Il y a 70 ans ... l’horreur

L’insulte adressée au peuple juif, accusé de déicide, constitue l’un des piliers de l’antijudaïsme … osons le dire, chrétien. « Mythe tendancieux », selon le mot de Jules Isaac, l’idée d’avoir crucifié le Christ a nourri la haine et les indescriptibles conséquences que l’on sait. Cette théologie au ras du caniveau semble encore avoir quelques adeptes, à lire ou entendre parfois certains commentaires d’outre-Atlantique. Ce mythe se tapit ainsi même chez quelques-uns de nos correspondants. En ce début d’année 2012, nous nous associons aux commémorations du 70ème anniversaire des rafles de l'année 1942. Nous invitons également à lire le bouleversant Journal d’Hélène Berr réédité en fin d’année dernière.

Journal d'Hélène BerrD'avril 1942 à février 1944, Hélène Berr, jeune étudiante à la Sorbonne en chemin vers l’agrégation de lettres, tient son journal au jour le jour. Les pages qu’elle nous laisse sont d’une remarquable beauté, d'une exceptionnelle qualité littéraire. Hélène y décrit le Paris lumineux qu’elle aime, en même temps que l’horreur qu’elle et les siens vivent sous l’occupation et la déportation. Ses derniers mots, écrits le 15 février 1944, « Horreur ! Horreur ! Horreur ! », sont un pressentiment de l'inéluctable. Arrêtée le 8 mars 1944, elle est déportée à Auschwitz avec son père et sa mère. Elle survit presque jusqu'au bout à l'épreuve, succombant à l'« horreur » à Bergen-Belsen en avril 1945, quelques semaines avant la libération du camp par les forces alliées.

Nous recommandons la lecture de cet écrit superbe pour sa poésie, pour son humanité, pour ses réflexions sur le Christ et la pertinence d’un éclairage sur le chapitre « Le grand inquisiteur » des Frères Karamazov de Dostoïevski.

Le Journal d’Hélène Berr. Préface de Simone Veil, Avant-propos de Patrick Modiano. Paris, Taillandier, Mémorial de la Shoah, 2011.

Commémorations 2012

La commémoration des rafles de 1942 déterminantes dans l'histoire de l'extermination des Juifs d'Europe, ont débuté à Paris au Mémorial de la Shoah, le 27 janvier, date de la libération du camp d'Auschwitz.

Parmi ces rafles, celle du Vélodrome d'Hiver, dite rafle du Vel' d'Hiv (16-17 juillet 1942), fut la plus massive des arrestations de Juifs réalisées en France. Le 17 juillet, en fin de journée, leur nombre s'élevait, pour Paris et la banlieue, à 13.152, selon les chiffres de la préfecture de police.

Rafle du Vel' d'Hiv (16-17 juillet 1942)Cette rafle représente à elle seule plus du quart des 42.000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls 811 reviendront chez eux après la fin de la guerre.

Vendredi 27 janvier, Marc Laffineur, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Défense et des Anciens Combattants, présentait au Mémorial le programme de cette "saison mémorielle 1942-2012", marquée par différentes commémorations et actions culturelles.

Parmi elles, une journée d'études sera consacrée le 24 mars, à "La déportation des Juifs de France et la collaboration d'Etat", suivie, le 27 mars, par des cérémonies liées au départ du premier convoi de Drancy et Compiègne.

Le 22 juillet 2012, aura lieu la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'Etat français et d'hommage aux "Justes" de France.

Enfin, le 13 septembre 2012, une cérémonie se déroulera en hommage aux victimes des rafles en zone non-occupée.

LA RAFLE

"Transmettre des valeurs mémorielles, réaliser des actions envers la jeune génération et assurer des actions culturelles auprès du grand public pour se souvenir", sont au cœur d'un partenariat établi en 2010 entre le ministère de la Défense et le Mémorial de la Shoah.

Sources : AFP / CREW