Ellen White dans la bouche de Pierre Mendès France

En 1994 Guido Delameillieure, actuellement directeur de l’excellente Bibliothèque Alfred Vaucher, publiait un article dans lequel il traitait du pasteur Maurice Tièche, professeur et éducateur adventiste  en tant que conseiller de Pierre Mendès-France.

Pierre Mendès France - Dire la Vérité, Causries du SamediLe court passage au pouvoir (juin 1954 - février 1955) de cet homme politique a marqué la mémoire politique française1. Le 18  juin 1954, Pierre Mendès France est nommé président du Conseil par René Coty,  président de la République française de l’époque. Sa présence à cette fonction, équivalent de celle du premier ministre aujourd’hui2, sera éphémère. Quelques mois seulement plus tard, le gouvernement Pierre-Mendès France démissionnera en février 1955.

Soucieux de se rapprocher de l'opinion publique, il décide de s'adresser chaque samedi soir au peuple français par l'intermédiaire de la radio3. Dans ces Causeries du samedi, il explique sa politique et aborde les grands thèmes de la société4.

Le 18 septembre 1954, il s'adresse tout particulièrement aux cinq millions d'enfants qui ont repris le chemin de l'école après les vacances d'été. Et il leur explique les raisons pour lesquelles il estime essentiel d’aller à l'école. On peut comprendre l'étonnement de certains adventistes ce soir-là, alors que Mendès-France prononce ces paroles à la radio :

La France a besoin d'hommes et de femmes honnêtes et bons, dont la conscience soit aussi fidèle au devoir que la boussole est fidèle au pôle; d'hommes et de femmes qui tiendront, quoi qu'il arrive, pour la justice et la vérité5.

Education, Ellen WhitePresque mot pour mot, le président du conseil citait un texte célèbre du livre Education d'Ellen White :
Ce dont le monde a le plus besoin, c'est d'hommes, non pas des hommes qu'on achète et qui se vendent, mais d'hommes profondément loyaux et intègres, des hommes qui ne craignent pas d'appeler le péché par son nom, des hommes dont la conscience soit aussi fidèle à son devoir que la boussole l'est au pôle, des hommes qui défendraient la justice et la vérité même si l'univers s'écroulait6.

Maurice TiècheL'explication est simple, Pierre Mendès-France demandait parfois à des collaborateurs et à des spécialistes d'écrire les textes de ses discours, une habitude qui se pratique encore beaucoup aujourd’hui. Pour la préparation de son intervention sur le thème de l'école il avait souhaité s’adresser à Maurice Tièche qui, depuis 1950, animait une émission radiophonique hebdomadaire sur l'éducation dans le cadre des programmes de La Voix de l'Espérance7. Maurice Tièche était à cette époque considéré comme un spécialiste dans ce domaine.

Avec beaucoup d’intelligence, la paraphrase de la pensée d’Ellen White insérée dans le discours du président permettait à Maurice Tièche  d’apporter une signature discrète à son travail de consultant auprès de Pierre-Mendès France.

Il y a quelques années, ce même paragraphe d’Ellen White s’est retrouvé en haut de page d’un très important journal espagnol. Dans son édition du 19 mai 2007, le quotidien El Mundo, second journal d'Espagne en matière de tirage (plus de trois millions d'exemplaires par jour, publiait cette même pensée d'Ellen White à la une8.

En 1993, le Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine consacrera un article au pédagogue adventiste :
Tièche Maurice – Pasteur adventiste. Né à Nîmes le 5 mars 1895 ; mort le 17 août 1959. Marié en octobre 1918 à Nelly Delaprès. Après des études supérieures à la Sorbonne et à l’Institut des Sciences de l’éducation à Genève, il devient professeur de littérature et de philosophie au Séminaire adventiste du Salève (de 1931 à 1949). Il y enseigne la littérature, la psychologie et la philosophie. Conjointement il poursuit des recherches, avec Piaget et Brantmey à l’Institut des sciences de l’éducation de Genève. En 1950 il crée les émissions éducatives de « La Voix de l’espérance » (jusqu’à sa mort il y assure régulièrement la chronique éducative). Il donne aussi de nombreuses conférences en France et dans les pays francophones.

Paul Tièche et John Graz, « Tièche Maurice » dans Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, volume 5 « Les protestants ». Paris, Beauchesne, 1993, p. 475.

1. Guido Delameillieure, « Pierre Mendès-France et Maurice Tièche », Revue adventiste, janvier 1994, p. 7
2. Cette appellation sera utilisée jusque 1959. Parmi les présidents du conseil célèbres, on compte des personnalités comme Jules Ferry,  Georges Clémenceau, Léon Blum, Edgar Faure et Charles de Gaulle.
3. Les paragraphes qui suivent s’inspirent très largement de l’article de Guido Delameillieure et s’appuient sur la quasi-intégralité du texte.
4. L’expression « causerie », aujourd’hui tombée plus ou moins en désuétude, signifiait à l’époque discours publique, qu’il s’agisse d’un discours politique ou d’une conférence.
5. Pierre Mendès-France, Dire la vérité : causeries du samedi. Paris, R. Guillard, 1955, p. 29.
6. Ellen White, Education, Dammarie-les-Lys, Editions Vie et Santé, 1986, p. 68.
7. Programme d’émissions, de conférences publiques et d’enseignement à distance d’inspiration adventiste.
8. Ellen White citée par le quotidien El Mundo

A consulter :
Un Lycée porte le nom de l'éducateur adventiste Maurice Tièche : le Lycée Privé Maurice-Tièche, Campus adventiste, 74160 Collonges-sous-Salève, France.
http://www.archivesadventistes.org/blog/tiche_maurice