Méditation à Thonon-les-Bains

Date : samedi 18 février 2012

Lieu : Thonon-les-Bains, France

ThononAdresse : « L’Esterel », 9 rue J. Blanchard. 74200 Thonon-les-Bains.
Pasteurs : Daniel Monachini
Téléphone : 00 33 (450) 39 95 69 / 00 33 (450) 81 72 16
Contact : Annie Lorée, jfaniloree@sfr.fr

Samedi 10H30 - Prédication : Le domptage du christianisme

Notre titre s’inspire du chef-d’œuvre de Fédor Dostoïevski Les frères Karamazov dans lequel l’auteur fait parler l’un des personnages d’un bien curieux mérite, celui « d’avoir enfin fini par dompter la liberté et de l’avoir fait pour rendre les gens heureux. » (p. 454). La religion représentée dans le roman par le Grand Inquisiteur, a « dressé » le peuple, l’a « soumis », l’a « rendu tremblant d’obéissance » (p. 451). Notre titre Le domptage du christianisme fait également écho au livre publié en 1984 par Jacques Ellul La subversion du christianisme.

Domptage du tigre

Avec ses mots, Ellen White a aussi écrit son poème Le Grand Inquisiteur, sa subversion du christianisme dans un livre publié en français sous le titre de La tragédie des siècles, cette année 2012 retraduit et édité par Vie et Santé sous le titre Le grand espoir. Cette même année a été choisie par l’administration mondiale adventiste (Conférence générale) pour mieux faire connaître cet ouvrage.

En cette année de promotion, nous croyons utile de rappeler que Le grand espoir s’adresse d’abord à son lecteur, à moi-même qui prend la plume pour rédiger ce billet. Avant de s’adresser à un public que je peux choisir comme cible. L’oublier serait participer de ce que je condamne. Ce serait me donner l’illusion que la subversion n’existe qu’en face. En somme, que j’en suis hors d’atteinte, puisque je n’habite pas la même maison, qu’en faisant le choix de vivre dans un abri, je suis protégé d’un virus qui ne peut infecter que les autres.

Qu’en somme, Babylone est dans une boîte. Que la bête est contenue, localisable. Que le simple fait de ne pas habiter cette boîte, et peut-être de ne pas entretenir de contact avec la boîte, fait de moi un être non concerné.

Pour tenter de vérifier dans quelle mesure le virus est enfermable, j’ai envie d’interroger des textes familiers de la communauté adventiste comme le sont les prophéties du livre de Daniel et de l’apocalypse. Il y est question d’un pouvoir qui se distingue des précédentes tyrannies peintes par Daniel en ce sens que ces dernières étaient précisément localisables. Voire géographiquement identifiables : Babylone, Médie, Perse. Dans l’écrit de Daniel comme dans celui de Jean, le pouvoir sur lequel portera notre réflexion se présente en effet comme un amalgame : argile/fer, ou encore agneau/bête féroce.

Si l’histoire du christianisme montre des forces en présence qui sont assez clairement identifiables par leur violence et leur prétention spirituelle, cette attitude ne se réduit pas à un groupe déterminé. Elle concerne, je le crois en tant que chrétien, d’abord le christianisme. Non pas un groupe dans le christianisme, mais le christianisme lui-même. Il est touché, affecté par cet appétit de violence spirituelle. Cela ne signifie pas à mes yeux qu’il en soit tout entier malade, car cette violence a connu de nombreuses résistances. Mais je crois que c’est justement l’une des forces les plus impressionnantes de ce virus que de s’infiltrer dans tous les disques durs du christianisme : jusqu’au sein même de ceux qui affichent une lecture exigeante de la Bible. Voire d’Ellen White.

Deux formes de transmission du savoir, de la vérité, de Dieu sont décrites par Jean. Nous prendrons soin de relever l’ensemble du lexique utilisé par l’apôtre pour décrire le pouvoir que je nomme ici « virus », enfin ce qu’il dit de l’agneau. Nous méditerons comment le Dieu qui se révèle dans la Bible a choisi de se manifester à l’être humain, comment il aime le rencontrer lorsqu’il l’évangélise, lui transmet la bonne nouvelle. Comment depuis la création le Père rencontre l’être humain. Comment, pour reprendre le titre du livre de Jürgen Moltmann, L’Esprit qui donne la vie rencontre l’être humain. Enfin, comment de Bethléem à la croix, le Fils rencontre l’être humain.

Jean-Luc Rolland

Source image : Les tigres de Sibérie de John Falck, La dépêche du midi, 13 février, 2011.