La passion insensée de la vérité

Hommage à Umberto Eco (1932-2016)

Umberto Eco

À la fin du roman Le Nom de la rose publié en 1980 par Umberto Eco, éminent sémioticien italien décédé en février dernier, le héros Guillaume de Baskerville, à l’abri des flammes qui ravagent le monastère, tient les propos suivants à son disciple Adso de Melk. Ces mots d’une profonde pertinence n’ont hélas rien perdu de leur force :

« L’Antéchrist peut naître de la piété même, de l’excessif amour de Dieu ou de la vérité […] Redoute, Adso, les prophètes et ceux qui sont disposés à mourir pour la vérité, car d’ordinaire ils font mourir des multitudes avec eux, souvent avant eux, parfois à leur place […] Le devoir de qui aime les hommes est peut-être de faire rire de la vérité, faire rire la vérité, car l’unique vérité est d’apprendre à nous libérer de la passion insensée de la vérité. Jorge a accompli une œuvre diabolique parce qu’il aimait d’une façon si lubrique sa vérité qu’il osa tout, afin de détruire à tout prix le mensonge. »

Umberto ECO, Le Nom de la rose, Nouvelle édition revue par l’auteur et augmentée d’une Apostille, Paris, Grasset, 2012, p. 696.

Voir également l’hommage rendu à Umberto Eco par le théologien et philosophe Hanz Gutierrez, professeur et doyen de la Faculté adventiste de théologie de Florence. Il est aussi le directeur du CECSUR (Cultural Center for Human Sciences and Religion) de Florence : Sign, Text and Reader – Implications for Adventism.

Crédit photo: ARTE