L'écologie politique: une réécriture de l'écologie adventiste

Fabrice DesplanFabrice Desplan
Sociologue
GSRL / CNRS

Les études des sociologues ont démontré durant tout le XXe siècle que l'on ne peut pas opposer modernité et religion. L'une influence l'autre. Les valeurs religieuses ont participé à faire émerger la modernité. De son côté la modernité a accentué une distance avec les institutions religieuses. Mais il y a des points sur lesquels les problématiques récentes de notre société ne font que relancer des acquis religieux anciens. Tel est le cas de l'écologie politique. Les écolos seraient peu à être d'accord, mais en de nombreux points l'écologie politique est une réécriture de croyances religieuses.

En France les Verts y ont ajouté des questions sociales et éthiques distante de la religion comme le mariage des homosexuels. Mais si on regarde les fondamentaux que l'écologie politique ils sont communs à des positions religieuses. Une meilleure gestion des ressources, le souci des générations futurs, faire de la bonne gouvernance écologique un moteur de croissance, ou encore une amélioration des relations entre les générations sont des points forts de l'écologie politique présents dès les premières heures du judaïsme. Mais aujourd'hui, c'est certainement l'Eglise Adventiste qui est une meilleure représentante de la présence de valeurs religieuse dans l'écologie moderne. On le sait grâce aux nombreuses études américaines et une simple lecture de la profession de foi adventiste, les membres de cette église ont une plus grande espérance de vie quand ils appliquent les préceptes adventistes. Nous l'avons déjà dit sur ce blog, l'adventisme sensibilise grandement ses membres aux problématiques sanitaires et écologiques. C'est en ce sens que j'ai parlé d'une religion de la santé (on peut dire la même chose sur l'éducation). Prohibition de drogue, d'alcool et de tabac, encouragement à l'exercice physique, apprentissage du respect de la nature, le souci de minimiser l'empreinte écologique, l'éducation à la santé, et j'en passe car la liste est longue. L'adventisme créera tout un univers de sens pour sensibiliser ses membres. Il parlera de Gestion chrétienne de la vie. Le libellé est très explicite et a été repris dans les discours écologiques. La gestion chrétienne de la vie n'est rien d'autre que l'Ecologie politique ! Que retenir ? Simplement ce que disait Jean Séguy en 1993 concernant l'adventisme : « les adventistes du septième jour constituent un groupe religieux qui tend à intégrer les principes de l'éthique protestante à ceux de l'éthique sociale et environnementale ». De fait, Jean Séguy parlait « d'Ecologisme adventiste ». Sur ce point, Pierre Cabant note dans sa thèse de doctorat sur « L'Ethique de l'environnement adventiste » que « le concept adventiste de gestion chrétienne de la vie semble préparer les répondants adventistes à intégrer les trois valeurs de base, telles que la sauvegarde de l'environnement, l'équité sociale et le progrès économique, tout en se fondant sur les valeurs religieuses propres à leur confession. Les valeurs sociales et éthiques de l'adventiste n'entreraient pas en conflit avec les objectifs du développement soutenable ».

Cela me permet d'insister sur le fait que l'adventisme en intégrant la Fédération Protestante de France contribue à orienter le protestantisme français vers les préoccupations sociales et environnementales. Ce n'est pas une nouveauté, mais les conceptions adventistes sont les plus en phases avec les défis de l'écologie politique. De fait, l'adventisme est aussi une réponse religieuse ancienne, pertinente aux questions écologiques. Voici qui conduit à affirmer que les enjeux de la modernité ne s'opposent pas en permanence avec les propositions religieuses. Il y a des ponts entre les deux. L'adventisme en est un. Sans jeu de mots négatif il permet une véritable mise au vert de la religion à une époque où l'on voit rouge quand on parle de religion.

Sources : Sociologiser