Un manuscrit du XVIe siècle dans la collection personnelle de John Andrews

Depuis son installation au premier étage de la Bibliothèque Alfred Vaucher, le Centre de recherche Ellen White collabore étroitement avec cette bibliothèque et avec les Archives historiques de l'adventisme francophone. Nous publions ici un travail réalisé par Guido Delameillieure, directeur de ces deux institutions et par Xavier Rousset, l’un de ses collaborateurs et également étudiant à la Faculté adventiste de théologie. Le théologien et missionnaire John Andrews était un ami d’Ellen White.
Jean-Luc Rolland

John N. Andrews (1829-1883) était un pionnier du mouvement adventiste. Il était un intellectuel, lisait la Bible en sept langues et prétendait connaître le Nouveau Testament par cœur. Il a joué un rôle important dans l’organisation de l’Eglise, dans l’évangélisation et dans le développement de la théologie adventiste. Sa bibliothèque personnelle (env. 750 livres) est conservée aux Archives historiques.

ManuscritUn des vieux livres de la collection de John N. Andrews contient plusieurs pages d'un manuscrit. Ces feuillets manuscrits, expertisés par M. R. Bodenmann, chercheur à l’Université de Zürich, ont été datés d’entre 1587 et 1603 ! Il s'agit donc d'un document original, écrit de la main d'un réformateur suisse du 16e siècle, Hospinianus de Zürich (1547-1626).

Ces pages constituent tout simplement les notes manuscrites qu’Hospinien a faites dans son propre livre (édition 1587), en vue d’une nouvelle édition qui verra le jour en 1603. Les notes manuscrites, que nous possédons, sont imprimées dans l’édition de 1603, dont un exemplaire se trouve à l’Université de Genève. Notre exemplaire du livre contient également des dizaines de notes en marge, également de la main de l’auteur.

ManuscritLe livre est exposé dans le hall de la bibliothèque. Quelques copies de pages manuscrites l’accompagnent. Pour voir les 18 pages originales écrites au 16e siècle, il faut prendre contact avec l’archiviste (au sous-sol de la bibliothèque).
Guido Delameillieure

Rudolf Wirth dit Hospinianus (Hospinien) 1547-1626

La vie d’Hospinien ne nous est guère connue que par la biographie qu’en a faite le théologien Johann Heinrich Heidegger (1633-1698), laquelle fut publiée en 1681. Bien qu’il ait été très renommé en son temps (Pierre Bayle, dans son Dictionnaire historique et critique de 1697, le qualifie même comme l’un « des plus grands auteurs qui soient sortis de la Suisse »), Hospinien est tombé dans un oubli presque total. Il n’en reste pas moins l’un des grands réformateurs du courant zwinglien.

Hospinien naît à Fehraltorf, un village zurichois, en Suisse. Son parrain est Rudolf Gwalther, lui-même gendre d’Ulrich Zwingli. Son grand-père paternel, déjà, est très engagé dans lutte anticatholique : il est condamné à mort par une diète de cantons catholiques pour avoir participé, en 1524, à une expédition visant à détruire les images et autres statues, contenues dans la Chartreuse d’Ittingen, dans le canton de Thurgovie. Le père d’Hospinien, Adrian Wirth, qui avait contribué à l’opération, est exceptionnellement gracié sous condition de renoncer à se venger, de ne plus dire la messe et avec forte recommandation de pèlerinage à Eisiedeln, un couvent de Suisse centrale qui vénère la Vierge noire. Le grand-père maternel d’Hospinien, portant le nom de Wolf, meurt avec Zwingli lors de la seconde bataille de Kappel, en 1531. On peut donc dire qu’Hospinien boit le lait de la Réforme dès le sein.

Le jeune Rudolf Wirth fait ses études dans les villes de Marbourg et d’Heidelberg, toutes deux en Allemagne. Il revient ensuite en Suisse et rejoint l’Eglise de Zurich, en 1568, où il exerce la fonction de pasteur à Weiach, Hirzel et Schwamendingen. Il devient maître d’école, en 1576, à la Grossmünster (« grande cathédrale », fondée par Charlemagne).

C’est neuf ans plus tard, en 1585, qu’Hospinien publie son premier traité, tiré d’une conférence prononcée devant un auditoire zurichois : Oratio de origine et progressu rituum et ceremonarium (un « discours sur l’origine et les développements des rites et des cérémonies »). Il y expose des thèmes qu’il ne cessera de développer, dans la suite de son œuvre : la simplicité évangélique primitive et l’inévitable décadence du christianisme, au fil des siècles. Il n’hésite pas, au détour d’une analyse, à pourfendre les « papistes », ni à critiquer les Eglises réformées qu’il estime s’être trop assagies, ou donner dans l’erreur. C’est ainsi qu’il a fréquemment maille à partir avec les catholiques, mais aussi avec les protestants luthériens, qui lui seront de farouches adversaires.

En 1588, il est ordonné archidiacre et chanoine, puis pasteur à la Fraumünster (fondée par le petit-fils de Charlemagne) de 1594 à 1623, date à laquelle il tombe dans le gâtisme. Il meurt à Zurich, trois ans plus tard, à l’âge de soixante-dix-neuf ans.

De Origine, progressu, usu et abusu templorum, ac rerum omnium Templa pertinentium. Libri Quinque (1587)
De l’origine, du développement, de l’usage et de l’abus du temple et de tout ce qui s’y rapporte. Cinq livres.

A la guerre « physique », que connurent ses parents et ses grands parents, Hospinien semble préférer la guerre des mots, qu’il ne perd jamais son temps à mâcher. Car le réformateur zurichois possède véritablement la veine d’un polémiste et consacre l’essentiel de son activité littéraire à évaluer, critiquer et attaquer ses adversaires, partisans du culte romain. Ses meilleurs ennemis, si l’on peut dire, sont bien entendu les catholiques qui, au mieux, sont dans l’erreur et qui, au pire, ne sont rien moins que les instruments du diable en personne. D’ailleurs, l’Eglise romaine est tout simplement l’Antéchrist. En son sein, certains se signalent par leur hypocrisie, ce sont les membres de la toute fraîche Compagnie de Jésus, autrement dit les jésuites. Ceux-ci signent leur fourberie par leur vêtement, qui ne porte aucun signe distinctif, contrairement à celui de tous les autres ecclésiastiques : c’est qu’ils ne cherchent qu’à infiltrer, selon Hospinien, le mouvement réformateur pour le miner de l’intérieur.

En 1587, Hospinien publie un ouvrage sur le Temple et tout ce qui y a trait, intitulé De Origine, progressu, usu et abusu templorum, ac rerum omnium Templa pertinentium. Dans un exemplaire de cette première édition (visible ci-contre), l’auteur ajoute des notes manuscrites qui sont reprises dans la deuxième édition, qui paraît 1603. Une réédition, posthume, due à Jean Antoine et Samuel de Tournes, voit le jour à Genève, en 1669.

Hospinien prône, dans cet ouvrage, la simplicité évangélique, qu’il oppose à la pompe du culte romain et aux fastes de l’Eglise catholique. Il lui reproche, en particulier, d’avoir introduit des « nouveautés » dans le culte, en contrefaisant au besoin le vocabulaire antique pour les faire passer pour anciennes et substituant, par là, la tradition à la Parole de Dieu. Cependant, il ne manque pas de critiquer aussi le culte mosaïque qui, selon lui, a davantage été toléré que véritablement voulu par Dieu. Et c’est le Christ lui-même, qui est venu y mettre fin en débarrassant le culte de tout ce qui l’encombrait.

Mû par un idéal de simplicité évangélique, pénétré d’une vision du monde qui lui brosse le drame d’une Eglise, à ses yeux, traîtresse à l’Evangile et scandaleusement décadente, Hospinien ne juge pas son époque avec indulgence et, de fait, son œuvre s’attache surtout à montrer les erreurs et les crimes. Il étudie l’histoire du monde qu’il divise en cinq périodes, qui sont autant d’étapes du dépérissement de la vraie foi. Mais, en 1515, surviennent deux « héros » -Martin Luther et Ulrich Zwingli- qui instaurent le retour à la simplicité évangélique. Les ouvrages d’Hospinien ne révèlent pas une pensée originale, mais plutôt une grande érudition, un énorme travail de compilation et des idées conformes à celles des réformateurs de son temps.
Xavier Rousset

Source : Archives historiques de l’adventisme francophone.