Participation appréciée de missiologues adventistes à Edimbourg
Jean-Luc Rolland, Centre de recherche Ellen White
En juin dernier, des chrétiennes et chrétiens de divers horizons et venant du monde entier célébraient le centenaire de la Conférence mondiale des missions tenue à Edimbourg en 1910. Objectif : examiner ensemble diverses manières de rendre témoignage au Christ aujourd'hui. La communauté adventiste, observatrice en 1910, a répondu à l'appel du comité organisateur de l'évènement.
1910 n'est pas une date confortable pour organiser un colloque mondial sur la nature de la mission chrétienne. Mais ici déjà se pose une brûlante question. Que faut-il entendre par christianisme en ce début de XXe siècle ? A cette interrogation essentielle, les réponses qu'auraient pu apporter, à cette époque, les différentes Eglises ou institutions chrétiennes se réclamant de Jésus-Christ, auraient témoigné des tensions existantes. En leur sein, beaucoup choisissaient d'ignorer la foi du voisin. Voire de la suspecter et d'en nier l'identité chrétienne, comme cela s'exprimera énergiquement, entre les années 1910 et 1930, dans un mouvement protestant nord-américain d'orthodoxie doctrinale, connu sous le nom de fondamentalisme.
Et pourtant, c'est en 1910 que nait à Edimbourg l'espoir d'une réflexion commune, d'une reconnaissance de la foi de l'autre et d'une possible collaboration pour répondre à l'appel du Christ : « Faites de toutes les nations des disciples » (Matthieu 28). Comment, sur quelle base, c'est ce que souhaitaient discuter les 1400 participants réunis en 1910.
Influencée par la devise du mouvement estudiantin « évangéliser le monde au cours de cette génération », la Conférence mondiale des missions de 1910 sera par la suite est considérée comme le point de départ symbolique du mouvement œcuménique contemporain. Un terme qui a pris avec le temps des significations très différentes. Sous cet adjectif, des croyants prient ensemble, lisent les Ecritures, s'écoutent, dialoguent et collaborent à différentes actions sociales, humanitaires, culturelles. Sans nécessairement aspirer à voir la chrétienté perdre sa diversité, la pluralité de ses identités. D'autres estiment devoir aller plus loin, s'organisant au sein d'institutions telles que le Conseil œcuménique des Eglises, un point de vue qui n'est pas partagé par certaines communautés telles que l'Eglise catholique, ou encore l'Eglise adventiste.
D'importantes conférences missionnaires avaient eu lieu auparavant, mais c'est à Edimbourg que seront prises les premières mesures pour institutionnaliser la coopération entre les conseils missionnaires protestants. Cependant, il n'y avait aucun délégué catholique ni orthodoxe présent. Par ailleurs, sur les 1400 participants, seuls 17 venaient de l'hémisphère sud.
Du 2 au 6 juin 2010, une Conférence du centenaire de la Conférence mondiale des missions de 1910, s'est déroulée dans la ville même qui avait accueilli un siècle plus tôt. Pour cette occasion, des chrétiens du monde entier se sont réunis à Edimbourg. Le centenaire offre un espace pour réfléchir à l'importance de la mission aujourd'hui, à la lumière des expériences des cent dernières années et des réalités de la mission chrétienne au XXIe siècle. Partout dans le monde, des Eglises et organisations locales ont prévu une multitude d'ateliers et de manifestations en marge de la conférence. Un processus d'études international et multiconfessionnel a été mis en place pour commémorer la Conférence missionnaire mondiale de 1910 et pour offrir de nouvelles perspectives sur la mission au XXIe siècle.
En juin dernier, des universitaires adventistes ont apporté leur contribution à cette convention historique. Parmi les 250 délégués participant aux commémorations de 2010 étaient présents Cheryl Doss, directeur de l'Institut des missions mondiales de l'Eglise adventiste basé sur le campus de l'université John Andrews située à Berrien Springs, Michigan, et John McVay, théologien spécialiste du Nouveau Testament et président de l'université Walla Walla, Washington. Selon Andrew Anderson, président d'Edimbourg 2010, les adventistes ont été invités à participer en raison de la « contribution remarquable à l'œuvre missionnaire mondiale » apportée par les missionnaires adventistes. Anderson estime que « les adventistes pouvaient apporter à l'événement leurs réflexions sur la manière dont leur propre mouvement a été influencé par le succès remporté par sa mission d'évangélisation mondiale, notamment par la diversité de nationalité, race et langue », ajoutant que « la vision adventiste sur l'avenir de la mission serait particulièrement mise en valeur à Edimbourg 2010 ».
Trois responsables adventistes avaient participé à la Conférence convention initiale de 1910 en tant qu'observateurs. Il s'agissait du pasteur allemand Ludwig Conradi, vice-président de la Conférence générale de l'époque et deux autres pasteurs d'Amérique du Nord. Bien qu'aucun de ces trois pasteurs n'ait été membre officiel de la Conférence de 1910, « ils étaient profondément intéressés par la mission », précise le théologien adventiste Jon Dybdahl, invité du Conseil Mondial des Eglises à participer à l'organisation des célébrations 2010. Dybdahl témoigne être « très enthousiaste d'avoir été invité à participer à cette expérience » et d'être « honoré de représenter les missionnaires de l'Eglise adventiste ». Cent ans après la Conférence de 1910, poursuit le chercheur, « il nous a été demandé de participer à l'organisation et au déroulement de la Conférence 2010 parce que nous sommes perçus comme un élément important de la mission chrétienne internationale ».
Ganoune Diop, directeur d'un centre international de missiologie, a été lui aussi invité en tant que co-président pour la session « Fondations pour la Mission ». Le missiologue dit être « reconnaissant de faire partie d'un projet qui va explorer les moyens de présenter le Christ à nos contemporains ».
Selon les mots de John McVay, la Conférence d'Edimbourg 2010 « a donné l'opportunité de plonger les regards un siècle en arrière vers la première Conférence mondiale sur les missions et d'examiner le profil de la mission chrétienne et de l'évangélisation dans les années à venir. » Le théologien considère « un honneur de participer à un dialogue d'une telle qualité dans son organisation et son esprit de prière, dans la présence d'autres chrétiens issus d'une grande variété de traditions de foi. »
En dépit des déclarations de ses responsables au niveau mondial reconnaissant toute organisation qui élève le Christ devant les hommes « comme faisant partie du plan divin pour l'évangélisation du monde », et tenant en haute estime les chrétiens d'autres confessions qui se sont engagés pour gagner des âmes au Christ » (Working Policy, n°75), cette collaboration connaît un accueil diversifié à l'intérieur de la communauté adventiste internationale. Plusieurs craignent en effet que cette initiative relativise les croyances et ne favorise pas une totale liberté dans l'évangélisation.
Jean-Luc Rolland
Site du colloque Edimbourg 2010
Sources : Edinburgh2010.org / COE / ANN
