-plan est posé, je vais à présent reproduire quelques-uns des paragraphes extraits de la biographie que je suis en train d’écrire. Pour économiser de la place tout en accordant du crédit aux auteurs que je cite, j’utiliserai des initiales : EGW pour Ellen G. White, WCW pour W.C. White, CCC pour C.C. Crisler, DER pour D.E. Robinson, AGD pour A.G. Daniells, et SNH pour S.N. Haskell. Dans les archives du bureau avant que des titres ne soient apposés sur les livres en préparation, « Histoire du Nouveau Testament » se réfère à The Acts of the Apostles (Conquérants pacifiques), et « Histoire de l’Ancien Testament » se réfère à Prophets and Kings (Prophètes et rois).

Dans une lettre écrite en 1911 à L.R. Conradi, qui était à la tête de l’œuvre de l’église en Europe, W.C. White, immédiatement après la parution de The Acts of the Apostles, présenta une ébauche de la manière dont le livre avait été préparé : « Nous sommes heureux d’avoir pu rassembler les principaux éléments de ce que Maman a écrit concernant la vie et le travail des apôtres. […]

« Vous serez peut-être intéressé de savoir comment nous avons travaillé de concert dans la préparation du manuscrit pour l’éditeur, et quel rôle Maman a pu jouer.

« Au départ, Maman a manifesté un très vif intérêt dans la planification du nouveau livre. Elle nous a chargés de chercher dans ses manuscrits et ses articles publiés dans la Review, the Signs, et d’autres périodiques, et de rassembler ce qu’elle avait écrit sur l’œuvre et les enseignements des apôtres. Le travail préliminaire a pris environ cinq mois de lecture et de recherche. Puis a suivi le travail de sélection des articles et des extraits d’articles et de manuscrits qui représentaient le plus clairement ce qu’elle désirait dire à tous, à la fois aux adventistes et aux membres d’autres églises. […]

« La charge de ce travail est revenue à frère C.C. Crisler, à Mme Maggie Hare-Bree, et à Miss Minnie Hawkins.

« Jour après jour, les manuscrits furent soumis à Maman pour lecture. Elle leur accordait toute son attention tôt le matin quand elle était reposée et que son esprit était clair, et elle marquait les manuscrits librement, écrivant entre les lignes et ajoutant des mots, des expressions, et des phrases pour donner plus de clarté et de force aux déclarations, après quoi les manuscrits étaient recopiés une seconde fois.

« À mesure que le travail avançait, Maman nous donnait fréquemment des consignes concernant des points d’importance qu’elle se souvenait avoir écrit quelque part, et qu’elle voulait nous voir rechercher dans ses écrits en nous donnant plus de mal encore que pour le reste. Parfois cette consigne était donnée à ceux qui lui amenaient les manuscrits dans sa chambre, et souvent après avoir lu quelques chapitres, ou tôt dans la matinée après qu’un aspect important avait fait forte impression sur elle lors de visions nocturnes, elle venait au bureau et s'en entretenait avec frère Crisler.

« Un jour qu’elle lui parlait ainsi qu’à moi, elle dit : « Ce livre va être lu par les païens en Amérique et dans d’autres pays. Ne ménagez pas vos efforts pour rechercher ce que j’ai écrit concernant l’œuvre et les enseignements de saint Paul qui pourrait parler aux païens. »

« À une autre occasion, elle dit : « Ce livre sera lu par les Juifs. Donnez-vous du mal pour utiliser ce que j’ai écrit qui pourrait parler aux Juifs, et qui pourrait parler à notre peuple en guise d’encouragement à travailler pour les Juifs. »

« Et c’est ainsi que de temps en temps, elle attirait notre attention sur les objets et les objectifs que l’on devait garder à l’esprit quand nous cherchions à rassembler de ses écrits ce qui serait le plus utile. » WCW à L.R. Conradi, 8 décembre 1911.

Tout au long de l’année 1910, Ellen White et ses secrétaires vouèrent une grande partie de leur temps à la parution prochaine de the Great Controversy (la tragédie des siècles). Avec cette œuvre en grande partie écartée, un choix devait être fait entre les deux projets de livres du Conflict of the Ages (en français, la série Destination Eternité), celui sur l’histoire de l’Ancien Testament et l’autre sur l’histoire du Nouveau Testament. Quand on sut que les leçons de l’Ecole du Sabbat pour 1911 traiteraient du thème de l’église chrétienne primitive, et avec la prise de conscience de l’aide que pourrait représenter ce livre d’Ellen White, la décision fut prise en faveur du livre sur le Nouveau Testament qui servirait comme l’aide la plus utile pour l’Ecole du Sabbat. Alors qu’il était trop tard pour terminer le volume, les textes tels quels pourraient être publiés dans la Review and Herald, ainsi que dans the Signs of the Times, et the Youth’s Instructor.

La sélection et l’assemblage des textes de ces articles, sermons, manuscrits généraux et autres sources similaires devint le travail de Maggie Hare-Bree, une secrétaire avec une longue expérience dans l’œuvre d’Ellen White. Avec l'accent mis sur l’histoire du Nouveau Testament, Maggie fut chargée, dans un premier temps, de faire une étude exhaustive des sources d’Ellen White pour fournir des articles établissant des parallèles avec les leçons de l’Ecole du Sabbat. L’idée, c’était que dès que le travail sur the Great Controversy (la tragédie des siècles) serait terminé, Clarence Crisler devait rassembler des textes sur la vie de Paul. Il prendrait le livre de 1883, Sketches from the Life of Paul, comme base de son travail. Ce livre n’était plus imprimé depuis quelque temps, mais Ellen White souhaitait depuis de nombreuses années augmenter sa présentation. A présent, Crisler utiliserait ces ressources, ainsi que d’autres sources d’Ellen White des 25 dernières années ou plus.

Du fait que Maggie, qui travaillait dur sur les expériences de l’église chrétienne primitive, tomba malade, le travail fut retardé. Le délai pour la copie pour le numéro du 5 janvier de la Review, au moment où devait commencer la nouvelle série, fut dépassé (WCW à F.M. Wilcox, 17 janvier 1911). Mais quatre semaines plus tard, la Review and Herald proposait deux articles à temps pour faire le parallèle avec les leçons de l’Ecole du Sabbat en cours.

Les archives indiquent qu’Ellen White était très impliquée dans la tâche, parcourant les textes à mesure qu’ils étaient assemblés, faisant des changements et écrivant pour combler les blancs. Tout cela fut fait avec un œil sur le manuscrit complet pour le livre à paraître qui devait être connu sous le nom de the Acts of the Apostles (Conquérants pacifiques). Le 15 février, elle écrivit : « Je suis reconnaissante de pouvoir rester à la maison quelque temps, où je peux demeurer près de mes auxiliaires. […] Je suis totalement absorbée par la préparation du contenu pour « the Life of Paul » (La vie de Paul) Nous essayons de faire ressortir les preuves bibliques de la vérité et elles seront, nous le croyons, appréciées par notre peuple. » Lettre 4, 1911.

Le travail de préparation d’articles et de mise en forme des chapitres pour le manuscrit du livre avançait bien car Ellen White consacrait une grande partie de sa capacité d’écriture à cette tâche. Bien que le mois d’avril fût entièrement pris par un voyage à Loma Linda, dès le mois de mai, elle travaillait de nouveau sur les Acts (WCW à J.H. Behrens, 21 mai 1911). Le 6 juin, elle raconta que depuis son long voyage en 1909 elle n’avait « écrit que quelques lettres » et déclarait : « La seule force qui me reste est vouée à l'achèvement de mon livre sur l’œuvre des apôtres. » Lettre 30, 1911.

Le 25 juillet, en écrivant à F.M. Wilcox, rédacteur en chef de la Review and Herald, elle dit : « Tout en préparant le livre sur les Actes des apôtres (Conquérants pacifiques), le Seigneur a gardé mon esprit dans la plus parfaite paix. Ce livre sera bientôt prêt pour la publication. Quand ce livre sera prêt à être publié, si le Seigneur juge qu'il est temps que je repose en paix, je dirai Amen, et encore Amen. »

« Si le Seigneur épargne ma vie, je continuerai à écrire, et à apporter mon témoignage dans l’assemblée du peuple, à mesure que le Seigneur me donnera de la force et de la direction. » Lettre 56, 1911.

Ses articles dans la Review publiés en parallèle avec les leçons de l’Ecole du Sabbat continuèrent, mais à la mi-août, ils commencèrent à prendre la forme de chapitres de livre terminés, ce qu’ils étaient bien en réalité. Jusqu’à ce moment-là, la plupart des textes dans les articles se sont retrouvé dans les chapitres de the Acts of the Apostles avec quelques modifications, quelques suppressions, et quelques changements de mots. Durant le reste de l’année, les articles et le livre se suivaient mot pour mot.

Le 4 août, Ellen White raconta dans une lettre adressée à son fils Edson : « Mes ouvriers sont occupés à compléter le travail qui reste à faire sur le nouveau livre, the Acts of the Apostles. Nous espérons terminer cela avec beaucoup d’attention. […] Mes ouvriers amènent continuellement des chapitres pour que je les lise. Et je laisse de côté mon autre travail pour faire celui-là. […] Ce matin, j’ai déjà lu plusieurs chapitres de la vie de Paul. » Lettre 60, 1911.

Quatre semaines plus tard, elle mentionne à nouveau le livre dans une lettre adressée à S.N. Haskell : « Mon travail sur le livre the Acts of the Apostles est presque achevé. » Lettre 64, 1911.

C’était un jour de joie et de satisfaction, quand Ellen White pouvait écrire comme elle l’a fait en ce 6 octobre à M. et Mme Haskell :

« Mon livre, the Acts of the Apostles, est parti pour l'imprimeur. Bientôt il sera imprimé et prêt pour la circulation.

« Je me sens plus reconnaissante que je ne puis l’exprimer pour l’intérêt que mes ouvriers ont eu pour la préparation de ce livre, afin que ses vérités puissent être présentées dans le langage clair et simple dont le Seigneur m’a chargé de ne jamais m'écarter dans aucun de mes écrits.

« Le Seigneur a été bon avec moi en m’envoyant des ouvriers intelligents et compréhensifs. J’apprécie grandement leur intérêt, et les encouragements que j’ai eus en préparant ce livre pour les gens. J’ai confiance qu’il circulera largement. Notre peuple a besoin de toute la lumière que le Seigneur a bien voulu envoyer, afin d’être encouragés et affermis dans leur œuvre de proclamation du message d'avertissement en ces derniers jours. » Lettre 80, 1911.

Clarence Crisler a fait référence occasionnellement au précédent livre, Sketches from the Life of Paul, alors qu’il choisissait du texte pour The Acts of the Apostles (Conquérants pacifiques). Mais, alors qu’il y avait débat, en particulier dans les environs de Battle Creek quelques années auparavant, à propos du fait qu’Ellen White ait quelque peu plagié Life and Epistles of the Apostle Paul (« Vie et épîtres de l’apôtre Paul »), il n’y a rien dans les archives qui indique que cela ait été une préoccupation pour Crisler et ses compagnons. Life and Epistles of the Apostle Paul était un livre cosigné par W.J. Conybeare et J.S. Howsen, des ecclésiastiques britanniques, un livre sorti au Etats-Unis sans droit d’auteur par plusieurs éditeurs. W.C. White, dans ses commentaires du 8 décembre 1911, notait : « Si vous comparez ces chapitres concernant l’œuvre de Paul avec le précédent livre, Sketches from the Life of Paul, vous verrez qu'on a accordé moins de place aux descriptions détaillées des lieux et des voyages, et qu'on a accordé plus de place aux enseignements et aux leçons qu’on peut en tirer. » WCW à L.R. Conradi, le 8 décembre 1911. The Acts of the Apostles était sorti des presses et prêt à être vendu fin novembre 1911.

Les quatre derniers livres d’Ellen White

Partie 2 - Davantage qu'un « un livre de plus »
Par Arthur L. White

Publié à l’origine dans Adventist Review du 18 juin 1981

Ellen White pensait que l'hiver de sa vie et sa force devaient être consacrés à la production de ses livres car ils continueraient à s’adresser sans cesse à un large public.

Partie 1 : L’histoire derrière la rédaction
Partie 3 : L’histoire de Prophètes et Rois

Quand l’année 1912 commença, Ellen White était dans sa quatre-vingt-cinquième année. Ses amis, les dirigeants d’église et sa famille s'émerveillaient de sa capacité à poursuivre ses productions. Début janvier, elle écrivit : « Il restera encore un livre, celui relatant l’histoire de l’Ancien Testament depuis l'époque de David jusqu’à celle de Jésus. Le texte pour ce livre est écrit, et est archivé, mais il n’est pas encore mis en forme. Quand ce livre sera achevé, je me dirai que mon travail est terminé. Toutefois, je tiens ma plume aussi fermement aujourd’hui qu’au cours des années passées. » Lettre 4, 1912.

La production de livres les mettait sous pression car elle et ses compagnons savaient parfaitement que ses années étaient comptées. Il devenait clair aux yeux de son entourage que sa force physique déclinait, mais elle tenait bon et continuait à travailler sans relâche à ses livres. W.C. White écrivit à l’autre fils d’Ellen, James Edson White, le 13 mai 1912 : « La santé de Maman est assez variable. Certains jours elle lit un petit peu trop, puis ne dort pas de la nuit, et le lendemain se retrouve très faible. Parfois la nuit suivante elle se repose bien, et se sent du courage et de l’ambition le lendemain. » […] « Au lieu d’écrire plusieurs lettres par jour comme jadis, Maman n’en écrit plus que deux ou trois par mois aujourd’hui. »

Mais dès le lendemain, il pouvait écrire à A.G. Daniells, le président de la Conférence Générale : « Nous faisons d’excellents progrès avec le travail sur le livre de Maman. […] Nous espérons que le pan le plus lourd du travail sera achevé en juillet. » WCW à AGD, 14 mai 1912.

Quelques semaines plus tard, elle écrivit elle-même à ses vieux amis les Haskell : « Je dois vous écrire une courte lettre aujourd’hui. J’ai commencé plusieurs lettres, mais je n’ai pas réussi à en terminer une seule. J’espère que vous ne cesserez pas de m’écrire, même si je n’écris pas souvent. Je m’intéresse toujours à votre travail, et je suis toujours heureuse d’avoir de vos nouvelles.

Nous sommes tous très occupés, faisant de notre mieux pour préparer le nouveau livre pour la publication. Je veux que la lumière de la vérité se répande partout, afin d’éclairer ceux qui sont toujours ignorants des raisons de notre foi. » Lettre 28, 11 juin 1911.

Un potentiel de davantage de livres

Le sabbat 15 juin 1912, W.C. White trouva sa mère reposée. Au lieu de se rendre à l’église, il passa une grande partie de la matinée et une partie de l’après-midi à lui parler des progrès de l’œuvre, en particulier à Loma Linda. Lors de leur rencontre le sabbat après-midi, ils discutèrent de son intention souvent exprimée de se rendre à Portland, dans le Maine, une fois de plus. Elle avait souhaité vivement le faire, pour apporter son témoignage à nouveau dans cette ville qui était celle de son enfance. Il lui fit remarquer la perte que cela entraînerait pour la cause si elle laissait de côté son travail sur le livre à ce moment-là et il énuméra quelques-uns des projets qu’ils espéraient entreprendre dès que le manuscrit pour l’histoire de l’Ancien Testament serait terminé.

Il mentionna que parmi les livres qui nécessitaient une révision se trouvait Christian Education. (A ne pas confondre avec Education, publié en 1903, le premier étant un volume de 250 pages tiré des manuscrits d’Ellen White et publié dix ans plus tôt.) Gospel Workers (Ministère évangélique), publié en 1892, devait être révisé et augmenté. W.C. White mentionna alors « une compilation des Témoignages en vue de leur traduction dans d’autres langues. Experience and Views révisé (devenu Life Sketches of Ellen G. White), Story of Health Reform Movement (« Histoire du Mouvement de la Réforme Sanitaire »), Story of Labors in Europe (« Histoire de l'œuvre en Europe »), Story of Labors in Australia (« Histoire de l'œuvre en Australie »), Bible Sanctification révisé » et ainsi de suite. C’était un travail colossal qui les attendait.

La réponse d’Ellen White surprit et réjouit grandement son fils. Elle disait que depuis environ deux semaines, elle ne se sentait plus obligée de se rendre à Portland l’été suivant, et alors elle déclara : « Je ne suis pas capable de faire un tel voyage dans mon état de santé actuel. […] Je sens que mon temps et ma force doivent être consacrés à mes livres. Ils parleront à un large public encore et encore quand ma voix se sera tue.

En restant ici, je peux assister aux réunions qui se tiennent tout près, et si nous consentons à interrompre notre travail pour quoi que ce soit, ce sera en temps de nécessité pour venir en aide à l’œuvre à Loma Linda. » WCW à AGD, 16 juin 1912.

Mais le principal mouvement durant cette année 1912, en particulier les mois d’été et d’automne, concerna la préparation de livres. En mai, Ellen White écrivit : « À présent, la seule force dont je dispose est vouée principalement à la sortie sous forme de livre de ce que j’ai écrit au cours des années passées sur l’histoire de l’Ancien Testament depuis le temps de Salomon jusqu’à l’époque de Christ. L’année dernière the Acts of the Apostles a été imprimé, et il circule bien. Et à présent nous faisons de bons progrès avec cette histoire de l’Ancien Testament. Nous avançons aussi vite que possible.

« J’ai de fidèles et consciencieux auxiliaires, qui rassemblent ce que j’ai écrit pour la Review, Signs et Watchman, ainsi que dans des manuscrits et des lettres, et qui l’arrangent sous forme de chapitres pour le livre. Parfois j’examine plusieurs chapitres par jour, et parfois je ne peux pas lire beaucoup parce que mes yeux se fatiguent, et je suis prise de vertiges. Les chapitres que j’ai lus récemment sont très précieux. » Lettre 20, 1912.

A peu près à la même époque, W.C. White, écrivant à propos des excellents progrès faits avec le livre, rapporta qu’elle avait lu 25 ou 30 chapitres. Il y en avait 60 quand le livre Prophets and Kings fut achevé.

C’était l’espoir des employés du bureau, comme nous l’avons déjà dit, que le livre puisse être prêt pour la vente au moment de la session de la Conférence Générale, qui devait se tenir au printemps 1913. En novembre, W.C. White écrivit du travail : « Pendant l’été frère Crisler, sœur Minnie Hawkins et sœur Maggie Hare-Bree ont consacré beaucoup de temps à la recherche diligente dans les écrits de Maman et à l’assemblage de ce qu’elle a écrit sur différents stades de l’histoire de l’Ancien Testament depuis l’époque de Salomon jusqu’à Malachie. Nous avons tous pensé que ce travail longtemps laissé de côté devait avancer le plus rapidement possible tant que Maman est capable de superviser le travail.

« Maman écrit très peu de nouveau contenu sur l’histoire de l’Ancien Testament, mais quand nous plaçons devant elle ce qu’elle a écrit durant le passé et qu’elle le lit chapitre après chapitre, ses suggestions concernant des textes qui restent encore à retrouver nous pousse à retourner vers les manuscrits et à trouver ce qui a été oublié. » WCW à un ami très cher, 5 novembre 1912.

Direction et conduite

Alors que W.C. White, le 1er janvier 1913 écrivait à frère Haskell, transmettant les salutations de la part de sa mère pour la Nouvelle Année, il commenta : « C’est […] parfaitement clair que le Seigneur œuvre à travers elle d’une façon remarquable pour donner direction et conduite à l’œuvre qui est faite en ce moment dans le rassemblement de ses écrits et leur préparation pour la publication. » WCW à S.N. Haskell.

Ellen White fêta la Nouvelle Année en envoyant un assortiment conséquent de fruits secs à ses amis de longue date George et Martha Amadon à Battle Creek. Le colis comprenait des prunes, des pêches, des poires, des figues et des raisins (WCW à George Amadon, 13 janvier 1913).

En écrivant sur sa situation, elle déclara : « Durant les quatre dernières années, j’ai écrit peu de lettres en comparaison. Les forces qui me restent ont été consacrées principalement à l'achèvement d’un important travail littéraire.

« Occasionnellement, j’assiste à des réunions, et je visite des institutions en Californie, mais la plus grande partie de mon temps depuis la dernière Conférence Générale a été passée dans le travail avec le manuscrit dans ma maison de campagne, Elmshaven, près de St Helena.

« Je suis reconnaissante envers le Seigneur de ce qu’il épargne encore ma vie pour me permettre d’écrire des livres. Si seulement j’avais assez de force pour accomplir tout ce qui me paraît devoir être fait ! Je demande à Dieu de me donner de la sagesse pour que les vérités dont notre Eglise a tant besoin soient présentées d’une manière claire et acceptable. J’ai des raisons de croire que Dieu me rendra capable de le faire. » Manuscrit 4, 1913. (Voir également Messages choisis volume 2, page 468).

Mais pour quelqu’un qui avait passé toute sa vie à visiter les églises, le travail littéraire à Elmshaven tenait quelquefois du confinement. Elle écrivit : « Je voudrais m’engager moi-même pour travailler avec ardeur dans le champ et atteindre le public si je ne savais qu’à mon âge ce ne serait pas sage de trop présumer de mes forces. J’ai une tâche à remplir : communiquer à l’église et au monde la lumière qui m’a été confiée peu à peu au cours des années où a été proclamé le message du troisième ange. » Ibid. (Voir également Messages choisis, volume 2, page 467).

Ainsi donc, la préparation littéraire se faisait avec beaucoup d’application, Ellen White travaillant en étroite collaboration avec ses fidèles secrétaires de rédaction. Le travail sur l’histoire de l’Ancien Testament, auquel on avait consacré tant d’énergie en 1912, semble avoir alors ralenti, en attendant que Clarence Crisler pût lui accorder toute son attention.

Conseils aux éducateurs, aux parents et aux étudiants

Au début de l’année 1913, c’est le livre qu’on appelait alors Christian Education (connu aujourd’hui sous le nom de Counsels to Parents, Teachers, and Students, en français Conseils aux éducateurs, aux parents et aux étudiants) qui recevait toute l'attention. Dans une lettre écrite à O.A. Olsen le 2 janvier, W.C. White décrivait en détail les procédures dans la préparation du manuscrit : « Tout d’abord, le Professeur Salisbury [secrétaire du département de l’Education à la Conférence Générale] s’est assis avec les secrétaires de Maman et a passé deux ou trois heures à relever les articles dans l’ancien livre [Christian Education, 1893] qu’il considérait comme essentiels, ainsi que les articles dans Special Testimonies on Education [1897] qu’il pensait devoir être utilisés dans la nouvelle édition.

« Puis les sœurs Minnie Hawkins, Maggie Bree, et Mary Steward ont accordé au contenu qu’il avait désigné une lecture très attentive, et elles prirent des notes. Puis elles allèrent dans les archives de Maman pour voir quels textes elles pourraient y trouver et elles prirent des notes.

« Puis nous avons fait une liste de thèmes que nous estimions devoir être considérés dans la compilation, et avec ces sujets devant elles, elles ont fait une étude consciencieuse du matériel déjà imprimé et des manuscrits. A mesure qu’elles collectaient les textes, les thèmes sont passés de dix à quatorze. » WCW à O.A. Olsen, 2 janvier 1913.

Quand le manuscrit fut assemblé dans sa forme préliminaire et que chaque chapitre fut lu par Ellen White, il a été soumis à plusieurs éducateurs de premier plan pour une lecture critique. W.C. White leur a écrit : « Si vous trouvez quoi que ce soit à critiquer dans le manuscrit, si vous connaissez d’importants textes qui devraient être ajoutés, ou si vous avez des suggestions concernant l’arrangement, soyez assez aimable pour nous le faire savoir, et nous apporterons toute notre considération à vos suggestions. » WCW à M.E. Kern, 15 janvier 1913.

Les procédures dans le remaniement du manuscrit étaient assez différentes de celles suivies dans la préparation de Prophets and Kings. Dans le cas de l’histoire de l’Ancien Testament, il y avait une chronologie naturelle à suivre. Dans le cas du livre sur l’éducation, il fallait exercer son jugement dans la sélection des textes et dans l’établissement de la séquence la plus utile sous laquelle ils devaient apparaître. Assez naturellement, des éducateurs consacrés, ayant étudié avec diligence les conseils de l’Esprit de Prophétie en lien avec leur travail, étaient les mieux placés pour signaler tout conseil important qui aurait pu être oublié, et pour suggérer l’arrangement des articles le plus efficace.

Alors que le travail sur le manuscrit arrivait à son terme au début de l’année 1913, l’attention d’Ellen White fut attirée vers le fait qu’il ne contenait aucun conseil donnant une direction bien nette aux administrateurs d’école, en particulier dans nos universités, concernant l’association des étudiants. Elle avait écrit sur le sujet au moment des débuts de l’école d’Avondale et avait traité de principes généraux dans des conseils adressés aux universités de Battle Creek et de Healdsburg. Pour répondre à la nécessité de combler le manuscrit sur ce point, elle dicta une déclaration, et quand elle fut intégrée au manuscrit, elle la lut et la relut dans son contexte pour s’assurer qu’elle communiquait son intention de manière correcte et adéquate.

Avec le livre Counsels to Parents, Teachers, and Students (Conseils aux éducateurs, aux parents et aux étudiants) entre les mains des éditeurs, le travail sur le manuscrit pour Gospel Workers (Ministère évangélique) prit une place prépondérante dans le programme de travail à Elmshaven. Le 18 février 1913, W.C. White rapporta au frère Daniells : « Maman va assez bien ces jours-ci, mais n'a aucune force. Notre travail au bureau progresse bien. Minnie et Maggie sont à la tâche collectant des textes pour Gospel Workers. »

Le 31 mars, il écrivit à Mrs N.H. Druillard, une amie de longue date de la famille : « Maman […] reste assez joyeuse, sort se promener quasiment tous les jours où le temps le permet, lit tous les manuscrits que nous préparons pour l’éditeur, et nous donne des conseils de grande valeur sur le travail. »

Et Ellen White elle-même raconta le 7 mai : « J’ai toute une compagnie d’ouvriers fidèles, qui aident à préparer des textes pour l'impression. Ils ont du courage, et voient le bon côté des choses. Nous faisons de notre mieux pour rassembler les précieuses instructions dont les gens ont besoin. » Lettre 9, 1913.

Les quatre derniers livres d’Ellen White

Partie 3 - L’histoire de Prophètes et rois
Par Arthur L. White

Publié à l’origine dans Adventist Review du 25 juin 1981

Durant les deux dernières années de sa vie, Ellen White a voué ses forces à la préparation de livres.

Partie 1 : L’histoire derrière la rédaction
Partie 2 : Davantage qu’un livre de plus

Une Conférence Générale était toujours pour Ellen White une occasion très importante. Elle avait manqué peu de sessions durant les 70 années de son ministère actif. Alors qu'approchait le moment de la trente-huitième assemblée devant se tenir à Washington en mai 1913, elle souhaita y assister. Mais au lieu de cela, elle envoya deux messages formels devant être lus aux délégués et demanda à son fils de présenter oralement des paroles de salutations. Il eut l’opportunité de le faire, quand A.G. Daniells, après un bref discours à la réunion d’ouverture, donna l’occasion à ceux qui le souhaitaient de délivrer des paroles de reconnaissance, de louange, et d’actions de grâces. En se levant pour apporter son témoignage, W.C. White transmit le message que sa mère lui avait donné : « Dis à nos frères de garder bon courage. Dis-leur d’avoir foi en Dieu et d’espérer de grandes choses, d’entreprendre de grandes choses, et par sa force, de toujours avancer. Dis-leur de ne pas avoir peur, ni de regarder en arrière. Mes prières les accompagnent.

Dis à nos frères que je sais parfaitement que c’est la volonté de Dieu que je reste chez moi et que je garde la force que j’ai pour aider dans l’œuvre qui consiste à mettre mes écrits sous forme de livres, afin qu’ils soient publiés pour les gens. » General Conference Bulletin, 16 mai 1913, pp. 5, 6.

Puis dans son compte rendu sur son état de santé et son bien-être, il déclara : « Maman a quatre-vingt-cinq ans. Elle ressent les infirmités de l’âge, mais elle ne souffre pas de la maladie. Elle est bien, à son aise. Presque chaque jour quand le temps le permet, elle sort se promener pendant une heure ou deux. Habituellement, elle consacre une heure ou deux à lire ou à écrire, un jour à la fois.

Très fréquemment, comme je lui rends visite dans la matinée, je trouve la Review dans ses mains, et elle me dit : « Quel journal merveilleux ! Quel compte rendu intéressant de notre travail ! » Et en lien avec différents comptes rendus dans la Review, elle commente souvent les progrès de l’œuvre dans de nombreux pays.

Le courage de Maman est bon. Elle n’a pas peur de l’avenir. Elle s’attend à reposer dans la tombe pendant un petit peu de temps avant que le Seigneur revienne, mais elle n’a pas d’appréhension. Sa seule préoccupation est d’utiliser la force que Dieu lui a donnée de la façon la plus acceptable pour son Maître. » Ibid.

Durant la session de la Conférence Générale, W.C. White lut un des messages que sa mère avait adressés aux délégués, et un peu plus tard, A.G. Daniells lut l’autre. Les messages donnèrent du courage aux ouvriers rassemblés.

Quelques semaines après la clôture de la Conférence, mais avant que W.C. White ne revienne à Elmshaven, Sara Mc Enterfer, la secrétaire personnelle, compagne de voyage, et infirmière d’Ellen White, l’informa de l’état de santé d’Ellen White : « La santé de Mère a été inespérée durant votre absence. Elle chante la nuit et elle chante le jour (même quand elle se trouve dans la baignoire à prendre son traitement). Elle semble apprécier beaucoup sa nourriture, et je crois qu’elle lui fait du bien. Nous l’emmenons en promenade deux fois presque tous les jours. » Des progrès constants, mais parfois lents en apparence, étaient faits dans la préparation de « l’histoire de l’Ancien Testament » et de Gospel Workers, et pour répondre à l'incessante demande d’articles d’Ellen White pour la Review et Signs of the Times.

Le 28 août, Ellen White rapporta concernant les progrès de son travail littéraire : « Ces quelques derniers mois, je n’ai pas écrit beaucoup de lettres, car je souhaitais garder mes forces pour la lecture de textes importants dans mon travail littéraire. J’ai avec moi une excellente compagnie d’ouvriers qui sont fidèles aux principes, et dont les intérêts sont entièrement liés à ce travail. Ma foi a augmenté à mesure que j’ai essayé de faire de mon mieux pour compléter mes écrits. » Lettre 11, 1913.

Pendant le mois de décembre, elle était toujours très occupée dans la production de livres. Elle écrivit à ce propos le 4 décembre 1913 : « Je suis plutôt bien du point de vue de ma santé, je ne souffre pas de beaucoup de maux, mais je me rends compte que la vieillesse me rappelle que je suis mortelle. Mon travail littéraire monopolise toujours mon temps, et j’essaie de terminer mon travail avec joie et non avec chagrin. Je n’ai pas perdu de mon courage. » Lettre 13, 1913.

Prier que sa vie soit prolongée

Deux semaines plus tard, W.C. White, en écrivant à S.N. Haskells, était heureux de relater : « 19 décembre : Maman est restée en assez bonne santé l’été dernier et pendant l’automne. A présent, elle n’est pas si forte, mais nous prions que sa vie soit prolongée, et sa force soutenue afin qu’elle puisse nous diriger dans le travail de préparation de ses manuscrits pour les éditeurs. » WCW à SNH, 19 décembre 1913.

Puis le dernier jour de l’année, il écrivit à frère Daniells : « 31 décembre : certains domaines de notre travail avancent bien. Sœur Bree fait des progrès constants dans la préparation de la copie pour Gospel Workers. Maman lit cela article par article, et l'apprécie beaucoup. » WCW à AGD, 31 décembre 1913.

En 1914, W.C. White restait à la maison plus de temps à travailler avec le personnel que durant la première partie de l’année. Puisque Clarence Crisler ne le tenait plus au courant presque chaque jour, nous manquons de ces comptes rendus détaillés du genre de ceux qui ont rendu possible cette série d’articles de la Review. Le travail sur les livres avançait avec application.

En mai 1914, James Edson White rendit visite à sa mère et passa environ un mois à Elmshaven. Mère et fils passèrent des moments agréables. Puis elle eut une expérience que W.C. White expliqua plus tard à son frère Edson : « Peu de temps après ta visite, elle a eu des problèmes avec sa main droite pendant deux semaines, ainsi qu’avec son pied droit pendant une semaine, et avec tout son côté pendant un jour ou deux. Nous avons fait venir le Dr Klingermann, et il lui a fait des examens très justes. Il a dit qu’elle avait eu une très légère attaque, et que ces effets ne seraient que temporaires. Puis il a dit à May Walling et à Sara ce qu’il fallait ajouter au traitement habituel, et déclara qu’il ne pensait pas qu’une autre visite de sa part était nécessaire.

« Après quatre ou cinq jours, Maman faisait de nouveau ses promenades chaque jour comme avant, mais il se passa près de quatre semaines avant qu’elle ne daigne lire la Review ou quoi que ce fût dans les livres et manuscrits qui l’entouraient. Quand nous avions des manuscrits qui réclamaient son attention, nous attendions qu’elle se sente mieux, et qu’elle ait du courage. » WCW à JEW, 15 décembre 1914.

Ellen White commentait qu’elle sentait continuellement la présence de l’Esprit de Dieu.

Après s’être autorisé quelques semaines de convalescence, Ellen White fut de nouveau apte à accorder toute son attention au travail en cours. Quand on lui amenait les chapitres, son fils raconte qu’elle en lisait quelques-uns, ou demandait à d’autres de les lui lire, et elle les commentait. Sa principale contribution au travail littéraire durant sa quatre-vingt-septième année était dirigée vers ses livres alors qu’elle lisait et approuvait les chapitres et parfois ajoutait un élément ici ou là. Pendant le mois de juin il semblait à ceux qui l’entouraient qu’elle était un peu moins stable sur ses jambes, et que sa résistance déclinait.

Bien qu’elle eût des pertes de mémoire et qu'elle perdît parfois le sens de l’orientation, des membres de son bureau notèrent un phénomène remarquable : sa compréhension des sujets spirituels ne vacilla jamais. Le 4 octobre, W.C. White quitta la maison pour un voyage prolongé dans le sud et dans l’est. Tandis que son absence ralentissait le travail au bureau et laissait une solitude considérable, elle eut un côté positif, puisqu'elle a permis de fréquents comptes rendus par lettre de Crisler. Ses comptes rendus quasi quotidiens fournissent un récit très détaillé des activités et de l’état de santé d’Ellen White. Le jeudi soir, le 8 octobre, Crisler, qui travaillait dans son bureau, non loin de la maison d’Elmshaven, écrivit : « J’entends sœur White prier pendant que j’écris. Elle dirige le culte du soir avec les filles. Elle semble gaie aujourd’hui. » CCC à WCW, 8 octobre 1914. Plus tard dans le mois, Crisler rapporte qu’alors qu’il rendait visite à la maisonnée, il découvrit qu’Ellen White lisait la Tragédie des Siècles, et qu’elle se réjouissait des « révélations claires » de vérité mises en avant dans le livre. Son esprit était remarquablement clair – une bénédiction qui la réjouissait (CCC à WCW, 28 octobre 1914).

Durant les premiers mois de l’année 1914, le travail sur l’histoire de l’Ancien Testament fut accéléré, de peur que si le manuscrit devait être retardé, il ne pourrait recevoir toute l’attention minutieuse d’Ellen White, ainsi que ses conseils et son approbation. A présent la tâche était bien lancée, et Clarence Crisler retourna vers certains chapitres, qui n’avaient pas la richesse du standard fixé par le reste du manuscrit. Avec les conseils et l’aide d’Ellen White, il termina certains de ces chapitres. C’est pourquoi le manuscrit dont il a été question plus tôt comme étant quasiment complet était encore en préparation. Crisler écrivit : « A mesure que nous trouvons du nouveau contenu dans les archives et que nous l’ajoutons aux chapitres qui ont déjà été préparés et transmis, et que nous lui relisons ces portions augmentées, elle semble apprécier de les parcourir à nouveau. Ce perfectionnement du manuscrit est un travail qui avance lentement, mais qui est très intéressant. Et nous sommes pleins d’espoir quant au résultat. » CCC à WCW, 1er janvier 1915.

Le dimanche 1er novembre, elle et C.C. Crisler parcoururent huit pages de manuscrit sur l’histoire de l’Ancien Testament. Il se donnait du mal pour trouver des textes qui convenaient pour combler les six chapitres restants. Ils parlèrent du livre à venir et discutèrent de certaines des prophéties de Jérémie. Le chapitre qu’ils avaient parcouru était l’un des six inachevés. Crisler espérait que le soir suivant, elle serait capable d’entendre et d’approuver un autre chapitre sur Jérémie. Cela en laisserait uniquement quatre à terminer, « un de plus sur Jérémie, un sur la Restauration, un sur Malachie, et un sur la prophétie messianique. »

Et les jours s’écoulaient ainsi. Le vendredi 20 novembre, Crisler lut à Ellen White quelques pages du manuscrit pour le livre sur l’Ancien Testament, puis à nouveau le dimanche il lui lut une demi-douzaine de pages (CCC à WCW, 22 novembre 1914). Il écrivit à W.C. White sur ce qui n’avait jamais cessé de l’étonner, lui, ainsi que les autres proches d’Ellen White : « Quand nous touchons aux sujets spirituels, l’esprit semble être élevé au-dessus de toute confusion. Quand on cite partiellement un passage biblique, elle le termine très souvent. J’ai essayé cela de nombreuses fois, en particulier en répétant les promesses. Et les textes de Jérémie et de l’Ancien Testament lui semblent très familiers, et elle s’en souvient, et les commente, et développe les citations, comme jadis. Je considère cela comme une providence spéciale en notre faveur pour le temps présent. » Ibid.

Deux semaines plus tard, Crisler rapporta que l’esprit d’Ellen White semblait plutôt clair, et ils travaillaient ensemble sur les chapitres de l’histoire de l’Ancien Testament au jour le jour. Le mercredi, elle se mit à se remémorer certaines choses – fait plutôt inhabituel. Crisler raconte : « Elle a essayé de se souvenir du nom de quelque frère de jadis qui avait exprimé du découragement à propos de la perspective d’une œuvre très importante qui devrait être entreprise avant que le monde ne soit averti. Et elle dit qu’un autre frère, qui avait une grande foi, s’est tourné vers lui, et que son visage est devenu livide, et avec une forte émotion, il a dit : « Mon frère, allez-vous laisser une telle perspective vous décourager ? Ne savez-vous pas que Dieu veut que nous poursuivions la lutte jusqu’au bout ! Ne savez-vous pas qu’il veut que nous continuions à œuvrer, encore et encore, sachant que la victoire est devant nous ? » » CCC à WCW, décembre 1914.

Puis elle fit des commentaires sur le fait qu’elle ressentait continuellement la présence enrichissante de l’Esprit de Dieu. Il ajouta : « Elle a dit qu’elle ne prononcerait pas de paroles de découragement, et pourtant elle ne souhaitait pas donner l’impression qu’aucune déception ne l’atteignait. Nous devons nous attendre à ce que l’ennemi nous apporte des déceptions, mais elles ne doivent pas nous décourager pour autant. Quand nous sommes déçus, nous devons œuvrer jusqu’à ce que le triomphe arrive ; c’est cela marcher par la foi. » Ibid.

C’était une bonne semaine pour la préparation du livre, et les deux passaient un certain temps chaque jour à travailler ensemble. Elle faisait de fréquents commentaires et quelques suggestions bienvenues (CCC à WCW, 30 novembre et 2 décembre 1914).

En avant ! En avant !

Le 3 décembre Crisler parcourut un autre chapitre pour l’histoire de l’Ancien Testament, et en lien avec cela, Ellen White lui raconta une expérience récente. Voici comment il la relate : « Sœur White dit que durant la nuit elle entend des voix qui disent : « En avant ! En avant ! Poursuivez la lutte jusqu’au bout ! » (CCC à WCW, 3 décembre 1914).

Crisler commenta : « Elle semble appliquer cela à l’achèvement de l’œuvre du Seigneur dans toutes les parties de la terre, ainsi qu’à l’achèvement de cet important travail littéraire. […] Je crois que le Seigneur veut que nous prenions courage, et que nous avancions d’un pas décidé. » Ibid. Quelques jours plus tard, il écrivit que les paroles de sœur White continuaient de résonner dans sa tête. En avant ! En avant ! C’était également vrai pour les autres qui ont entendu parler de cette expérience (CCC à WCW, 4 décembre 1914).

Le lundi 14 décembre, Crisler rapporta que la condition quotidienne d’Ellen White restait à peu près la même, et il dit qu’il essayait de lui rendre visite « aussi souvent qu’elle était capable de considérer les textes avec enthousiasme, » ce qui était, en règle générale, parfois une, parfois deux fois par jour. Quand il manquait des jours, il dit que cela restait exceptionnel. Ce jour-là et la veille, il parcourut la partie sur Daniel à nouveau avec Ellen White, et elle sembla apprécier ce récapitulatif de l’histoire. L’entendre raviva de vieux souvenirs. Ses commentaires durant la visite donnèrent à Crisler l’occasion de faire du travail supplémentaire sur le manuscrit (CCC à WCW, 14 et 17 décembre 1914).

La mi-décembre fut marquée par un point encourageant dans la condition physique d’Ellen White. Pendant plusieurs semaines, elle put accorder plus d’attention que d’habitude aux tâches littéraires.

Clarence Crisler écrivit à frère S.N. Haskell le jeudi 24 décembre, et il avait quelque chose à dire sur le sujet qui intéressait tant de monde : l’état de santé d’Ellen White. « Certains jours, dit-il, elle est plus forte que d’autres. Mais elle n’est pas aussi forte maintenant que la dernière fois où vous étiez avec nous. » Elle donne de la considération, dit-il, « à quelques questions liées à l’avancement de l’œuvre générale, » et parcourt « avec nous les manuscrits qui sont préparés à partir de ses écrits ou pour être publiés. » Il observa : « Elle est plus souvent lasse intellectuellement, et quand elle est fatiguée, elle a mauvaise mémoire […] et oublie des détails. » Néanmoins, elle était en possession de concepts remarquablement clairs sur les questions religieuses et spirituelles : « Son esprit semble rester exceptionnellement clair sur les sujets bibliques et particulièrement sur les précieuses promesses de la Parole. C’est ainsi que ses méditations sont douces, et elle trouve du réconfort et de la joie à travers la consolation que la Bible donne à chaque chrétien. » CCC à SNH, décembre 1914.

« D’autres fois, continue Crisler, elle a beaucoup à dire au sujet d’autrefois, et elle se met à se souvenir de ses associés des années passées ; et alors elle semble tout à fait comme elle était quand vous étiez avec nous. » Il ajouta : « Il arrive également souvent que son esprit soit productif sur les thèmes bibliques ; et nous nous efforçons de tirer avantage de tels moments, et de présenter devant elle pour sa considération attentive ce qui doit recevoir son attention personnelle avant d’être publié sous forme de livre ou d’articles.

« Si Dieu n’intervenait pas de manière spéciale en son nom, je ne doute pas qu’elle aurait des difficultés à garder ce rythme de travail. Mais avec la bénédiction du ciel, nous avons pu avancer lentement mais sûrement. Chaque pas en direction de l’achèvement du travail manuscrit lui apporte une réelle joie. Et elle se réjouit du privilège de pouvoir encore utiliser ses talents pour border les contours, comme elle dit, et pour présenter son œuvre sous une forme acceptable, qu’on puisse dire d’elle : « c’est bien » quand elle se reposera de ses labeurs. » Ibid.

Les derniers mois

Le 1er janvier 1915, Crisler écrivit à propos du travail sur les chapitres reliant l’histoire de Salomon avec celle d’Elie parce qu’ils n’étaient pas « assez lumineux et assez optimistes pour convenir » à Ellen White (CCC à WCW, 4 janvier 1915). Ainsi, suivant son conseil, « des passages bibliques furent introduits qu’elle considérait comme nécessaires. Crisler était content que cela la satisfasse et lui-même était heureux qu’ils puissent à présent inclure des textes qu’ils « ne voulaient pas voir écartés du volume des deux qui serait préparé le plus rapidement » (CCC à WCW, 4 et 5 janvier 1915).

Alors que l’année 1915 commençait, la Review and Herald préparait les plaques pour Gospel Workers (Ministère évangélique). A mesure que le travail progressait, les ouvriers à Elmshaven lisaient les épreuves et faisaient une double vérification. Un soin plus méticuleux fut apporté à l’un des livres d’Ellen White qu’aux autres ouvrages.

Le mardi 5 janvier 1915, Crisler eut l’occasion d’écrire à Edson White, et il rapporta les éléments suivants sur la santé de sa mère : « Vous serez content d’apprendre que sœur White continue à bien se porter, toutes choses considérées. […] Elle peut évoluer dans la maison sans assistance, passant de pièce en pièce et du rez-de chaussée à l’étage, mais ses pas sont beaucoup plus lents et incertains que par le passé, et même que lorsque vous étiez avec nous la dernière fois [en mai 1914]. […]

« Souvent depuis ces derniers mois, elle passe une bonne partie de son temps au rez-de-chaussée, assise dans le salon près de la cheminée. Et Miss May Walling s’efforce de s’asseoir beaucoup avec elle, pour lui tenir compagnie. […] La vie au foyer est vraiment pour votre mère plus importante que durant les années où ses activités l’amenaient à s’isoler dans son bureau la majeure partie du temps. »

Deux jours plus tard, il écrivit à W.C. White : « Je vous envoie ces quelques lignes pour vous dire que votre mère est la même, du point de vue de sa santé. Elle passe une partie de son temps à lire les volumes en gros caractères qui sont à portée de sa main, et semble satisfaite. Aujourd’hui nous avons parcouru un autre long chapitre de l’histoire d’Elie. » CCC à WCW, 7 janvier 1915.

Le 12 janvier 1915, le compte rendu disait : « Votre mère […] semble être la même jour après jour. Je la trouve en mesure d’étudier les manuscrits chaque jour, en harmonie avec le plan résumé dans de récentes lettres. Elle prend plaisir à ce travail, et nous donne tous les jours une aide véritable quand nous en avons besoin. […] Parfois, je trouve votre mère en train de parcourir Signs et la Review, et d’autres revues. Mais ces derniers temps je ne la trouve plus lisant le journal. » CCC à WCW, 12 janvier 1915.

Puis le dimanche 17 janvier, il écrivit à W.C. White : « Je suis allé dans le salon de votre mère pour lui rendre visite. Nous avons parcouru certaines des prophéties d’Amos et d’Osée, et avons considéré des textes qui vont venir renforcer le chapitre qui en parle. »

Le 10 février marque l’écriture d’une lettre par D.E. Robinson à S.N. Haskell. Il écrivit : « Vous serez content d’apprendre que la santé générale de sœur White est plutôt bonne. Elle est toujours capable de s’habiller et de se déplacer dans la maison. Elle prend ses repas avec la famille, et quand le temps est propice, elle sort faire une promenade.

« Elle trouve de l’intérêt dans ce qui est préparé d’après ses manuscrits pour la publication. Elle exprime constamment sa gratitude envers Dieu pour sa sollicitude envers elle. Les trois derniers jours, j’ai mangé à sa table, et elle apprécie sa nourriture tout à fait. Pourtant, nous qui la fréquentons, nous voyons bien qu’elle s’affaiblit constamment. »

Le vendredi 12 février, W.C. White était rentré et par lettre informa ses amis : « Vendredi après-midi, le 12 février, alors que je quittais le bureau pour un voyage rapide à St Helena, Maman est sortie, et nous avons passé dix minutes à nous promener sous un soleil radieux et à parler des progrès du message dans le monde entier. » WCW à « Cher ami, » 15 février 1915.

Le lendemain, sabbat 13 février 1915, alors qu’elle entrait dans son salon d’écriture, Ellen White chuta et se brisa la hanche. Elle vécut encore cinq mois, mais son travail était terminé. Deux chapitres pour l’histoire de l’Ancien Testament n’étaient pas encore tout à fait achevés. La mort et les funérailles d’Ellen White ainsi que les adaptations importantes qu’il fallut mettre en place à Elmshaven laissèrent quelque peu à l’abandon le travail sur le manuscrit et la proposition de publication du livre que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Prophets and Kings (Prophètes et rois). Après avoir cherché conseil, les administrateurs White décidèrent de poursuivre avec la publication de ce livre qui comblerait la série de cinq volumes sur l’histoire du « Conflict of the Ages » (littéralement « Conflit des âges », en français la série porte le nom de « Destination Eternité »). Les chapitres inachevés furent comblés avec des textes disponibles d’après les manuscrits archivés, et le manuscrit pour le livre fut envoyé à la Pacific Press pour être publié. Comme prévu, il était prêt à être commercialisé.