J’ai grandi dans l’église adventiste : les excuses sont inutiles

par James R. Nix

« Initie le jeune homme à la voie qu’il doit suivre ; même quand il sera vieux, il ne s’en écartera pas. » Proverbes 22:6.

Ceux qui sont nés dans des familles adventistes ont, pour la plupart, grandi à une époque que certains – y compris, malheureusement, des gens qui faisaient alors partie de l’église – considèrent aujourd’hui comme des années de confusion. Pourquoi cela ? Ils considèrent une bonne partie des enseignements et des pratiques de notre église dans les années 1950 et 1960, à la fois en termes de théologie et de style de vie, comme trop simplistes, légalistes, ou carrément comme faux. Par exemple, ils affirment que durant notre jeunesse, on nous a inculqués que le salut s’obtenait grâce à nos actions, et pas grâce à la Personne que nous connaissions. En plus, du fait que nous nous considérions comme le reste décrit dans Apocalypse 12, et que nous croyions que nous avions un message unique pour les temps de la fin, message qui se trouve dans Apocalypse 14, et que nous devions partager avec le monde avant le retour du Christ, ils prétendent que l’église dans laquelle nous avons grandi était suffisante, égocentrique et intolérante. En outre, selon l’opinion de ces arbitres auto-proclamés des « faits » (ou du moins de ce qu’ils considèrent comme tels), nous étions au pire « gavés » d’Ellen White, ou au mieux, elle était élevée au rang de juge ultime de tout ce qui concernait l’adventisme. Et la litanie de critiques se poursuit indéfiniment, critiques sur la façon dont l’église nous a traités (ou maltraités). Par conséquent, nombreux sont ceux qui, dans la génération qui arrive, sont persuadés que les choses se sont vraiment passées ainsi.

Le plus triste, c’est qu’aujourd’hui, ce ne sont pas seulement ceux qui sont à l’extérieur de l’église qui disent de telles choses. Certains membres – et même des employés de l’église – ont le même regard sur l’histoire récente de notre église. Malheureusement, pour certains, c’est peut-être le cas, c’est vraiment l’adventisme qu’ils ont connu, mais heureusement, ceux qui ont vécu à cette époque ne la voient pas tous de cette manière. Alors, au risque d’être considéré comme quelqu’un, soit de naïf, soit d’endoctriné, je veux, pour la postérité, dire pourquoi je suis heureux d’avoir grandi dans l’église adventiste dans ces années-là. Au lieu de me focaliser sur les problèmes, je veux célébrer l’adventisme. Je veux partager certaines des raisons qui font que je me sens béni d’avoir grandi en étant adventiste lors de cette soi-disant époque de confusion légaliste.

Avant de partager mes raisons, je voudrais dire que je suis un pur produit de mon église. Je suis né adventiste du septième jour et j’ai grandi adventiste du septième jour. En fait, ma famille est adventiste depuis six générations. J’ai fréquenté des écoles adventistes du CP jusqu’au séminaire, sans parler de l’école du sabbat, de l’église, des Éclaireurs. Un jour, j’ai donné mon cœur à Jésus et j’ai décidé que je voulais passer ma vie à le servir. En bref, ma conversion et ma marche avec Jésus sont directement liées à mon éducation adventiste, grâce à l’amour de Dieu que m’ont montré ma famille, mes professeurs, les pasteurs, et d’autres personnes dans l’église. A présent, laissez-moi énumérer 10 raisons pour lesquelles non seulement je suis content d’être adventiste du septième jour, mais d’avoir grandi dans l’église à ce moment-là. Commençons par la Bible.

1. Le respect pour la Parole de Dieu, la Bible

Je suis heureux de ce que l’église m’ait appris à mettre la Bible en avant. Il est vrai que les choses étaient plus simples à l’époque – nous utilisions à peu près tous la même version de la Bible. Cela contribuait à l’unité dans l’église. J’appréciais différentes versions, mais cette prolifération de versions a causé quelques problèmes. Quand j’ai grandi, les versets à mémoriser à l’école du sabbat et les textes bibliques à l’école, étaient encore là pour être appris et vécus. A l’école du sabbat, nous avions des « quiz bibliques, » en général garçons contre filles. La plupart du temps, nous perdions contre les filles, mais des faits bibliques que j’utilise encore aujourd’hui se sont alors gravés dans mon esprit.

Au risque de paraître très démodé et « légaliste » pour la génération d’aujourd’hui, laissez-moi préciser une autre chose qu’on m’a inculquée, à l’école du sabbat ou à l’école d’église. Mon église m’a appris qu’on ne doit jamais rien poser par-dessus une Bible. Pour moi, cela voulait dire que la Bible était toujours une catégorie à elle toute seule. Je sais que beaucoup prétendent aujourd’hui que les écrits d’Ellen White étaient souvent considérés comme supérieurs à la Bible. Mais personne ne m’a jamais dit de ne rien poser par-dessus ses livres à elle. Mon église m’a plutôt enseigné, même quand j’étais un enfant, que la Parole de Dieu est toujours prédominante, et pour cela, je serai à jamais reconnaissant. J’ajoute que mon église m’a également appris des chants qui renforcent l’importance de la Bible dans mon esprit. C’est probablement à l’école du sabbat que j’ai appris ce petit chant pour la première fois.

T-H-E B-I-B-L-E

The B-I-B-L-E,
Yes, that's the book for me;
I stand alone on the Word of God:
The B-I-B-L-E.

(n° 116 dans Happy Songs for Boys and Girls.)

[La B-I-B-L-E, Oui, c’est le livre qu’il me faut ; Je ne vis que de la Parole de Dieu : La B-I-B-L-E]

J’ai également appris un cantique qui s’appelait « Give me the Bible. »

[En français, il correspond à peu près au cantique suivant :]

LIVRE SACRE LUMIERE ÉTINCELANTE

Livre sacré, lumière étincelante
Qui de la nuit perce l’obscurité
Révèle à tous ta beauté rayonnante
Et dans les cœurs fait briller ta clarté

REFRAIN:

Livre divin, ô céleste message
De vérité, de justice et d’amour
Conduis mes pas dans le pèlerinage
Où vers le ciel j’avance chaque jour.

[n° 135 du Hymnes et Louanges ; ou n°333 du Donnez-lui gloire, avec des paroles différentes]

2. Le proche retour du Christ

Je suis heureux car, quand j’ai grandi dans l’église, on avait le sentiment de l’urgence du retour de Christ. Mes professeurs m’ont enseigné que Jésus revenait, et qu’il revenait bientôt. Ils ne savaient pas quand, mais ils étaient convaincus que c’était bientôt, très bientôt. Les plans à long terme, pour notre église, pour l’école ou pour ma famille étaient toujours tempérés par la pensée : « Si Jésus n’est pas revenu d’ici là. » Tout comme moi, beaucoup se souviennent sûrement qu’ils se demandaient si on aurait le temps de devenir adulte et de se marier avant qu’il ne revienne. Certains rient rétrospectivement de la naïveté des gens, mais je suis reconnaissant d’avoir été élevé par une église qui était impatiente de voir le retour de Jésus, et qui croyait que cela arriverait de mon vivant. Jusqu’à aujourd’hui, l’influence de cette croyance m’a évité de trop m’installer dans la vie et de me laisser charmer par ce monde et ses attraits. On m’a clairement enseigné qu’il y a quelque part un endroit meilleur pour moi, et que Jésus a prévu de revenir bientôt pour m’y emmener. Cette foi m’aide à maintenir mes biens terrestres dans une juste perspective. Je suis pourtant d’une nature à accumuler, mais je sais aussi pertinemment que tout sera détruit quand Jésus reviendra, et cela m’aide à trouver le juste équilibre quant à la valeur des choses terrestres comparées aux réalités éternelles.

Il y a un chant que nous chantions avec beaucoup d’enthousiasme à l’École du Sabbat, et qui a renforcé cet enseignement de mon église sur l’imminence du départ vers mon foyer céleste :

WE ARE NEARING HOME!

Just over the mountains in the Promised Land,
Lies the Holy City built by God's own hand;
As our weary footsteps gain the mountain's crest,
We can view our homeland of eternal rest.

REFRAIN:

We are nearing home! We are nearing home!
See the splendor gleaming from the domes afar!
See the glory streaming thro' the gates ajar!
There we soon will enter, never more to roam,
Hear the angels singing! We are nearing home!
We are nearing home!

(n° 142 dans Singing Youth;n° 642 dans The Church Hymnal, où le cantique est simplement intitulé « Just over the mountains »)

[Au-delà des montagnes de la Terre promise, se trouve la Sainte Cité bâtie par la main de Dieu. Nos pas fatigués arrivent à la crête de la montagne, et nous pouvons voir notre patrie de repos éternel. Nous approchons de la maison ! Nous approchons de la maison ! Voyez la splendeur qui étincelle depuis les dômes au loin ! Voyez la gloire qui coule des portes entrouvertes ! Nous y entrerons bientôt, pour ne plus jamais errer. Entendez les anges chanter ! Nous approchons de la maison ! Nous approchons de la maison !]

Il m’arrive encore souvent de dire, concernant des projets à long terme : « Faisons telle ou telle chose – si Jésus n’est pas revenu avant » ou « si nous sommes encore là. » Cependant, au fil des années, je me suis également approprié une partie de la pensée de William Miller. Voici l’une de ses plus célèbres déclarations, faite peu après la grande déception du 22 octobre 1844 :

« J’ai l’esprit fixé sur un autre temps, et ici je veux me tenir debout jusqu’à ce que Dieu me donne plus de lumière, c’est-à-dire aujourd’hui, aujourd’hui, et aujourd’hui jusqu’à ce qu’il vienne. »1

Récemment, une citation a également influencé ma façon de penser à la proximité du retour de Christ. Elle est tirée d’une lettre que Miller écrivit à un ami quelques mois auparavant, cette fois, après la déception du printemps 1844. Elle ajoute à ma prise de conscience qui m’impose de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Laissez-moi vous donner le contexte de cette déclaration de Miller. Si vous pouviez remonter le temps et lire n’importe quel journal imprimé juste après la date estimée du retour de Jésus au printemps 1844 (c’est également valable pour ceux imprimés après le 22 octobre), vous trouveriez des journaux pleins de moqueries, non seulement à l’égard des Millérites en général, mais notamment pour William Miller lui-même. Il a été un objet de mépris dans les journaux, que ce soit dans les éditoriaux, ou dans les histoires calomnieuses imprimées sur lui et ses disciples. Il a été la cible de blagues que les gens se racontaient dans tout le pays. Il a subi des attaques verbales dirigées depuis certaines chaires très courues de l’époque. En bref, si quiconque avait le droit, humainement parlant, d’en vouloir à Dieu du fait que Jésus n’était pas revenu comme on s’y attendait, c’est bien William Miller. Mais lisez plutôt ce qu’il a écrit à Elon Galusha le 5 avril 1844, quelques semaines à peine après la date du 21 mars, date que Miller pensait coïncider avec la fin des 2300 années de la prophétie de Daniel 8:14. Après avoir mentionné toutes les injures dont on l’accablait, et après avoir dit à son ami de ne pas s’inquiéter pour lui, Miller décrit ensuite pourquoi Galusha ne devait pas s’inquiéter à son sujet :

« Pourquoi donc devrais-je me plaindre si Dieu donne quelques jours ou même quelques mois de plus de temps de probation pour que quelques-uns trouvent le salut. […] C’est la volonté de mon Sauveur et je me réjouis qu’il fasse les choses avec justice. »2

C’est comme si Miller avait dit : « Qu’ils impriment donc des dessins de moi dans les journaux. Qu’ils me ridiculisent dans leurs éditoriaux. Qu’ils racontent des blagues à mon sujet. Qu’ils m’attaquent même verbalement depuis un millier de chaires. Qu’est-ce que cela peut bien me faire, si même un seul pécheur peut être sauvé, lui pour qui Jésus est mort ? »

Pour moi aujourd’hui, je crois toujours de tout mon cœur que Jésus va bientôt revenir. Mais s’il choisit de ne pas revenir de mon vivant parce qu’il veut en sauver quelques-uns de plus, eux pour qui il est mort, qu’est-ce que cela peut bien me faire ? Tout comme Miller, je crois que Jésus va faire toutes choses avec justice. Il me semble que nous chantions davantage de chants sur le retour de Jésus quand j’étais enfant. A l’époque, aucun cantique ne pouvait émouvoir une assemblée adventiste plus que « Lift up the trumpet. [Ce cantique a été adapté en français sous le titre Chrétiens, mes frères, sonnez] » Quand quelqu’un comme Brad Braley lors d’une session de la Conférence Générale, lors d’un Congrès de jeunesse, ou bien un camp meeting se mettait à jouer la première note sur les grandes orgues, la congrégation entonnait ce chant joyeux à l’unisson et le faisait résonner dans toute la salle. L’enthousiasme semblait littéralement faire vibrer les chevrons!

Chrétiens, mes frères, sonnez

Chrétiens, mes frères, sonnez le clairon ! Oui c’est Jésus qui revient !
Et que la foule chante à l’unisson :
Oui c’est Jésus qui revient !

REFRAIN:

Oui, il revient ! Oui, il revient !
C’est le Seigneur qui revient !

(n° 40 dans Happy Songs for Boys and Girls; n° 141 dans Singing Youth; n° 541 dans The Church Hymnal;et n° 213 dans le Seventh-day Adventist Hymnal.En français, on le trouve dans le recueil Donnez-lui gloire, au n°84)

Mon cœur tressaille-t-il toujours d’émotion à l’idée que Jésus revient bientôt ? Et comment ! Merci, chère église, de m’avoir enseigné cette espérance bénie et de m’avoir donné un si bel avenir à espérer !

Avant de passer à un autre thème, je voudrais partager une expérience très inattendue qu’a vécue l’un de mes professeurs de Bible. Peu avant de prendre sa retraite, cet homme se trouvait à Loma Linda pour des réunions. La veille de son comité, il m’a rendu visite à l’Université, dans la Salle Héritage de la bibliothèque où j’étais en train d’étudier. A un moment donné, il m’a dit qu’il me devait des excuses. En fait, il a poursuivi en me disant que la retraite approchant à grands pas, il essayait de retrouver le plus grand nombre possible d’anciens étudiants afin de leur présenter des excuses. Je n’arrivais pas à comprendre pour quelle raison mon professeur de Bible préféré voulait me présenter des excuses. Je n’ai pas eu à attendre longtemps pour avoir ma réponse. Il me dit qu’il voulait s’excuser parce que Jésus n’était pas encore revenu. Il m’expliqua qu’à l’époque où il enseignait, il était si certain que Christ était sur le point de revenir, qu’en m’inculquant que la seconde venue était presque à la porte, il m’avait de toute évidence enseigné un mensonge, alors il voulait maintenant me demander pardon. Je l’ai regardé, sous le choc et incrédule ! « Frère…, ai-je laissé échapper, il n’y a aucune raison de demander pardon ! C’est l’une des choses les plus importantes que vous m’ayez apprises ! » Je le pensais, et je le pense toujours aujourd’hui. Je le répète, je suis heureux d’avoir eu dans ma jeunesse des professeurs et des pasteurs adventistes qui croyaient fermement dans le proche retour de Jésus, et qui étaient sincèrement enthousiastes à cette perspective. Ce sont également ces personnes qui m’ont aidé à tomber amoureux de Jésus, alors pourquoi ne serais-je pas enthousiaste qu’il revienne bientôt ? J’espère que les pasteurs et les professeurs d’aujourd’hui sont tout aussi emballés par le retour de Christ que l’étaient ceux de l’époque où j’étais à l’école, mais j’avoue que je me pose parfois la question. Je me souviens de ma surprise il y a plusieurs années quand ma fille, à la fin de son année de première au lycée, parlait de l’église avec moi. Entre autres choses, elle mentionna le proche retour de Jésus. Elle voulait savoir si notre église y croyait toujours. Je lui ai demandé pourquoi elle se posait la question. Elle me répondit : « Je sais que toi tu y crois, papa, mais si l’église y croit toujours, pourquoi est-ce qu’on n’en entend jamais parler à l’église ? » Après tout, nous sommes des adventistes du septième jour [advent signifie clairement avènement en anglais]. Notre foi dans le proche retour de Christ est-elle toujours bien réelle dans nos salles de classe ? Les jeunes dans nos églises ont-ils toujours ce sentiment d’émotion qui les étreint à l’évocation du retour imminent de Jésus ? Je l’espère.

3. La sainteté du sabbat

Je suis heureux d’avoir grandi à une époque où le sabbat était observé scrupuleusement par les adventistes, du coucher du soleil le vendredi soir au coucher du soleil le samedi soir. Au moment du coucher du soleil le vendredi, notre maison était nettoyée, nous avions pris un bain, le repas du sabbat était préparé, et nous étions fin prêts à accueillir ces heures bénies du sabbat.

Il y a quelques années, j’étais en visite dans une autre division en tant qu’orateur invité d’un camp meeting. Durant l’un de nos repas dans la salle à manger commune, j’entendis malgré moi une conversation qui se tenait entre plusieurs pasteurs locaux assis à la table d’à-côté. Ils disaient leur bonheur d’avoir vécu assez longtemps pour voir l’église en finir avec cette vision légaliste de l’observation du sabbat. Et ils riaient en évoquant quelques-unes de nos anciennes « règles, » comme celle qui disait qu’on pouvait tremper nos pieds dans l’eau le sabbat, mais qu’on ne pouvait pas se baigner quand on était à la mer, etc. A la fin, c’était plus que je ne pouvais en supporter, alors je me suis tourné vers eux et je leur ai dit : « Pourtant nous n’arrivons toujours pas à faire comprendre à nos membres la notion de la sainteté de ce temps. » Leur conversation a brusquement changé de ton quand ils ont compris que nous sommes en train de perdre cette notion dans notre église.

Je reconnais que ce que quelqu’un considère comme approprié pour le jour du sabbat peut parfois être différent de ma conception sur le sujet. Cette évidence a fait une marque indélébile dans mon jeune esprit le jour où un couple de missionnaires, de retour chez eux pour quelque temps, vint rendre visite à ma famille. Lors d’une conversation, le pasteur fit des commentaires sur plusieurs changements qu’il avait observés dans l’église après avoir vécu hors des Etats-Unis pendant 6 ans. Une chose en particulier concernait les adventistes qui faisaient du vélo le jour du sabbat. Pour moi, cela n’avait jamais été un problème. J’avais été élevé en sachant que le jour du sabbat, on ne faisait pas de vélo dans la rue avec les autres enfants du quartier comme les autres jours. En revanche, le fait que certains considéraient le simple fait de monter sur son vélo comme inapproprié pour le jour du sabbat était quelque chose de nouveau pour moi. Vous voyez, j’ai été élevé par mes grands-parents. Mon grand-père était un médecin de famille très occupé et plutôt vieux jeu, et qui faisait encore des visites de nuit. Souvent, dans ma jeunesse, il était déjà parti quand je me levais le matin et il revenait le soir alors que je dormais déjà. Mais le sabbat matin, c’était différent. Lui et moi on faisait généralement une balade à vélo avant le petit-déjeuner. Par conséquent, c’était ma seule occasion de la semaine de passer un peu de temps seul à seul avec lui. Alors, évidemment, le simple fait de faire du vélo ne me semblait pas répréhensible. Malgré des divergences d’opinion de ce type concernant ce qui constitue ou non une observation appropriée du sabbat, je suis tout de même heureux d’avoir grandi à une époque où l’on enseignait encore l’idée de sainteté des heures du sabbat, qui sont différentes des heures des autres jours de la semaine. Si on peut citer des anecdotes apparemment sans importance pour confirmer cela, ce que j’entends maintenant, c’est qu’un nombre croissant de jeunes adventistes, et oserais-je dire, certaines familles, ne voient pas où est le mal d’aller au centre commercial le vendredi soir ou le sabbat après-midi, et de manger au restaurant. On voit des professeurs courir des marathons le sabbat, et se faire encourager sur le parcours par d’autres, etc. Si la tendance se poursuit, je crains que le sabbat pour les adventistes ne devienne ce qu’est le dimanche pour la majorité des protestants. Quand j’étais jeune, même les chants que j’ai appris ont renforcé ce que mon église essayait de me faire comprendre :

HOLY SABBATH DAY

Holy Sabbath day of rest,
By our Master richly blest,
God created and divine,
Set aside for holy time.

REFRAIN:

Yes, the holy Sabbath rest,
By our God divinely blest,
It to us a sign shall be
Throughout all eternity.

(n° 19 dans Singing Youth; et n° 381 dans le Seventh-day Adventist Hymnal.)

[Saint Sabbat, jour de repos, richement béni par notre Maître, créé par Dieu et divin, mis à part pour un temps saint. Oui, le saint repos de sabbat, divinement béni par notre Dieu, il sera pour nous un signe dans toute l’éternité]

Comme je l’ai dit, je suis content d’avoir grandi à un moment où l’on mettait beaucoup l’accent sur la sainteté et le caractère sacré du sabbat. Ma vie a été d’autant plus riche du fait d’avoir reconnu la nature toute spéciale de ces 24 heures de temps hebdomadaires. C’est probablement pour cette raison que je suis toujours mal à l’aise chaque fois que je lis dans l’un de nos bulletins d’église ou bien dans quelque publication de l’église s’adressant spécifiquement à des adventistes que telle ou telle activité aura lieu « samedi » prochain. Chaque fibre de mon être veut crier : « Non ! C’est le Saint Sabbat de Dieu dont on parle, là, pas du samedi ! » Je crains qu’en tant qu’église nous ne courions un grave danger : celui de perdre cette conscience du caractère unique et saint du sabbat. Si jamais cela devait arriver, nous aurions véritablement perdu beaucoup.

4. La révérence dans l’église

Cela peut sembler un peu bizarre de nos jours, mais je suis content que mon église m’ait enseigné la révérence et le respect dans la maison de Dieu. J’ai déjà entendu l’argument comme quoi ce qu’on m’a appris était purement culturel, et que la culture a changé. Cela se discute. Mais ce que je partage ici sont des raisons pour lesquelles je suis reconnaissant d’avoir été élevé dans l’église à ce moment-là. Qu’on voit ça comme on le veut, mais je suis content qu’on m’ait appris à ne pas parler fort à l’église, ou à applaudir, ou à faire du bruit. Je suis également content du fait que quand je venais à l’église, je venais avec mes « vêtements de sabbat » tout propres que je ne portais généralement pas les autres jours. Le fait d’avoir appris cela a été une bénédiction pour moi parce que, jusqu’à aujourd’hui, toutes ces pratiques continuent de me rappeler que le sanctuaire de l’église est un endroit spécial : c’est la maison de Dieu. Je viens là pour adorer, pas pour m’amuser. Oui, j’ai grandi en apprenant que le sanctuaire de l’église servait à adorer, tandis que l’entrée était l’endroit réservé pour saluer les amis, tandis que la salle commune et/ou le gymnase de l’école était réservés aux activités récréatives. J’ai gardé cette distinction dans mon esprit et cela m’a été utile au fil des années. Je sais encore que quand j’arrive à l’église, je suis là pour adorer. Cela me guide dans la façon dont j’appréhende un événement lié au culte. Grâce à ce que l’on m’a enseigné, je ne considère pas l’église comme un club associatif destiné à répondre aux besoins de ce que certains appellent de nos jours les « adventistes culturels » ou « les réchauffeurs de bancs. » Je viens plutôt pour adorer Dieu, mon Sauveur et Ami. Grâce à cela, ma vie a été d’autant plus riche. Et dans ce cas-là également, c’est par la musique que mon église a renforcé son enseignement. Mon église m’a appris à chanter :

BE SILENT, BE SILENT

Be silent, be silent, A whisper is heard;
Be silent and listen, Oh, treasure each word.
Tread softly, tread softly, The Master is here;
Tread softly, tread softly, He bids us draw near.

(n° 28 de Happy Songs for Boys and Girls; n° 601 de The Church Hymnal; et n° 479 dans le Seventh-day Adventist Hymnal sous le titre "Tread Softly.")

[En français, on a un cantique similaire, avec la même musique, avec des paroles légèrement différentes : « Silence, Silence » Hymnes et louanges n° 163]

SILENCE, SILENCE
Silence, silence, un souffle descend
Voici la présence du Dieu Tout-Puissant
Silence, le Maître parle avec amour
Et nous fait connaître sa paix en ce jour.

5. Le service baptismal

Comme tout le monde, je me réjouis de l’expansion de notre église, en termes de croissance du nombre de membres, mais je ne peux m’empêcher d’éprouver un peu de nostalgie en repensant aux baptêmes que nous avions dans ma petite église quand j’étais enfant. Encore aujourd’hui, de doux souvenirs me reviennent. Les baptêmes n’étaient pas calés entre la collecte et le cantique de méditation juste avant la prédication. Dans la vieille église en pisé où j’allais adorer dans mon enfance, les baptêmes prenaient autant de temps que c’était nécessaire. Le Saint-Esprit n’était jamais bousculé, en particulier dans de telles occasions.

Qu’il s’agissait d’un ou deux élèves de l’école d’église, ou bien d’un groupe important de personnes qui prenaient le baptême suite à une campagne d’évangélisation, le programme était le même. On demandait aux candidats au baptême de s’avancer, on les présentait, on leur demandait s’ils acceptaient Christ comme leur Sauveur personnel et s’ils croyaient aux enseignements de l’église adventiste. Après quoi on votait leur entrée dans l’église, sous réserve qu’ils soient baptisés. Ensuite, alors que les candidats et le pasteur se retiraient dans des salles annexes pour se préparer, un ancien d’église dirigeait l’assemblée dans un moment de chant. On chantait plusieurs cantiques en attendant que les participants soient prêts. Puis, entre chaque baptême, on chantait une strophe supplémentaire d’un cantique. Encore aujourd’hui, j’entends le doux clapotis de l’eau aux quatre coins du baptistère après l’immersion du candidat, et les doux sanglots révérencieux venant de l’assemblée, avec les sincères « Amen » après la remontée de chaque personne. Et le souvenir des anciens cantiques que nous chantions en pareilles occasions me donne toujours les larmes aux yeux, tellement cela me fait quelque chose. L’un de ces cantiques que nous chantions dans ma petite église était celui-ci :

TAKE THE WORLD, BUT GIVE ME JESUS

Take the world, but give me Jesus;
All its joys are but a name,
But His love abideth ever,
Through eternal years the same.

REFRAIN:

Oh, the height and depth of mercy!
Oh, the length and breadth of love!
Oh, the fullness of redemption,
Pledge of endless life above.

(n° 596 dans The Church Hymnal; et n° 329 dans le Seventh-day Adventist Hymnal.)

[Prenez le monde, mais donnez-moi Jésus. Les joies du monde ne sont qu’apparence, mais l’amour de Jésus demeure à jamais, Durant les âges éternels, il ne change pas. Oh, la hauteur et la profondeur de la miséricorde ! Oh, la longueur et la largeur de cet amour ! Oh, la plénitude de la rédemption, Promesse de l’amour infini d’en-haut.]

Un autre cantique que nous chantions lors des baptêmes était celui-ci :

THERE IS A FOUNTAIN

There is a fountain filled with blood,
Drawn from Immanuel's veins:
And sinners plunged beneath that flood,
Lose all their guilty stains,
Lose all their guilty stains,
Lose all their guilty stains;
And sinners plunged beneath that flood,
Lose all their guilty stains.

(n° 163 dans The Church Hymnal; et n° 336 dans l’actuel Seventh-day Adventist Hymnal.)

[Il existe une source pleine de sang, tiré des veines d’Emmanuel, et les pécheurs plongés sous ce flot, sont lavés de toute leur culpabilité.]

6. L’importance de la santé et de la tempérance

Nous avions dans notre école des concours d’affiches et d’éloquence sur le thème de la tempérance, et il était tabou de servir lors d’événements de l’église des boissons à la caféine comme le thé caféiné, le café ou les boissons au cola. Lors des repas en commun ou d’autres événements d’église auxquels j’ai assisté, on ne servait jamais rien qui contenait de la viande, du poivre, ou de la moutarde. Et l’on ne servait pas non plus de boissons alcoolisées lors des mariages adventistes, c’est certain. Dans ma famille, on m’a même appris à ne pas manger entre les repas.

Certains considèrent aujourd’hui que tout cela est légaliste, ou du moins dépassé, mais je veux remercier mon église de m’avoir enseigné que mon corps est le temple de Dieu, et que par conséquent, la façon dont je le traite est importante. Je suis content d’avoir appris que Dieu n’essaie pas simplement de m’accorder quelques années supplémentaires de vie en bonne santé ici-bas. Il essaie de me préparer pour une éternité avec lui. Par conséquent, je n’ai jamais été tenté de fumer, de boire de l’alcool, ou de prendre de la drogue. En plus de tout cela, on m’a appris la modération dans tout ce que je mangeais, quelque chose que je ne pratique certes pas aussi bien que je le pourrais, mais grâce à mon église, au moins je comprends l’idée. Ainsi, dès qu’un nouveau régime ou de nouvelles informations sont publiées dans la société, je compare toujours le dernier régime à la mode à la lumière que Dieu a donnée à Ellen White. S’il semble n’y avoir aucune harmonie possible, j’oublie tout cela. Bien entendu, je reconnais que dans ce qu’Ellen White a écrit sur le régime alimentaire et la santé, tout n’a pas encore été confirmé par la science et la médecine. Mais rien qu’à l’échelle de ma propre existence, j’ai été témoin des fréquents changements de cap de la science, y compris concernant le végétarisme. Et je suis toujours étonné de voir qu’une fois la pression retombée, la conclusion finale est bien souvent en harmonie avec ce que Dieu a montré il y a plus de 140 ans à une femme pourtant sans grande instruction.

Je remercie donc mon église de m’avoir enseigné que mon corps est le temple de Dieu, mais également de m’avoir montré qu’il existe une source fiable dans le domaine de la santé et de la tempérance avec laquelle je peux comparer les affirmations et les tendances actuelles en matière de santé. Grâce à cela, je peux déterminer laquelle adopter et laquelle ignorer. Et, oui, mon église m’a également enseigné un cantique qui a renforcé ses préceptes sur l’importance de la santé et de la tempérance.

DARE TO BE A DANIEL

Standing by a purpose true,
Heeding God's command,
Honor them the faithful few!
All hail to Daniel's band!

REFRAIN:

Dare to be a Daniel,
Dare to stand alone,
Dare to have a purpose firm!
Dare to make it known!

(n° 179 dans Singing Youth.)

[Être un disciple fidèle, Marchant selon Dieu, Rejetant tout compromis, C’est cela être un Daniel.

Oser être un Daniel, Oser être seul! Oser être un homme ferme! Oser le faire savoir.

Se battre pour un vrai but, Écoutant le commandement de Dieu, Honorez les quelques fidèles ! Tous saluent le groupe de Daniel !

Oser être un Daniel ! Oser rester seul debout, Oser avoir un but ferme ! Oser le faire savoir !]

7. L’identité et le message prophétiques de l’adventisme

En grandissant, j’ai appris que les adventistes du septième jour avaient « la vérité. » Je me rends compte que pour beaucoup aujourd’hui, c’est une notion démodée, mais franchement, je suis content d’avoir grandi en croyant à l’identité et au message prophétiques de l’église adventiste du septième jour, y compris au fait que ce que notre église enseigne et prêche est « la vérité. » On m’a appris que l’histoire de notre mouvement avait été prédite des siècles à l’avance dans Apocalypse 10, que le reste de Dieu pour les temps de la fin est identifié dans Apocalypse 12, et que notre mission prophétique, y compris le message que Dieu veut voir prêché juste avant le retour de Jésus, nous est donnée dans Apocalypse 14.

Il est vrai que certains ont pu voir dans cette affirmation un genre d’exclusivité ou quelque chose dont on pouvait se vanter, mais je ne me souviens pas avoir jamais appris cela. Bien au contraire, j’ai appris que rejoindre l’église adventiste était à la fois un privilège et une responsabilité solennelle. En fait, l’association des volontaires missionnaires m’a appris une devise à l’époque, devise qui me stimulait et m’exaltait à la fois : « Le message adventiste au monde entier pour cette génération. » Dieu comptait sur moi en tant que membre de son peuple du reste pour que je fasse ma part en contribuant à avertir le monde du proche retour du Christ. Voilà bien une idée grandiose sur laquelle un jeune homme pouvait méditer ! Et bien entendu, nous chantions aussi des cantiques là-dessus.

I'll SHARE MY FAITH

I'll share my faith with others on life's way.
I'll share my faith; there's no time for delay.
When Jesus calls for volunteers,
I'll hasten to obey.
I'll share, share, share my faith Ev'ry day.

(n° 3 dans Singing Youth.)

[Je partagerai ma foi avec ceux que je rencontrerai sur le chemin de la vie. Je partagerai ma foi. Nous n’avons plus le temps de tarder. Quand Jésus appellera des volontaires, je me hâterai d’obéir. Je partagerai, partagerai, partagerai ma foi chaque jour]

8. Le style de vie adventiste

Je sais que pour certains je vais peut-être avoir l’air extrême sur ce point-là, néanmoins je suis reconnaissant d’avoir grandi à une époque où l’église enseignait de ne pas aller au cinéma, ni de danser, de ne pas écouter de musique populaire, de ne pas lire de romans, de ne pas porter de bijoux, de ne pas jouer aux cartes, de na pas aller au bowling, de ne pas jouer au billard, ou même de ne pas se prendre de passion pour le sport professionnel. Étions-nous trop rigides alors ? Probablement ! Est-ce que mon ange gardien me laisserait-il vraiment à la porte si je devais m’aventurer dans un cinéma ? Bien que jeune, je ne mis pas longtemps à comprendre que plutôt que de me laisser à la porte du cinéma, le Saint-Esprit, ou mon ange gardien, essayaient de me convaincre de ne pas y entrer, en faisant impression sur mon cœur.

Mais pourquoi suis-je content que mon église ait essayé de m’enseigner les dangers potentiels de ces modes de vie, entre autres ? Parce que, pour le reste de ma vie, je vais toujours prendre le temps de réfléchir avant de décider si prendre part à une activité qui jadis était sur la liste tabou est vraiment le meilleur moyen d’employer mon temps et mon argent. En m’abstenant de lire, de regarder, et de faire, mon esprit n’est pas encombré de toutes ces choses dont les autres doivent se débarrasser quand ils décident de suivre Jésus. Ces choses que je n’ai jamais appris à faire, j’ai découvert plus tard que je ne devais pas les faire de toute façon, et je n’ai pas eu à les désapprendre ensuite. J’espère que dans notre hâte de nous défaire de notre supposé passé légaliste, notre église ne va pas trop loin dans l’autre extrême en termes de questions de mode de vie, jusqu’à n’avoir plus aucun standard à donner en référence à nos jeunes. Si à mon époque, nous n’avions pas eu ce standard, j’aurais été privé de bien des compréhensions de valeur.

Je ne vais pas passer en revue toutes ces questions une par une, mais que ce soit l’extrême compétition qui règne dans le sport, qui est à l’exact opposé des enseignements du Christ sur la façon de traiter les autres, ou bien les représentations très crues de la sexualité et de la violence sur Internet, sur les chaînes de télévision, et au cinéma, sans parler des romans que l’on peut lire, je suis tellement reconnaissant envers mon église de m’avoir appris à être très prudent au sujet de ce que je laisse entrer dans ma tête. Il y a des endroits où un chrétien adventiste ne peut tout simplement pas se rendre, et certaines choses qu’on ne peut tout simplement pas faire. Merci, chère église, de m’avoir appris cela ! J’ai parfois dérapé dans ma vie, mais merci d’avoir proposé un idéal élevé en m’apprenant qu’il y a vraiment une ligne qu’un chrétien adventiste ne devrait pas franchir. Ma vie en a été meilleure, et mon expérience chrétienne plus riche, grâce à ce que tu m’as inculqué.

Et tu me le rappelais aussi dans les chants que tu m’as appris :

I WOULD BE LIKE JESUS

Earthly pleasures vainly call me;
I would be like Jesus;
Nothing worldly shall enthrall me;
I would be like Jesus.

REFRAIN:

Be like Jesus, this my song,
In the home and in the throng;
Be like Jesus all day long!
I would be like Jesus.

(n° 70 dans Singing Youth; n° 311 dans le Seventh-day Adventist Hymnal.)

[Être comme Jésus, c’est là mon chant, au foyer et dans la foule. Être comme Jésus toute la journée ! Je veux être comme Jésus]

Il y avait également un petit refrain que mon église m’a appris:

I WANT TO BE READY WHEN JESUS COMES

I want to be ready when Jesus comes;
I want to be ready when Jesus comes.
Earth's pleasures grow dim
While I'm waiting for Him;
Lord, keep me till Jesus comes.

(n° 124 in Singing Youth.)

[Je veux être prêt quand Jésus viendra. Les plaisirs de la terre pâlissent pendant que je l’attends. Seigneur, garde-moi jusqu’au retour de Jésus.]

9. Le mouvement adventiste dans le monde

Je suis heureux d’avoir grandi dans une église où l’on insistait sur le fait d’atteindre des gens et d’envoyer des missionnaires à l’international. Quand j’étais enfant, je voyais que je faisais partie de quelque chose qui allait bien au-delà de la petite église locale où ma famille allait adorer chaque sabbat. Par divers moyens, mon église m’a aidé à me souvenir que le mouvement adventiste, c’est bien plus que mon église locale. Il y avait la collecte de fonds pour « les pauvres et les nécessiteux, » avec la campagne de Collecte Annuelle, les kermesses des éclaireurs auxquelles j’assistais année après année, les camp meetings où nous allions avec ma famille presque chaque année, et même occasionnellement les Congrès de Jeunesse ou les sessions de la Conférence Générale auxquels j’ai pu assister. Et en effet, quand j’étais jeune, nous nous considérions comme un mouvement, pas simplement comme une église au sens formel.

Chaque sabbat, quelqu’un lisait le bulletin des missions pendant l’école du sabbat. Aujourd’hui, le rapport des missions « Mission Spotlight » est certes informatif, mais en tant que jeune, cela me faisait du bien de lire le bulletin des missions quand on me le demandait, de me donner du mal pour prononcer correctement les noms de personnes et de lieux auxquels mes oreilles d’américain étaient peu habituées. Sans aucun doute, nous avons parfois massacré la prononciation, mais nous étions emballés de faire partie d’une église qui apportait le message des trois anges en des lieux reculés, dont la majorité d’entre nous n’auraient jamais entendu parler autrement. Cela nous donnait une plus large perspective que la plupart des gens notre quartier.

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai été élevé par mes grands-parents. Mon grand-père était médecin, un médecin très occupé, mais il avait néanmoins une activité qu’il aimait partager avec moi le sabbat après-midi. A l’époque, la plupart des pays « en développement » avait beaucoup de difficultés à se procurer des médicaments. Par conséquent, mon grand-père décida qu’il pouvait faire sa part en agissant à son niveau pour améliorer la situation. Il demandait aux représentants des laboratoires pharmaceutiques de lui donner des échantillons de différents médicaments, des gants chirurgicaux, et d’autre matériel dont nos cliniques et nos hôpitaux dans le monde manquaient cruellement. Ensuite, tous les deux, à la fin de chaque sabbat, nous faisions des paquets, avec du papier épais. Nous attachions les paquets avec de la ficelle, et nous faisions des doubles nœuds là où les ficelles se croisaient, pour être sûrs que nos paquets résisteraient au voyage et arriveraient à destination. La plupart des colis partaient pour les institutions adventistes dont Grand-Père connaissait le directeur, mais pas toujours. De nombreuses années plus tard, j’étais alors en Papouasie Nouvelle Guinée, j’ai demandé à ce qu’on m’emmène à notre Hôpital Sopas, dans les montagnes (il a malheureusement fermé depuis). Pourquoi voulais-je me rendre là-bas ? Je voulais voir de mes yeux où étaient allés ces colis de matériel médical que j’avais aidé mon grand-père à emballer quand j’étais enfant. Plus récemment, j’étais au Nigéria. Quand on m’a demandé ce que je voulais voir dans le pays, j’ai répondu : « L’hôpital Ile Ife. » Personne ne comprenait pourquoi ; mais pour moi c’était très simple. C’était un autre endroit pour lequel j’avais emballé et envoyé des colis quand j’étais enfant. Le chant suivant a également renforcé cette idée de service dans mon esprit :

THE CAPTAIN CALLS FOR YOU

There's another task to do,
There's a battle to renew;
And the Captain calls for you,
Volunteers! Volunteers!
Rally to the throbbing drum!
Shout the word, "We come, we come!"
Volunteers! Volunteers! Volunteers!

REFRAIN:

Christ before us, Christ behind, Christ on every side!
For the rescue of mankind, On to glory ride!
Volunteers! Volunteers! Volunteers!

(n° 4 dans Singing Youth.)

[Il y a une autre tâche à accomplir, il y a une bataille à renouveler. Et le Capitaine vous appelle, Volontaires, Volontaires ! Ralliez-vous au tambour vrombissant ! Criez ces paroles : Nous arrivons, nous arrivons ! Volontaires, volontaires, volontaires ! Christ devant nous, Christ derrière, Christ de tous côtés ! A la rescousse de l’humanité, En route vers la gloire ! Volontaires ! Volontaires ! Volontaires !]

Jusqu’à aujourd’hui, je me vois comme faisant partie d’un mouvement, un mouvement en marche vers la victoire finale, grâce à ce que mon église m’a appris dans ma jeunesse.

10. Des cantiques et des refrains clairement adventistes

Je suis heureux que mon église m’ait enseigné, quand j’étais enfant, à chanter des cantiques et des refrains vraiment adventistes. Les chants qu’on m’a appris à l’église, à l’école [adventiste] et aux Éclaireurs, ont renforcé mes croyances. En disant cela, je ne suis pas en train de dénigrer les chants de louange évangélique qui sont populaires aujourd’hui, mais chaque fois que je les entends, beaucoup me frappent par leur côté superficiel. Tout ce que je veux dire, c’est que je suis heureux d’avoir grandi à une époque où on chantait des cantiques et des refrains qui avaient un contenu théologique ou doctrinal, et qui avaient une orientation clairement adventiste.

Avec ma candeur d’enfant, il y avait un ou deux chants que nous chantions parfois dont je ne comprenais pas du tout la signification. Pourtant, quelque chose en eux me fascinait. L’un d’eux était :

WE ARE LIVING, WE ARE DWELLING

We are living, we are dwelling,
In a grand and awful time,
In an age on ages telling—
To be living is sublime.
Hark! the waking up of nations,
Gog and Magog to the fray;
Hark? what soundeth?
Is creation Groaning for her latter day?

(n° 359 dans The Church Hymnal, et n° 617 dans le Seventh-day Adventist Hymnal.)

[Nous vivons, nous demeurons, à une époque grandiose et terrible, vivre est sublime. Oyez ! le réveil des nations, Gog et Magog dans la mêlée. Oyez ! quel est ce bruit ? La Création soupire-t-elle et souffre-t-elle pour ses derniers jours ?]

Enfant, je n’avais pas la moindre idée de ce que signifiaient Gog et Magog, mais mon jeune esprit s’enflammait quand je chantais ce cantique. Un autre cantique a stimulé ma jeune compréhension, il s’agit de la deuxième strophe de :

COME, THOU FOUNT OF EVERY BLESSING

Here I raise my Ebenezer,
Hither by Thy help I've come,
And I hope by Thy good pleasure
Safely to arrive at home.
Jesus sought me when a stranger,
Wandering from the fold of God;
He to rescue me from danger
Interposed His precious blood.

(n° 291 dans The Church Hymnal; et n° 334 dans le Seventh-day Adventist Hymnal.)

[Je dresse ici mon Ebenezer, c’est par ton aide que je suis arrivé jusqu’ici, et j’espère par ton bon plaisir arriver sain et sauf à la maison. Jésus m’a cherché alors que j’étais étranger, errant loin de la bergerie de Dieu ; pour me sauver du danger, il a interposé son sang précieux]

A nouveau, je n’avais pas la moindre idée de ce qu’était une Ebenezer, mais l’idée d’en dresser une intriguait mon jeune esprit.

Dans ma jeunesse, des chants comme la chanson phare de la chanteuse Del Delker, "The Love of God," [l’amour de Dieu] touchait mon âme tout en stimulant mon intelligence, en particulier la dernière strophe :

THE LOVE OF GOD

Could we with ink the ocean fill,
And were the skies of parchment made;
Were ev'ry stalk on earth a quill,
And ev'ry man a scribe by trade;
To write the love of God above
Would drain the ocean dry;
Nor could the scroll contain the whole,
Tho' stretched from sky to sky.

REFRAIN:

Oh, love of God, how rich and pure!
How measureless and strong!
It shall forevermore endure—
The saints and angels' song.

(n° 7 dans Singing Youth.)

[Si l’on pouvait remplir d’encre l’océan, et si les cieux étaient faits de parchemin, si chaque tige sur la terre était une plume, et si chaque homme était scribe de métier, écrire l’amour du Dieu des cieux, assècherait l’océan, et le rouleau ne pourrait tout contenir, bien qu’étiré d’un bout à l’autre du ciel. Oh, l’amour de Dieu, si riche et si pur ! Incommensurable et fort ! Il durera à jamais, c’est le chant des saints et des anges]

Quand j’étais jeune, j’étais en phase avec ce genre d’amour, même si encore aujourd’hui, je ne le comprends toujours pas pleinement.

Je ne vais pas faire la liste de tous les cantiques qui m’ont béni, mais encore aujourd’hui, quand je vaque à mes occupations, je me surprends à en fredonner certains. Pourquoi ces cantiques ont-ils tant d’importance pour moi ? Parce qu’ils font partie intégrante de qui je suis en tant qu’adventiste. Ils expriment presque mieux que des mots ce que je suis.

Je crains qu’en la matière, en tant qu’église, nous ne soyons en train de rouler nos jeunes. Après tout, ce que l’on apprend comme chants quand on est petit est la même chose que ce que l’on chantera toute notre vie. Il y a quelque temps j’accompagnais un groupe de jeunes adventistes de Nouvelle-Angleterre dans une visite historique. D’habitude, quand on arrive à la tombe de William Miller (le dernier arrêt de notre visite des sites millérites), je demande aux groupes présents de se joindre à moi pour entonner une strophe ou deux de Lift Up the Trumpet [un cantique sur le retour de Jésus bien connu des anglophones]. Je me suis dit que ces élèves de première ne connaissaient peut-être pas ce cantique, alors je leur ai posé la question. Mon intuition s’est révélée juste. Aucun d’entre eux ne le connaissait. Alors je leur ai demandé : « Vous connaissez We Have This Hope » [correspond en français au n° 92 du recueil Donnez-lui gloire : Dans tous nos cœurs]? Et là, à nouveau, aucun de ces jeunes ne le connaissait. Alors je leur ai demandé s’il y avait un refrain de louange sur le retour du Christ qu’on pouvait chanter ici, près de la tombe de Miller. Ni les étudiants ni les accompagnateurs ne purent en trouver un seul (On m’a dit depuis qu’il en existe un au moins, mais ce jour-là, personne ne s’en souvint).

Ce que je veux dire est simple. Si en tant qu’église, nous voulons enseigner à nos jeunes des chants de louange, alors nous leur devons d’en écrire quelques-uns qui soient clairement adventistes, qui mettent l’accent sur nos croyances. Ce que les jeunes apprennent aujourd’hui, c’est ce qu’ils continueront à chanter pour le reste de leur vie. C’est ce que mon église m’a appris quand j’étais enfant !

WONDERFUL WORDS OF LIFE

Sing them over again to me,
Wonderful words of life;
Let me more of their beauty see,
Wonderful words of life.
Words of life and beauty,
Teach me faith and duty;

REFRAIN:

Beautiful words, wonderful words,
Wonderful words of life,
Beautiful words, wonderful words,
Wonderful words of life.

(n° 574 dans The Church Hymnal; et n° 286 dans le Seventh-day Adventist Hymnal.)

[Rechantez-les moi encore, ces merveilleuses paroles de vie. Que je puisse voir davantage de leur beauté, ces merveilleuses paroles de vie. Paroles de vie et de vérité, enseignez-moi la foi et le devoir. Belles paroles, merveilleuses paroles, merveilleuses paroles de vie ; Belles paroles, merveilleuses paroles, merveilleuses paroles de vie]

Je suis content que mon église m’ait appris des cantiques et des hymnes en plus des refrains que j’ai appris. Cela a renforcé mes croyances adventistes.

En plus de tout ce que j’ai déjà dit, je pourrais également ajouter brièvement quelques éléments supplémentaires :

1. Mon devoir de rendre la dîme et de donner des offrandes, l’idée que mes biens ne m’appartiennent pas, mais que Dieu me les a prêtés. Ainsi, mon église m’a enseigné l’économat, pas seulement pour mon argent, mais également pour mon temps.

2. Le thème du Grand Conflit— même si je ne parviens pas à expliquer le pourquoi du comment de tout ce qui se passe dans ce monde, je sais qu’il y a une lutte cosmique qui fait rage dans l’univers, entre Christ et ses anges d’un côté, et Satan et ses anges de l’autre, et que Dieu a un plan pour mettre un terme au problème du péché dans tout l’univers.

3. Le fait qu’Ellen White était un prophète authentique du Seigneur et que les conseils qu’il a donnés à travers elle sur toutes sortes de sujets font autorité, y compris la description qu’elle fait des événements qui amèneront au retour du Christ. Ces derniers m’aident dans mon attente et dans ma veille. Malgré les protestations de certains qui affirment le contraire, sa compréhension du rôle de la papauté, de l’unité des églises entre protestants, catholiques, et spirites, les guerres et les incertitudes économiques, le crime et la pollution dans les villes, tout cela, et bien d’autres éclairages, n’ont jamais été contredits par les événements eux-mêmes. Par conséquent, je continue d’avoir la foi en ce qu’elle affirme lui avoir été montré par Dieu sur un grand nombre de sujets. Je suis content que mon église m’ait enseigné à accepter ses messages prophétiques comme étant valides. Cela a enrichi ma vie à bien des égards.

4. Le fait que l’histoire de mon église est importante. Mon manuel scolaire d’histoire, nettement adventiste, atteste que j’ai appris l’histoire adventiste. Apparemment, mon professeur a fait du bon travail, puisque cela a constitué mon premier contact avec ce qui allait finalement devenir mon travail : la préservation et la promotion de l’histoire de notre église.

5. Et le plus important : mon église m’a appris que non seulement Jésus pardonne mes péchés, mais qu’il me donne le pouvoir de les vaincre. J’ai également appris que Jésus prépare un peuple qui vivra avec lui l’éternité durant. J’ai aussi appris que si j’accepte sa robe de justice offerte gratuitement, Jésus m’invite parmi ces saints qui seront sauvés. En bref, à mes yeux, l’adventisme est la meilleure des choses. On n’a pas besoin de faire des excuses pour cela. Il n’y a pas de regrets à avoir. Après tout, mon église m’a donné des réponses convaincantes aux vraies grandes questions de la vie :

  • a. D’où je viens.
  • b. Pourquoi je suis là.
  • c. Où je vais.

Pour moi, la meilleure façon de vivre serait de vivre conformément à tout ce que mon église m’a enseigné à mesure que je grandissais. Mon amour pour lui me pousserait à vouloir lui ressembler dans tout ce que je fais. J’essaierais sincèrement d’aider mon prochain et les plus malheureux de ce monde. J’aimerais et je respecterais ma famille. Je ne ferais que ce qui garderait mon corps en bonne santé. Je serais honnête dans mes affaires. Et à la fin de chaque journée, au moment d’aller me coucher, je demanderais pardon pour mes échecs, sachant que je serais tout de suite exaucé, et je me lèverais chaque matin en demandant la grâce et la sagesse pour m’aider à traverser une autre journée. En bref, mon église m’a appris à vivre ma vie pleinement, sans culpabilité, angoisse ou désespoir. Et pour cela je suis très reconnaissant.

Veuillez réfléchir à cette question : si nous écoutons les voix là-dehors qui exhortent l’église à abandonner nombre de ses enseignements distinctifs, que donnerons-nous à la prochaine génération pour les remplacer ? Quel héritage recevront-ils à la place ?

Est-ce qu’on peut améliorer, ici et maintenant, la façon dont nous présentons tout ce que j’ai appris ? Bien évidemment !

Est-ce que par le passé des gens ont eu des positions extrêmes sur les enseignements de l’église ? Oui, malheureusement !

Mais dans l’ensemble, devrions-nous changer la meilleure offre de vie que Dieu ait jamais conçue pour son peuple ?

De tout mon cœur, j’espère que non ! En bref, je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que j’ai été maltraité, mal informé ou carrément induit en erreur par mon église. Dans ma façon de voir les choses, le diable a coupé l’herbe sous le pied de certains d’entre nous en nous amenant à investir dans cette fausse image. Quant à moi, je serais éternnellement reconnaissant d’avoir grandi à une époque où mon église énonçait clairement ce qu’elle croyait et ce qu’elle défendait. Avec toutes ces accusations caricaturées que font les critiques aujourd’hui, pas étonnant qu’un grand nombre de nos jeunes ont du mal à accepter l’adventisme. En remuant un tel nuage de poussière, comment peut-on s’attendre à ce qu’ils voient ce qu’ils pourraient manquer s’ils rejettent ce que l’église leur offre ?

Ellen White commence son livre Education par cette déclaration bien connue :

« Nos idées en matière d’éducation sont trop étroites, trop limitées. Il nous faut les élargir et viser plus haut. La véritable éducation implique bien plus que la poursuite de certaines études. Elle implique bien plus qu’une préparation à la vie présente. Elle intéresse l’être tout entier, et toute la durée de l’existence qui s’offre à l’homme. C’est le développement harmonieux des facultés physiques, mentales et spirituelles. Elle prépare l’étudiant à la joie du service qui sera le sien dans ce monde, et à la joie plus grande encore du vaste service qui l’attend dans le monde à venir. » Education, p. 15.

Quelques pages plus loin, elle écrit :

« L’idéal que Dieu propose à ses enfants dépasse de beaucoup tout ce qu’ils peuvent imaginer de meilleur. Le but à atteindre, c’est l’amour de Dieu – la ressemblance avec Dieu. » Education, p. 21.

Je serais à jamais reconnaissant envers mon église de m’avoir mis encouragé à vivre et penser ainsi. C’est envers la messagère du Seigneur de ces derniers jours, envers mes pasteurs, mes professeurs, mes animateurs de l’école du sabbat, et mes moniteurs de jeunesse, et envers ma famille que je suis reconnaissant. Par leurs paroles et par leur exemple, ils m’ont fait connaître ce mode de vie adventiste, si riche et si enrichissant. Pour avoir fait cela, aucune excuse ne sera jamais nécessaire ! Mais si l’on ne m’avait pas exposé tous ces avantages, si jamais on me les avait cachés, là oui, naturellement, on me devrait aujourd’hui des excuses. Merci, chère église, d’avoir été si clairement adventiste!

Copyright © 2006, James R. Nix. Pour toute demande de reproduction de cette allocution, contacter James R. Nix, 12501 Old Columbia Pike, Silver Spring, MD 20904, ou bien à l’adresse mail@whiteestate.org.

Notes

  • 1 Lettre de William Miller à Joshua V. Himes, 10 novembre 1844; citée dans Sylvester Bliss, Memoirs of William Miller, 1853, page 278.
  • 2 Lettre de William Miller à Elon Galusha, 5 avril 1844; citée dans George Knight, Millennial Fever, 1993, p. 162.