Soutenance de thèse - Félicitations au docteur Corinne Egasse

Corinne EgasseLe 20 juin dernier, Madame Corinne Egasse, professeur d’Introduction à la Bible et secrétaire de la Faculté adventiste de théologie (Haute Savoie), a brillamment défendu sa thèse de doctorat en théologie à l’Université de Lausanne. Sa recherche porte comme titre : « Presque tous ont transgressé cet ordre-là ». La pratique du lavement des pieds dans la littérature chrétienne ancienne. Les cinq membres du jury ont à plusieurs reprises félicité Corinne pour la qualité de son travail.

Dès les premiers siècles du christianisme, l’obéissance à l’ordre de Jésus de se laver les pieds les uns aux autres – en imitation du geste qu’il a eu envers ses disciples – a donné lieu à diverses compréhensions et à des pratiques très variées, allant d’un lavement des pieds réciproque entre chrétiens à un rite s’ajoutant au baptême par immersion au cours duquel l’évêque lavait les pieds du nouveau baptisé pour parfaire sa purification. Très vite, semble-t-il, la majorité des chrétiens n’ont plus pratiqué le lavement des pieds que d’une façon symbolique et non corporelle, en prônant une éthique de l’humilité et du service inspirée par le vertigineux abaissement du Christ.

 

"Le geste johannique du Maître lavant les pieds de ses disciples est interprété par Jésus comme un exemple qu’il convient de suivre ou de mettre en pratique, conformément au triple ordre donné en Jn 13.14,15,17. Or lorsque Origène écrit au IIIe s. le premier commentaire du quatrième Évangile, il constate que « presque tous ont transgressé cet ordre-là », s’il s’agit de le comprendre littéralement comme le geste de laver les pieds corporels d’un frère. En supposant qu’il ait raison, son « presque » invite à s’intéresser aux (rares ?) chrétiens de l’Antiquité qui pratiquaient physiquement le lavement des pieds, dont on trouve déjà la trace chez les veuves de 1Tm 5.10 qui ont « lavé les pieds des saints ». Nous posons l’hypothèse que l’ordre d’imitation du Jésus johannique lavant les pieds des siens a reçu dans l’Antiquité des réponses variées dont nous établirons une typologie, allant d’une imitation spirituelle par l’enseignement (Origène) à une imitation sacramentelle (Ambroise), en passant par une imitation éthique de l’humilité du Christ (Jean Chrysostome, Augustin, Cyrille d’Alexandrie, Théodore de Mopsueste), dont une variante spécifiquement féminine de préparation des martyrs à la mort (1Tm 5.10, Tertullien). Outre les Pères de l’Église déjà évoqués et plusieurs autres qui ont écrit à propos du lavement des pieds, nous étudierons également un domaine spécifique de la réception antique : la littérature apocryphe, qui renvoie un écho à Jn 13 dans le papyrus Oxyrhynque 840 (IIe s.), dans l’Évangile de Nicodème (IVe s.) et dans le Livre du coq (Ve s.)."

Corinne Egasse