Ordination de la pasteure Ellen White : sources historiques

Concile international de San Antonio 2015Les documents présentés dans le diaporama qui suit apportent un éclairage important aux discussions sur l’ordination des femmes au ministère pastoral dans l’Église adventiste. À la différence des croyants issus de la francophonie, qui le plus souvent parlent de « consécration », le monde anglophone adventiste a recours au lexique de l’« ordination ». Les termes sont ici synonymes.

Comme l’ont révélé les récents débats du concile international de San Antonio, le sujet divise actuellement la communauté. Selon une majorité d’universitaires adventistes, la pratique de l’ordination au ministère pastoral, jusqu’alors en usage dans l’Église, n’a pas d’assises néotestamentaires fiables. Il s’agit, purement et simplement, d’une tradition historique très antérieure à l’émergence du mouvement adventiste. Cette conclusion vaut également pour l’ordination masculine. D’un autre côté, en dépit d’une absence de définition fondée sur des bases scripturaires, une importante proportion de délégués au synode de San Antonio ont voté de poursuivre la pratique de cette tradition, en refusant toute pratique alternative dans les diverses régions du monde. Ainsi, ce vote n’ouvre aucune possibilité aux femmes pasteures d’être reconnues dans leur fédération en tant que pasteures consacrées.

Dans cette perspective, il est utile d’interroger les origines du mouvement. Paradoxalement, s’il est indéniable que beaucoup d’hommes ont marqué l’histoire adventiste, cette réalité concerne tout autant les femmes, dont beaucoup exerçaient un authentique ministère pastoral, souvent seules responsables des églises, tant au niveau local que régional. Leur rôle, y compris dans le baptême des croyants, était en tout point identique à celui de leurs collègues masculins. A cela près qu’aucune cérémonie d’ordination n’était célébrée.

Comme en témoigne éloquemment les documents ci-dessous, Ellen White fut une pasteure consacrée de l’Église adventiste. Une précision s’impose, elle ne fut pas simplement considérée comme pasteure consacrée. Elle le fut. Cette indiscutable donnée questionne l’interprétation du concept d’ordination et sa pratique dans l’histoire adventiste. Doit-on penser que la pasteure Ellen White n’était pas totalement consacrée du fait de l’absence d’un geste, d’une imposition des mains ? Alors que son Église la reconnaissait officiellement ? Le toucher d’une main ajouterait-il une plus value sacrée, et à ce titre indispensable, à cette reconnaissance ecclésiale ?

Ministerial Credentials (October 1, 1883) Ministerial Credentials (December 6, 1885) Ministerial Credentials (December 27, 1887) Ministerial Credentials (March 7, 1889) Ministerial Credentials (June 14, 1909) Ministerial Credentials (June 12, 1913)

En juillet 2015, des délégués se sont opposés à l’idée d’une ordination au ministère pastoral. Cela pour des femmes ayant pourtant choisi de consacrer leur vie tout entière à servir Dieu, la famille humaine et l’Église, en tant que pasteures. Plus encore, il s’agissait de refuser aux régions du monde qui le souhaitent, d’ordonner les femmes à ce ministère au même titre que les hommes. Ces délégués ont fait ce choix à travers un vote dont des administrateurs entendent, depuis lors, imposer une application universelle. Dans une toute autre perspective, la Scandinavie, les Pays-Bas et l’Italie choisissent des itinéraires différents, cependant sur la base des mêmes textes fondateurs.

Le statut de femme pasteure consacrée/ordonnée officiellement fut accordé à Ellen White par l’Église adventiste de son temps. Il témoigne avec éloquence d’une réelle reconnaissance qu’il est nécessaire de prendre en compte pour mieux comprendre cette fragmentation et la riche diversité de l’Église adventiste.

Ellen White en 1905
[Ellen White au bras de son fils William White et de son épouse lors d’un camp-meeting en 1905. Avec l’aimable autorisation de Jacqueline Leslie Trott-Bally et de Ronald Graybill]

Sources : Spectrum/Ellen G. White Estate