Les amalgames : déclarations d'Ellen White au sujet des conditions de vie à l'époque du déluge

Francis D. Nichol - Adapté de son ouvrage Ellen G. White and her critics, pages 306 à 322

Pendant l'été 1864, la Seventh-day Adventist Publishing Association de Battle Creek (Michigan) a publié un livre d'Ellen White de 300 pages intitulé "Important Facts of Faith in Connection With the History of Holy Men of Old" ("Importants faits de foi en lien avec l'histoire des saints hommes d'autrefois"). C'était le troisième tome d'une série de 4 volumes dont le titre global était Spiritual gifts (Les dons spirituels).

Cet ouvrage relate l'histoire des origines du monde, de "la Création" à la loi donnée à Israël, ces questions, comme l'auteur le précise dans sa préface, lui ayant été montrées en vision.

Dans le chapitre 6, intitulé "Crime before the flood" (Les crimes avant le déluge), Ellen White, dans sa description des conditions lamentables qui ont entraîné la destruction catastrophique du monde, évoque les amalgames des hommes et des bêtes. Dans le chapitre qui suit, on trouve une référence similaire. Régulièrement, on s'interroge sur ce que Ellen White a écrit au juste à ce sujet et sur ce que signifiaient ses déclarations, ainsi que sur la raison pour laquelle on ne les trouve plus dans ses ouvrages postérieurs. Certains ont fait le lien avec le souvenir de mythes antiques qui évoquent d'étranges créatures nées d'alliances illicites entre des hommes et des bêtes, et ont posé la question quant à savoir si les déclarations d'Ellen White ne soutenaient pas ces fables. On a également laissé entendre qu'elles flirtent avec l'évolutionnisme.

Les seuls passages dans les écrits de Ellen White qui mentionnent ce sujet se trouvent dans Spiritual gifts, volume 3, que nous avons déjà cité, et qui a été republié dans Spirit of prophecy, volume 1, en 1870. Le premier passage, dans le chapitre 6, Crime before the flood dit ceci :

« Mais s'il y avait bien un péché qui, par-dessus tous les autres, imposait la destruction de notre race par le déluge, c'était le crime vil des amalgames des hommes et des bêtes qui dégradait l'image de Dieu, et causait une confusion générale. Dieu décida de détruire par le moyen d'une inondation cette race puissante et ancienne qui avait corrompu ses voies devant sa face. » – Spiritual gifts, volume 3, page 64.

Le chapitre 7 est intitulé "Le déluge" et contient cette déclaration :

« Chaque espèce animale que Dieu avait créée était présente dans l'arche. Les espèces anarchiques que Dieu n'avait pas créées, qui étaient le résultat d'amalgames, ont été détruites par le déluge. Depuis le déluge, il y a eu des amalgames entre hommes et bêtes, comme on peut le voir dans les variétés quasi infinies d'espèces animales, et dans certaines races d'hommes. » page 75.

Ce sont les seules déclarations de Ellen White au sujet des amalgames entre hommes et bêtes.

Ce que Ellen White voulait dire au juste dans ces passages a été l'objet d'une certaine spéculation depuis le temps, et deux explications ont été avancées. Certains considèrent qu'elle enseignait que non seulement les hommes et les bêtes ont cohabité mais qu'en plus, une progéniture est née de leurs unions. Toutefois, ceux qui défendent cette thèse prétendent que cela ne soutient pas la doctrine de l'évolution. La théorie de l'évolution avance l'idée que de simples petites structures vivantes ont évolué pour devenir des formes de vie plus développées, pour arriver finalement à l'homme.

Les créationnistes aujourd'hui ne remettent pas en question le fait que des formes de vie plus ou moins parentes peuvent se croiser et produire des hybrides. En revanche, on peut seulement considérer comme une hypothèse l'idée qu'il y a longtemps, quand la virilité était plus importante qu'aujourd'hui, et que les conditions étaient probablement différentes dans certains domaines, des formes de vies plus variées aient pu se croiser, comme l'homme et certaines espèces animales. Mais cette supposition a fait l'unanimité contre elle, à la lumière des connaissances scientifiques actuelles. Bien entendu, les scientifiques se sont déjà trompés, parfois, en partant du principe que le passé dans son ensemble doit être compris selon les processus que nous pouvons observer aujourd'hui.

Nous pourrions laisser de côté cette question, en considérant qu'elle dépasse les possibilités de notre champ d'investigation ou de démonstration. La Bible elle-même contient de semblables déclarations, que tous les étudiants des Écritures connaissent bien.

Mais il existe une autre explication de ces passages sur de possibles croisements qui est en revanche crédible, que nous trouvons plus satisfaisante, et qui évite tout conflit avec les données scientifiques observables.

Que signifie le terme original "amalgamation" utilisé par Ellen White ?

D'abord, quel est le sens général du mot "amalgamation" ? Est-il beaucoup utilisé pour décrire l'acte dépravé qu'est l'union de l'homme avec les bêtes ? Aucun des dictionnaires que nous avons consultés, pas même la référence qu'est le Oxford English Dictionary, n'indique que le terme ait jamais été utilisé pour décrire cet acte. Il existe un autre terme qui pourrait être employé pour décrire une telle cohabitation. Le mot "amalgamation" a été employé depuis de longues années initialement pour décrire la fusion de certains métaux (en français, on parle d'amalgame), et par extension, pour dénoter la fusion des races humaines entre elles [NdT : ce n'est pas tout à fait le cas en français]. Au milieu du 19ème siècle, le terme anglais était communément employé aux États-Unis pour décrire les mariages mixtes entre Blancs et Noirs. 1

Le sens bien établi du terme "amalgamation" comme mélange des races doit donc peser lourdement dans notre interprétation des passages en question.

Deuxièmement, la teneur générale des écrits de Ellen White nous fournit un témoignage fort contre l'affirmation qui prétend qu'elle cherche à établir comme un fait indéniable ces histoires antiques de progénitures mi-humaines mi-animales. Ses écrits ne sont pas empreints de ces fables farfelues des temps jadis. Au contraire, ils sont caractérisés par un ton tout à fait cartésien. Si elle avait été une rêveuse ou une visionnaire, elle aurait eu très souvent l'occasion de régaler ses lecteurs avec des récits antiques et des mythes.

Que signifie cette expression ?

Voilà le cœur des passages : "amalgamation of man and beast" (c'est-à-dire littéralement amalgame des hommes et bêtes). Cette déclaration pourrait être interprétée comme signifiant l'amalgame des hommes avec les bêtes, ou bien l'amalgame des hommes et d'autre part l'amalgame des bêtes. Dans une telle construction grammaticale, il n'est pas nécessaire de répéter la préposition "des", bien qu'elle puisse être implicite. On peut parler de la dispersion des hommes et bêtes sur la terre, mais par là on ne veut pas pour autant dire que précédemment les hommes et les bêtes étaient unis en un seul groupe en un point précis du globe. On veut tout simplement parler de la dispersion des hommes sur la terre et de la dispersion des bêtes sur la terre, bien que la localisation géographique d'origine des deux groupes ait pu se situer aux deux pôles de la terre. Autrement dit, la dispersion des hommes ainsi que celle des bêtes.

Alors pourquoi ne comprenons-nous pas correctement cette construction grammaticale de la même façon quand il s'agit de ce fameux terme, "amalgamation ?" S'il est possible de parler de la dispersion des hommes et bêtes sans sous-entendre en aucune façon que la dispersion est partie d'un seul endroit, alors pourquoi ne pas parler de l'amalgamation des hommes et des bêtes sans sous-entendre que les hommes et les bêtes se sont unies ?

Nous croyons que cette expression se comprend comme suit : "les amalgames des hommes et [d'autre part celle des] bêtes." Ainsi le passage ferait référence au mélange de différentes races humaines d'une part, et au mélange de différentes espèces d'animaux d'autre part. La construction grammaticale et l'usage nous permettent de comprendre que le [d'autre part celle des] est sous-entendu.

Les conséquences des amalgames

Mais le simple croisement de différentes races d'hommes et de différentes espèces d'animaux mérite-t-il l'adjectif "vil" employé par Ellen White quand elle se réfère à l'amalgamation et aux résultats qui l'ont suivi de près, à savoir la destruction par le déluge ? Examinons tout d'abord l'amalgame entre les races d'hommes. Notons à nouveau le texte de la première citation (Spiritual gifts, volume 3, page 64), et observons les caractéristiques de l'amalgamation :

  1. C'était "un péché qui, par-dessus tous les autres, imposait la destruction de notre race par le déluge"
  2. Il "dégradait l'image de Dieu, et causait une confusion générale"
  3. "Cette race puissante et ancienne […] avait corrompu ses voies devant sa face"

Deux groupes distincts d'êtres humains sont présentés au début du chapitre Spiritual gifts, volume 3, intitulé Crime before the flood (Les crimes avant le déluge) :

(1)"Les descendants de Seth", et (2) "les descendants de Caïn." Les deux groupes étaient distincts de deux manières marquées : (1) Le premier groupe "ressentait la malédiction, mais légèrement." (2) Le deuxième groupe, qui "s'était détourné de Dieu et avait piétiné son autorité, ressentait les effets de la malédiction plus lourdement, en particulier au niveau de la stature et de la noblesse de leur corps." "Les descendants de Seth étaient appelés les fils de Dieu ; les descendants de Caïn, les fils des hommes." Ici deux races sont présentées, deux races qui diffèrent dans leurs caractéristiques à la fois morales et physiques.

Puis, voici les paroles qui suivent immédiatement : "Alors que les fils de Dieu se mêlaient aux fils des hommes, ils se sont corrompus, et par les unions illicites, ont perdu, à cause de l'influence de leurs femmes, leur caractère sacré, et se sont unis avec les fils de Caïn dans leur idolâtrie." (pages 60, 61). S'ensuit une description de leur vie d'idolâtrie, en particulier l'utilisation à des fins pécheresses de leur or, de leur argent, et de leurs biens matériels. Ellen White observe : "ils se sont corrompus avec les choses-mêmes que Dieu avait placées sur terre pour le bénéfice de l'homme" (page 63). Elle passe d'une discussion sur l'idolâtrie à la polygamie et fait cette déclaration : "Plus les hommes prenaient de femmes, plus leur méchanceté et leur malheur étaient grands" (page 63).

Même dans ce court chapitre, nous trouvons suffisamment de matière pour corroborer la position selon laquelle le jugement d'un déluge sur les hommes était du à cet amalgamation entre les races d'hommes. Nous avons deux races en présence. L'amalgame des deux a pour résultat la corruption et l'idolâtrie, et la polygamie ne fait qu'augmenter la corruption et la méchanceté. Le passage controversé dit que Dieu a amené le déluge parce que les hommes "avaient corrompu [leurs] voies devant sa face."

L'image divine dégradée

Relevons maintenant des passages parallèles dans les écrits de Ellen White. Dans Patriarches et prophètes, où elle écrit plus longuement sur le sujet, elle évoque ainsi les descendants de Seth et de Caïn :

« Pendant un certain temps, les deux clans demeurèrent distincts. Puis la race de Caïn, débordant de son territoire primitif, se répandit dans les plaines et les vallées où les enfants de Seth avaient fixé leur résidence. Ceux-ci, pour échapper à la contagion de leur exemple, se retirèrent dans les montagnes. Aussi longtemps que dura cette séparation, ils demeurèrent fidèles à Dieu et à son culte. Mais avec le temps, ils se mélangèrent insensiblement aux habitants des vallées. Ce contact eut les pires conséquences. "Les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles." Attirés par la beauté des femmes de la race de Caïn, les enfants de Seth oublièrent la volonté de Dieu au point de les épouser. Dans leur société, un grand nombre d'adorateurs de Dieu cessèrent de constituer un peuple à part. Leurs relations avec des gens dépravés leur firent adopter aussi bien leurs raisonnements que leurs manières de vivre. Ils firent litière des restrictions du septième commandement : "ils prirent des femmes parmi toutes celles qui leur plurent." "Suivant la voie de Caïn" et abandonnant les commandements de Dieu, ils s'adonnèrent à la poursuite de la fortune et du plaisir. » pages 58, 59.

Ici Ellen White nous dresse un tableau de méchancetés cumulées, qui ont trouvé leur apogée au moment du déluge, et provenant en grande partie de l'amalgame de la "race de Caïn" et des "enfants de Seth." Nous employons le terme "amalgame" dans sa première définition donnée par le dictionnaire, et selon l'usage courant de l'époque à laquelle Ellen White écrivait, c'est-à-dire au sens de mariage mixte.

Plus loin dans Patriarches et prophètes, Ellen White déclare :

« La polygamie entra de bonne heure dans les mœurs. Ce fut l'un des péchés qui attirèrent la colère de Dieu sur le monde antédiluvien, ce qui n'empêcha pas cette pratique de se généraliser de nouveau après le déluge, car Satan apporta un soin tout particulier à pervertir l'institution du mariage, à en affaiblir l'obligation et à en dénigrer la sainteté. Il était convaincu qu'il n'y a pas de moyen plus sûr d'effacer en l'homme l'image de Dieu qu'en le plongeant dans le malheur et dans le vice. » page 312.

Dans un commentaire sur l'histoire d'Israël, elle observe :

« C'était devenu une pratique courante que de se marier avec les païens. … L'ennemi se réjouissait dans son succès à effacer l'image divine de l'esprit du peuple que Dieu s'était choisi pour le représenter. » – Fundamentals of christian education, page 499.

Prenons ensuite ce passage tiré d'autres écrits de Ellen White :

« Les mariages impies des fils de Dieu avec les filles des hommes amenèrent l'apostasie qui provoqua la destruction du monde par le déluge. » – Témoignages pour l'Église, volume 1, page 701.

Un résumé des passages parallèles

Reprenons : le résultat de la violation de l'institution du mariage, et en particulier les unions entre les enfants de Dieu et les païens a été de "dégrader l'image de Dieu en l'homme." De plus, "les mariages impies des fils de Dieu avec les filles des hommes" ont amené l'humanité vers une iniquité croissante "qui provoqua la destruction du monde par le déluge." Si l'on remplace le mot "amalgame" par "mariage" dans les citations ci-dessus, notez le parallèle frappant avec les déclarations suivantes dans le passage controversé : "le crime vil des amalgames … dégradait l'image de Dieu" ; et "Dieu décida de détruire par le moyen d'une inondation cette race puissante et ancienne qui avait corrompu ses voies devant sa face."

Dans aucun de ces passages que nous venons de citer (ni dans aucun autre auquel on pourrait se référer) Ellen White ne parle de la cohabitation de l'homme avec les animaux comme étant une caractéristique de cette image grotesque et lamentable de la méchanceté antédiluvienne qui a précipité le déluge. Au contraire, il semble qu'elle parle des mariages entre la race de Caïn et la race de Seth, avec leur lot d'idolâtrie, de polygamie et autres maux, comme étant la cause du Déluge. Et tout cela s'harmonise avec la déclaration précédemment citée dans le paragraphe d'introduction du chapitre qui contient le passage en question.

« Alors que les fils de Dieu se mêlaient aux fils des hommes, ils se sont corrompus, et par les unions illicites, ont perdu, à cause de l'influence de leurs femmes, leur caractère sacré, et se sont unis avec les fils de Caïn dans leur idolâtrie. » – Spiritual gifts, volume 3, pages 60 et 61.

Comme nous l'avons déjà dit, l'introduction du chapitre "Crime before the flood" est suivie d'un récit de l'idolâtrie qui régnait, de la dénégation de Dieu, des vols, de la polygamie, des meurtres, et de la destruction de la vie animale. Juste après vient le passage controversé, comme un résumé. "Mais s'il y avait bien un péché qui, par-dessus tous les autres, imposait la destruction de notre race par le déluge, c'était le crime vil d'amalgame des hommes et bêtes qui dégradait l'image de Dieu, et causait une confusion générale." 2

La construction de la phrase constitue en apparence une pierre d'achoppement dans l'acceptation de l'interprétation du passage comme faisant référence à l'union entre les races humaines et à un croisement de différentes espèces animales : "l'amalgame des hommes et bêtes qui dégradait l'image de Dieu." Comment un croisement entre des espèces d'animaux pourrait-il faire cela ?

Mais regardons de plus près ce qu'elle dit. Il y a deux résultats à l'"amalgame" [1] des hommes, et [2] des bêtes : Cela [1] dégradait l'image de Dieu, et [2] causait une confusion générale. Nous avons vu comment le mariage, l'amalgame, des races d'hommes a donné le premier résultat. Pourquoi ne pas envisager que l'amalgame des races, ou espèces, d'animaux, ait donné le second, c'est-à-dire, "la confusion générale ?" Quand deux éléments apparentés sont décrits dans une même phrase, cela ne veut pas forcément dire que nous devons comprendre tous les résultats cités comme venant de chacun de ces deux éléments.

Deuxième passage examiné

Cela nous amène à considérer le second passage qui évoque l'amalgame :

« Chaque espèce animale que Dieu avait créée était présente dans l'arche. Les espèces anarchiques que Dieu n'avait pas créées, qui étaient le résultat d'amalgames, ont été détruites par le déluge. Depuis le déluge, il y a eu des amalgames entre hommes et bêtes, comme on peut le voir dans les variétés quasi infinies d'espèces animales, et dans certaines races d'hommes. » – Spiritual gifts, volume 3, page 75.

Ce passage est séparé du premier par quelques pages seulement, lesquelles pages racontent comment s'est passé le Déluge.

Ici elle parle de "chaque espèce animale que Dieu avait créée" par opposition aux "espèces anarchiques que Dieu n'avait pas créées." Des espèces anarchiques de quel type ? La construction n'autorise qu'une seule réponse : des espèces animales. Mais un amalgame des hommes avec les bêtes aurait produit, non une espèce animale, mais une espèce mi-humaine, mi-animale, quoi que cela puisse être. Ellen White ici parle très certainement d' "espèces anarchiques" d'animaux. Et elle dit simplement que de telles "espèces anarchiques" étaient le résultat d'amalgames.

Reprenons, à présent, en faisant des colonnes pour mettre en parallèle la substance des deux déclarations de Ellen White :

Amalgame des hommes Amalgame des bêtes
Le mariage, l'amalgame des races d'hommes ont dégradé l'image de Dieu. L'amalgame des "espèces animales" ont donné "des espèces aberrantes"

Nous croyons que ces passages similaires justifient pleinement la conclusion que nous avons déjà tirée, à savoir que quand Ellen White écrivit "l'amalgame des hommes et bêtes," elle pensait (1) l'amalgame des races d'hommes, et (2) l'amalgame des espèces d'animaux. Le premier ayant "dégradé l'image de Dieu", et le second ayant "causé une confusion générale."

Trois conclusions importantes

Ellen White dit que "depuis le déluge", il y a eu des "amalgames entre hommes et bêtes," et elle ajoute que les résultats sont visibles (1) dans "les variétés quasi infinies d'espèces animales," et (2) dans "certaines races d'hommes." On peut tirer plusieurs conclusions importantes de ce passage :

1. Ellen White évoque deux groupes clairement distincts qui témoignent de cet amalgame. Il y a (1) les espèces animales, et (2) les races d'hommes. Il n'y a rien qui permette de dire qu'il y avait des espèces mi-humaines, mi-animales. Mais comment y aurait-il pu avoir un amalgame de l'homme avec l'animal, avec comme résultat autre chose qu'une espèce mi-homme mi-animal ? Elle ne fait même aucune allusion à d'hypothétiques monstres ou à des caricatures d'hommes. Au contraire, comme on vient de le dire, elle parle sans aucune équivoque d' "espèces animales" et de "races d'hommes." Elle n'en choisit ni n'en cite aucune comme étant la preuve de ces amalgames.

2. Ellen White parle des "variétés quasi infinies d'espèces animales" comme conséquence des amalgames. Ceci dit, on a suggéré qu'au sujet des amalgames, Ellen White relayait la pensée de ceux qui croyaient à ces histoires de croisements entre l'homme et l'animal. Si nous comprenons correctement ce mythe, comme il a été véhiculé à travers les siècles par les vents de l'incrédulité, quelques créatures mythiques énormes de l'antiquité sont supposées être le résultat d'unions entre les hommes et les animaux. Et ces créatures étaient toujours censées avoir des caractéristiques à la fois humaines et animales. Mais rien dans les fictions de jadis ne confirme l'idée selon laquelle "des variétés quasi infinies d'espèces animales" étaient le résultat de croisements contre-nature entre l'homme et l'animal. Ellen White ici n'exprime en aucun cas une vision antique, mythique. Même les païens, pourtant totalement ignorants en matière de biologie, n'auraient pas envisagé une telle idée. Il est tellement plus raisonnable d'interpréter le passage comme signifiant que ces "variétés quasi infinies d'espèces animales" résultaient de croisements entre des formes déjà existantes de vie animale!

3. Ellen White invite le lecteur à chercher par lui-même des preuves de ce qu'elle avance. Autrement dit, quel qu'ait pu être cet amalgame, ses fruits sont évidents aujourd'hui. "Comme on peut le voir," dit-elle, "dans les variétés quasi infinies d'espèces animales et dans certaines races d'hommes." Mais peut-on "voir" quoi que ce soit de nos jours qui serait de nature à corroborer la thèse de ce mythe d'un homme-animal ? Ce qui est sûr, c'est que rien dans les ethnies sauvages des territoires les plus reculés ne suggère un croisement entre l'homme et l'animal 3. Et si les races humaines les plus dégradées n'évoquent pas un tel croisement, c'est encore moins le cas pour les espèces d'animaux. Mais le lecteur peut "voir" les résultats des amalgames dont parle Ellen White.

Darwinisme et créationnisme

À l'époque où elle écrivit sa déclaration sur les amalgames en 1864, l'influence de Darwin commençait juste à se répandre dans le monde. Avant sa publication de l'Origine des espèces (24 novembre 1859), la majorité des scientifiques, et de manière générale les théologiens, maintenaient que les espèces sont "fixes", c'est-à-dire qu'elles ne peuvent se croiser. La théorie de Darwin dit au contraire que toute la création est fluctuante, et que les formes de vie n'ont pas de limites fixes et définitives. Son raisonnement prétend que la loi naturelle, qui s'exprime à travers la sélection naturelle et la loi du plus fort, fait que des formes simples se complexifient et grimpent constamment sur l'échelle de la vie, jusqu'à ce que finalement l'homme apparaisse. Sa théorie et la doctrine de la fixité des espèces ne pouvaient donc coexister. L'une des deux a dévoré l'autre. Pour Darwin et ses partisans, il semblait que l'obstacle principal à la propagation de cette théorie fût cette doctrine de la fixité des espèces. Et pour les chrétiens traditionalistes, la croyance en la fixité des espèces semblait absolument essentielle à la croyance en la Genèse.

C'est ainsi que quand la querelle a commencé entre darwinistes et partisans de la Genèse, le point litigieux était essentiellement cette question de la fixité des espèces. Les créationnistes considéraient généralement le terme "espèces" comme l'équivalent du terme utilisé dans Genèse, quand il est écrit que chacun produisait "selon ses espèces" (Genèse 1:24).

Une confusion qui, nous le savons aujourd'hui, est injustifiée.

Le résultat d'un combat aussi inégal est bien connu de tous. Les évolutionnistes n'ont pas eu de difficulté à prouver qu'il y a "des variétés infinies d'espèces d'animaux," si l'on peut emprunter l'expression de Ellen White. Et chaque fois que les créationnistes ont cherché à affirmer leur point de vue sur la question de la fixité des espèces, tel que le terme est généralement compris, ils ont subi une véritable déroute.

Les créationnistes d'aujourd'hui ayant un tant soit peu de connaissance en génétique ("science de l'hérédité, qui étudie la transmission entre les générations d'être vivants") réussissent beaucoup mieux que leurs prédécesseurs dans ce combat. La génétique montre comment des variétés infinies se développent dans certaines limites : les limites des variations potentielles au sein d'une même souche, mais pas au-delà. Autrement dit, le simple fait qu'il y ait des variations au sein des espèces ne constitue pas en soi une preuve en faveur de l'évolution. C'est absolument certain. Ainsi nous pouvons croire en l'existence de "variétés quasi infinies d'espèces" après Ararat, sans pour autant croire en l'évolution. Ellen White a écrit en 1864 qu'on pouvait "voir" ces "variétés quasi infinies," bien que les créationnistes de l'époque, et durant près d'un demi-siècle encore, n'aient rien vu de tel ; ils ne voyaient que la fixité des espèces. Et pourtant Ellen White n'avait aucun penchant pour la théorie de Darwin. Dès le début, elle n'a fait que s'exprimer vigoureusement contre l'évolution!

Était-ce le péché ?

Ellen White décrit "l'amalgame des hommes et bêtes" comme étant un "péché" et un "crime vil," mais pourquoi le croisement entre différentes espèces d'animaux devrait-elle être décrite de cette façon ?

Notons tout d'abord que Ellen White, dans le chapitre "Crime before the flood," utilise le mot "crime" comme plus ou moins synonyme de "péché." Le mot-clé est donc "péché." Et qu'est-ce que le péché ? C'est la transgression de la loi de Dieu. Dans la pensée théologique, on la réduit souvent à la violation des Dix Commandements, la loi morale. Quand on examine les écrits de Ellen White, il est bien évident qu'elle utilise fréquemment le terme "péché" dans une acception plus large, comme étant la violation de ce qu'on appelle les lois naturelles. La raison pour laquelle elle le fait, c'est qu'elle déclare que ces "lois naturelles" sont tout autant l'expression du caractère et de la volonté de Dieu que peuvent l'être les Dix Commandements. Prenons par exemple : « c'est tout autant un péché de violer les lois qui régissent notre être que de transgresser l'un des dix commandements, car on ne peut faire l'un ou l'autre sans enfreindre la loi de Dieu. » – Testimonies for the Church, volume 2, page 70.

À présent, tournons-nous vers le récit que fait la Bible des conditions dans lesquelles vivait le monde créé, hommes et animaux, avant le Déluge :

Le Seigneur dit : « J'effacerai de la terre les humains que j'ai créés ; j'effacerai depuis les humains jusqu'au bétail, aux bestioles et aux oiseaux du ciel ; car je regrette de les avoir faits. » Genèse 6:7.

Pourquoi le Seigneur regretterait-il d' "avoir créé" les bêtes et les oiseaux, et les reptiles qui rampent sur la terre, ainsi que l'homme ? Quelques versets plus loin, nous avons la réponse :

« Dieu vit que la terre était pervertie, car tous s'étaient pervertis sur la terre. […] Et toi, prends de tout ce qui se mange et fais-t'en des provisions ; cela te servira de nourriture, ainsi qu'à eux. » Genèse 6:12, 21.

Le plan de Dieu pour l'Eden

Quand Dieu a créé le monde au départ, il y a placé une grande variété d'animaux et de végétaux, répartis sur les collines et les vallées, sur des plaines ensoleillées et des vallons ombragés. C'était une image de beauté et d'harmonie dans la diversité. Nous ne pouvons bien entendu que faire des hypothèses concernant les détails du monde édenique. Le récit dit que Dieu ordonna à chaque forme de vie de produire "selon ses espèces" (Genèse 1:24).

Et les fossiles retrouvés rendent un témoignage silencieux au fait que les formes de vie principales apparaissent ici comme n'étant pas des formes intermédiaires. Au lieu de cela, il y a de très nets manques. Que le Seigneur ait décidé que sa parfaite Terre devait également préserver les distinctions entre les formes de vie les plus proches, on ne peut que se risquer à le considérer comme une hypothèse. Mais s'il a placé toutes ces formes de vie plus ou moins apparentées sur terre, on peut raisonnablement supposer que ce qu'il a fait était une expression de sa conception divine d' un monde parfait.

Nous pensons que c'est une supposition d'autant plus raisonnable à la lumière de la recommandation faite plus tard à Israël, au moment où Dieu tentait d'établir au sein d'un monde de péché un gouvernement conforme aux plans célestes. Par l'intermédiaire de Moïse, Dieu a dit à Israël :

« Vous observerez mes prescriptions. Tu n'accoupleras pas des bêtes de deux espèces différentes ; tu n'ensemenceras pas ton champ de deux espèces différentes ; tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces différentes de fils. » – Lévitique 19:19 (voir également Deutéronome 22:9 à 11).

Satan et le règne animal

La Bible dresse un tableau du conflit entre Dieu et le diable qui débute au commencement de notre monde et qui couvre tout ce qui concerne de près ou de loin notre monde. La Bible atteste à de multiples reprises que Satan, libéré de toute morale, a été autorisé par Dieu à parcourir la terre et à utiliser ses compétences diaboliques pour engendrer désordre et destruction.

Le premier exemple de tentative de la part de Satan d'amener du désordre dans notre monde remonte au moment où il a parlé par l'intermédiaire d'un animal, un serpent. Et bien que Satan fût l'instigateur des paroles rusées du serpent, le Seigneur a inclus le serpent dans les jugements infligés après la chute.

Là où le récit biblique est si bref, la prudence s'impose dans notre volonté de dogmatiser. Mais les agissements de Satan, ses buts funestes et cet exemple spécifique de contrôle sur un membre du règne animal, nous suggèrent tout de même que le règne animal a souffert de ses ruses diaboliques. Nous ne pouvons pas croire qu' il y avait en Eden des bêtes assoiffées de sang, imprévisibles de caractère, vicieuses et montrant les dents. Ceux qui croient en la Bible reconnaissent que ces changements chez les bêtes ont été le résultat du péché. Mais comment est-ce possible que des bêtes, qui n'ont pas de nature morale, et par conséquent aucune conscience du péché, aient pu voir leur nature changer à cause de l'irruption du péché dans la vie d'Adam et Eve ? L'esprit chrétien ne peut pas accepter l'idée que Dieu ait ainsi changé les animaux. C'est dans les agissements de Satan, dont la domination sur le serpent est rapportée pour notre instruction, que l'on trouve la seule véritable explication du tragique changement qui a eu lieu dans le règne animal. Ce changement s'exprime en partie, pensons-nous, par la confusion des espèces, par l'obscurcissement d'un tableau merveilleux qui exprimait divinement l'harmonie dans la diversité.

Une croyance en harmonie avec les Écritures

Nous reconnaissons que cette croyance sur la cause de la confusion des espèces ne peut pas être soutenue par aucun texte précis de la Bible. Nous nous contentons d'affirmer que cette croyance est cohérente avec les versets qui traitent de ces premiers temps. Il n'y a rien de plus à dire pour protéger cette croyance d'un rejet catégorique de la part de n'importe qui croit en la Bible, comme si c'était une explication déraisonnable.

Il est bien évident que sur ce problème de la confusion des espèces dans le règne animal, nous trouvons une réponse satisfaisante à cette question : comment le croisement de différentes formes de vie animale a-t-il pu être décrit comme péché ? Le péché était-il en jeu dans l'activité du serpent ? Nous répondons oui. Mais nous pensons immédiatement à Satan. De même avec le croisement des animaux. Le moindre geste pour gâcher le plan parfait de Dieu ne peut être décrit que comme un péché.

Ellen White insiste sur Satan comme étant une puissance du mal

Nul besoin de lire les écrits de Ellen White très longtemps avant de comprendre qu'elle considère toute la tragédie de notre monde, depuis ses origines jusqu'à nos jours, comme une lutte titanesque entre Dieu et le diable 4. Ellen White dépeint Satan comme parcourant la terre, résolu à semer le désordre et la dévastation, exactement comme la Bible le fait. C'est vrai qu'elle ne fait pas explicitement référence à Satan dans ses déclarations sur les amalgames dans Spiritual gifts. En revanche, c'est une autre déclaration sur le sujet qui fait la lumière sur ce qu'elle pense de la cause de certains des changements qui ont eu lieu dans notre monde après qu'Adam et Eve ont chuté. La voici :

« Jamais le Christ n'a jeté des semences de mort dans l'organisme. Satan, en revanche, a jeté ces semences quand il poussa Adam à goûter à l'arbre de la connaissance, désobéissant ainsi à Dieu. Le Seigneur n'a pas placé dans le grand jardin une seule plante nuisible ; ce n'est qu'après qu'Adam et Eve eurent péché que des herbes vénéneuses poussèrent. Dans la parabole du semeur, une question est posée au maître de la maison : "N'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ?" A quoi le maître répondit : "C'est un ennemi qui a fait cela." Toute ivraie procède du malin. C'est lui qui a semé toute herbe nocive ; par des méthodes ingénieuses de croisement [en anglais : amalgamation] il a corrompu la terre avec son ivraie. » – Messages choisis, volume 2, pages 330 et 331.

Cette déclaration, considérée dans l'optique de l'ensemble des écrits de Ellen White qui imputent à Satan une responsabilité active dans l'existence du mal dans notre monde, nous amène à conclure qu'elle attribuait à Satan la présence des "espèces anarchiques" d'animaux. Par conséquent elle décrirait très certainement ces "espèces anarchiques" comme une manifestation du péché, de la même façon qu'elle pourrait très bien parler de l'apparition d'herbes "nocives et vénéneuses" comme étant une preuve de l'activité du malin. Ainsi sa déclaration sur les amalgames concernant le "péché" est en harmonie avec tout ce que les Ecritures révèlent sur les origines de la terre, en termes d'interprétation que nous avons tirée de l'expression : "amalgame des hommes et bêtes."

Une déclaration introuvable dans "Patriarches et prophètes"

Nous en arrivons à présent au point où nous devons prendre en considération le fait que Ellen White n'a pas inclus ces déclarations dans Patriarches et prophètes, et donc nous interroger sur les raisons qui font qu'elles n'y apparaissent pas. Certains ont émis l'hypothèse qu'elles ont été supprimées volontairement.

Dans l'absolu, le fait qu'un passage ne soit pas retenu dans une publication postérieure, ou qu'un livre en particulier ne soit pas réédité, ne constitue pas en soi une base pour affirmer qu'une suppression a eu lieu. De telles suggestions n'ont pas de fondement, et on le voit bien à la lumière du cas suivant :

De 1858 à 1864, quatre petits volumes sont nés de la plume de Ellen White avec le titre général de Spiritual gifts. Si l'on excepte le volume 2, qui est en grande partie autobiographique, et la seconde moitié du volume 4, ils dressent un tableau de l'histoire sacrée de la création à la restauration de l'Eden.

De 1870 à 1884, elle a produit quatre volumes plus importants, sous le titre de The spirit of prophecy. Ces volumes couvrent le sujet de l'histoire religieuse de l'homme depuis l'Eden de façon plus poussée. Pour la plus grande partie, ce qu'on trouve dans Spiritual gifts, à part le volume autobiographique, est repris dans The spirit of prophecy. À de nombreuses reprises, le texte du premier est reproduit à l'identique dans le dernier, chapitre après chapitre. En certaines occasions, il y a eu des suppressions, et il y a eu aussi de fréquents ajouts. Une étude détaillée du texte révèle qu'ici s'appliquent les principes par lesquels un auteur, quand il sort un nouveau travail, plus complet, sur un thème donné, ajoute, supprime ou révise. Les deux passages sur les amalgames apparaissent mot pour mot dans The spirit of prophecy, volume 1, publié en 1870.

Il aurait été très facile pour Ellen White de laisser tomber les passages en question dans l'édition de 1870. Ils avaient déjà posé problème, comme on le voit dans la référence de l'ouvrage d'Uriah Smith, Objections to the visions answered ("Réponses aux objections émises contre les visions") publié en 1868. C'était l'occasion parfaite pour les "faire disparaître" si elle le souhaitait. Mais deux ans plus tard, elle reprend les chapitres qui contiennent les passages concernés, ce qui fait qu'à la fois les passages et le contexte restent les mêmes.

Jusqu'à cette époque, Ellen White avait écrit exclusivement pour l'église. L'étape suivante était de prévoir des livres qui pourraient être vendus en-dehors de l'Église adventiste, même à des personnes non issues d'un milieu religieux, et sans lien avec la foi. Naturellement, dans un tel projet on incluait le souhait de mettre un accent particulier sur certaines vérités qui distinguaient l'approche du mouvement adventiste. Un pasteur, se détournant de ses membres d'église pour s'adresser à une foule hétéroclite, adapte sa façon d'aborder un sujet, en ajoutant, en supprimant, ou en réécrivant certains éléments. Ainsi un auteur ne procède pas autrement. En 1890, le thème du commencement de l'histoire humaine, qui est le thème de Spiritual gifts, volume 3, et de The spirit of prophecy, volume 1, a été traité différemment dans le livre Patriarches et prophètes, et prêt à être vendu au grand public. Il fait aujourd'hui partie d'un ensemble de livres que l'on connaît sous le titre global de "Destination Éternité." Dans chaque tome de la série, l'histoire religieuse humaine est abordée d'une façon amplifiée et parfois nouvelle, et à aucun moment il n'a été affirmé qu'il s'agissait de réimpression de travaux antérieurs. C'est aussi cohérent de prétendre que la totalité des quatre volumes de The spirit of prophecy ont été supprimés que de prétendre que cinq phrases (ce que représentent au total les passages sur les amalgames) ont été supprimées.

À ce propos, nous rappelons au lecteur que les quatre volumes de Spiritual gifts, dans lesquels se trouvent à l'origine les passages incriminés, sont disponibles dans une édition en fac-similé.

Notes

  1. 1.

    The Century Dictionary, dans son édition de 1889, dit, à l'entrée "Amalgamation" : " 2) Mélange ou alliage de choses différentes, en particulier de races." L'idée d'un mélange des races, l'une des acceptions du terme, semble avoir disparu de certains dictionnaires, ce qui est probablement du au fait que c'est le terme "hybridation" qui est aujourd'hui utilisé généralement pour dénoter une fusion, ou un croisement, d'éléments vivants. Toutefois, l'édition de 1949 du New Standard Dictionary de Funk et Wagnalls, dit, à l'entrée "amalgamer" : "3) Fondre en un tout par mélange ou alliage ; unir ; combiner ; comme dans amalgamer des races différentes. Utilisé spécifiquement, au sud des États-Unis, pour décrire le mariage entre Noirs et Blancs."

    A Dictionary of American English (Oxford University Press, 1938-1944, en 4 volumes) dit :

    "Amalgamate, v. (1797-, sens général) De personnes : a. combiner ou fusionner, notamment en parlant des mariages mixtes. /b. (Voir citation 1859) … 1859 Bartlett 8 Amalgamer … s'applique universellement, aux États-Unis, au mélange entre races noire et blanche.

    "Amalgamation. (1775- sens général) / La fusion des races noire et blanche par le mariage."

  2. 2. Certains pourraient prétendre que la construction de cette phrase indique que l'auteur évoque un nouveau crime, parfois ajoutant à la liste des mariages illicites, idolâtrie, meurtres, etc. mais nous ne croyons pas qu'il faille tirer une telle conclusion. Ce n'est pas inhabituel pour un auteur de dresser une liste d'éléments, et ensuite, en conclusion, de se focaliser sur l'un d'entre eux, en ayant recours à une phrase introductive telle que "si l'un de ces éléments est plus important que les autres." Nous ne croyons pas non plus qu'il faille surestimer le fait que dans son récapitulatif, l'auteur amplifie un point particulier, déjà examiné, comme si le simple fait de se focaliser dessus amenait les pensées du lecteur sur une idée similaire. Cela, croyons-nous, est une façon tout à fait raisonnable de considérer la construction qui se trouve devant nous. Ellen White fait un retour, dans le dernier paragraphe du chapitre, sur la cause principale du Déluge. Ce faisant, elle s'étend un peu pour inclure la "confusion" du même ordre dans le règne animal qui résultait de l'entrée du péché dans le monde.
  3. 3. Au milieu du dix-neuvième siècle, alors que certains recoins obscurs de la terre n'avaient pas encore été atteints par les explorateurs, on racontait souvent d'étranges histoires sur le type de sauvages qui y vivaient. Il est probable que ceux qui ont lu les déclarations de Ellen White sur les amalgames aient tout d'abord inconsciemment laissé ces histoires influencer leur interprétation des passages en question. Inutile de préciser que maintenant que toutes les ethnies non civilisées sont connues, ce qu'en disent ceux qui ont été en contact avec eux, c'est que bien qu'elles soient dépravées, elles sont on ne peut plus humaines à tous points de vue, et il ne leur manque que les occasions pour pouvoir acquérir les habitudes et les vices de l'homme blanc! Ellen White ne commente pas l'expression : "certaines races d'hommes." Elle ne donne aucun détail quant à la façon dont les races ont pu se mêler après le Déluge. Elle ne dit pas non plus que ces mélanges postdiluviens étaient des "crimes vils." Il nous faut seulement noter qu'elle déclare simplement que les amalgames ont produit des races d'hommes, et non des races mi-humaines, mi-animales.
  4. 4. Un ouvrage en 4 volumes, paru entre 1870 et 1884 sous le nom de Spirit of prophecy, porte le sous-titre : The great controversy between Christ and Satan (La grande controverse entre Christ et Satan), à ne pas confondre avec The great controversy (en français, La tragédie des siècles) qui est un développement du quatrième volume. Dans le premier volume, les deux passages concernant les amalgames ont été réimprimés dans leur contexte original.