Des hommes et des dieux, César du Meilleur film de l’année

DVD Blue-Ray Film Des Hommes Et Des Dieux de Xavier BeauvoisSorti l’automne dernier et plusieurs fois récompensé au Festival de Cannes d’un Grand prix, du prix du Jury œcuménique, et du prix de l’Education Nationale, le film Des hommes et des dieux vient d’obtenir le César du Meilleur film français de l’année. Il est actuellement en vente en DVD et Blu-Ray.

DVD Blue-Ray Film Des Hommes Et Des Dieux de Xavier BeauvoisDevant le concert d’éloges reçus par ce film, il peut sembler un peu banal d’en ajouter ici. Je ne suis pas sûr que cette œuvre soit si éloignée que cela de livres tels que Le ministère de la guérison ou encore Jésus-Christ. Cette profonde proximité de pensée m’encourage à me joindre aux témoignages d’émotion et d’émerveillement suscités par Des hommes et des dieux.

Le merveilleux témoignage rendus par les moines de Tibhirine en Algérie, mon amour pour le Maroc, l’expérience exceptionnelle vécue par le réalisateur et les acteurs sur les lieux du tournage, leur volonté de s’immerger dans la vie monastique de l’abbaye de Tamié pour se préparer, tout cela est suffisant pour sortir de chez soi. J’ai donc choisi librement d’aller voir ce film. Sa réalisation est sublime. Les prises de vue - le film a été tourné au Maroc - sont superbes. Comme encore trop fréquemment, le projecteur de la salle de cinéma où je me suis rendu n’était hélas pas vraiment génial. Mais on imagine ce que ce film peut donner avec un excellent projecteur, ou chez soi sur un écran plasma lorsque le DVD - ou mieux encore le Blue ray sortira.

Des Hommes Et Des Dieux de Xavier Beauvois

Des Hommes Et Des Dieux de Xavier Beauvois, Lambert WilsonUn très grand film sur le plan spirituel. Tout d’abord par la beauté du jeu des acteurs. J’ai rarement vu une mise en scène aussi naturelle, un film où les acteurs étaient si humains. Il montre combien on peut avoir un idéal très élevé, des attitudes radicales, mais que tout cela ne pose aucun problème particulier lorsque ce témoignage se vit dans la tendresse, le respect de la différence des autres. Et surtout lorsqu’il est motivé par un amour désintéressé, dans un engagement gratuit. Sans prosélytisme.

Michael Lonsdale et Sabrine OuazaniDans son bloc-notes du Point (30 septembre 2010), Bernard-Henri Lévy partage l’émotion que lui a procurée ce film, dans lequel avec beaucoup de justesse, il discerne un message de sainteté. Il ne s’agit pas d’une sainteté qui nous ferait regarder les moines de Tibhirine comme de super héros spirituels. Des stars comme celle que l’on nous fabrique, ou que nous nous manufacturons nous-mêmes, en pensant que notre admiration remplacera ce que nous ne pratiquons plus. Une sainteté par procuration. Non, celle dont Lévy fait l’écho coûte davantage. Elle est moins spectaculaire. Cette sainteté est l’autre nom de la vie quotidienne, dans sa simplicité, son exigence, sa beauté, son doute, sa paix, son espérance. Comme une certaine presse, le septième art nous encourage trop souvent à nous laisser fasciner par l’exceptionnel. Point de sainteté de spectacle dans Des hommes et des dieux. Le film de Xavier Beauvois nous touche aussi parce que des moines de Tibhérine, il en existe des centaines de milliers d’autres, qui n’en sont d’ailleurs pas tous, des moines. Des hommes et des dieux montre à quel point l’être humain est beau. Dans la simplicité, le prix de son engagement quotidien en faveur d’autrui. On l’a beaucoup dit, et ce n’est pas sans raison, l’une des plus belles scènes du film est le dernier repas. Quelques minutes, d’une sublime lenteur. Seul le Lac des cygnes de Tchaïkovski accompagne le silence des images qui nous montrent le visage d’une humanité authentique. Gratuite, sainte.

Jean-Luc Rolland

Nous reproduisons également un article publié par Arnaud Schwartz dans le journal La Croix.

Le sujet était sensible, le thème ambitieux et profond : la démarche promettait d’être ardue. Étienne Comar (initiateur du projet, scénariste, coproducteur) et Xavier Beauvois (réalisateur) n’ont pas choisi la facilité en évoquant à l’écran la vie des moines de Tibhirine, enlevés puis assassinés au printemps 1996 en Algérie. Avant le dévoilement du film, en mai dernier à Cannes, certains redoutaient qu’il y soit question des circonstances troubles de la disparition des religieux, de les voir otages d’une vaine polémique, après avoir été ceux du terrorisme et des islamistes.

Rien de tout cela dans Des hommes et des dieux. Simplement – si l’on peut dire –, la vie humble de frères cisterciens, vivant l’aventure de la foi en terre d’islam, au plus près des habitants du petit village tout proche, dans un pays peu à peu livré à la violence de la guerre civile. Situé entre 1993 et la date de leur enlèvement, le film met en scène la petite communauté dans la réalité de son quotidien, au rythme des tâches de la vie monastique, dépeinte avec authenticité grâce aux conseils d’Henry Quinson.

Appréhender la foi et les motivations de ces moines

Entre travaux manuels et célébrations, repas silencieux et temps de prière – sans parler des soins dispensés par le précieux Frère Luc, médecin de 82 ans tout entier absorbé par sa mission –, le film révèle l’esprit de Tibhirine en même temps qu’il dévoile l’objet de sa quête.

Des hommes et des dieux ne se contente pas de décrire, mais cherche à appréhender, dans le respect du mystère de la foi, les motivations profondes de ces hommes de paix, de plus en plus exposés, conscients de la menace et incités à partir, refusant de prendre partie entre les « frères de la montagne » (les terroristes) et les « frères de la plaine » (les militaires), soucieux de rester proches du village avec lequel des liens forts s’étaient créés.

Le nœud du film tient en une question : faut-il rester ou partir ? La grande richesse de cette œuvre magnifique est de laisser lentement se déployer la réponse jusqu’à une forme d’évidence individuelle et collective. Une évidence du cœur, pleine de cette densité venue des profondeurs, nourrie d’un ébranlement intérieur et d’un cheminement douloureux qui en font toute la valeur.

Les scènes très fortes de réunions de chapitre, où chaque moine, à sa manière, livre son désarroi ou sa conviction, font surgir sans grands discours toute la complexité humaine, religieuse et morale de ce qui fut accompli. Méditations, psaumes et chants liturgiques accompagnent ce lent mûrissement, cette progression bouleversante vers un martyre envisagé avec lucidité mais pas recherché, que vient éclairer la lecture du testament du P. Christian de Chergé.

Les acteurs se donnent sans retenue à leur personnage

Après Nord (1992), N’oublie pas que tu vas mourir (1995, prix Jean-Vigo, prix du jury à Cannes), Selon Matthieu (2000) et Le Petit Lieutenant (2005), tous deux sélectionnés à la Mostra de Venise, Xavier Beauvois laissait entrevoir l’image d’un cinéaste exigeant, instinctif, généreux, posant sur l’âpreté du réel un regard sans concession, tout en laissant apparaître la fragilité et la richesse de personnages en quête de rédemption.

Avec Des hommes et des dieux – titre inspiré du psaume 82 –, le réalisateur magnifie son art en le tirant davantage encore vers la sobriété. L’acteur qu’il est par ailleurs (pour Jacques Doillon, Philippe Garrel, André Téchiné ou Benoît Jacquot…) a su parfaitement s’appuyer sur le talent de ses comédiens, à qui il n’a pas hésité à demander quelques improvisations mémorables. Comme celle, lumineuse, où Frère Luc (Michaël Lonsdale) parle de l’amour à une jeune villageoise. Ou celle, terrible, livrant un Frère Christophe (Olivier Rabourdin) au doute et à la peur, seul dans sa cellule.

De Lambert Wilson (dans le rôle du P. de Chergé) à Jean-Marie Frin (Frère Paul), de Jacques Herlin (Frère Amédée, qui échappa à l’enlèvement avec Frère Jean-Pierre) à Olivier Perrier (Frère Bruno, qui ne vivait pas à Tibhirine mais s’y trouvait le jour du rapt), tous se sont donnés sans retenue à leurs personnages.

Une œuvre universelle

Tourné au Maroc au mois de décembre 2009, dans la région d’Azrou, le film baigne dans les lumières de l’hiver dans l’Atlas, vibrantes et pâles comme l’espérance, que la directrice de la photographie, Caroline Champetier, a su exploiter à merveille. D’autres fidèles du réalisateur, comme le décorateur Jean-Michel Barthélémy (César du meilleur décor pour Le Prophète de Jacques Audiard) ou l’ingénieur du son Jean-Jacques Ferran, ont contribué à donner au film toute sa force, sa beauté et son ample respiration.

On craint toujours, par excès d’éloge, d’ôter au spectateur une parcelle de l’émotion ressentie devant une œuvre rare. Il faut pourtant bien dire que Des hommes et des dieux en est une, pleine d’une substance universelle, qui interpelle bien au-delà des convictions religieuses. « Qu’est-ce qu’être humain ? Qu’est-ce qui nous fait hommes ? », s’interroge Lambert Wilson, très marqué par l’expérience. Ces moines trébuchant dans la neige et disparaissant dans le brouillard, entourés de leurs ravisseurs, n’ont pas fini de nous accompagner.

Arnaud Schwartz
Source : La Croix