Thèse de doctorat du pasteur Maurice Verfaillie

FribourgL'identité religieuse au sein de l'adventisme : étude historico-sociale de son évolution et de ses dimensions dans le contexte du religieux en ultramodernité.

Thèse soutenue à l'université de Fribourg le 16 novembre 2009.

En décembre, le BIA annonçait la soutenance de la thèse de Maurice Verfaillie. Ce dernier, pasteur adventiste et ancien secrétaire de l'AIDLR (Association internationale pour la défense de la liberté religieuse), actuellement en retraite près de Gland, n'a jamais cessé d'être un homme d'étude et de réflexion. A 75 ans, il vient de soutenir une thèse de doctorat en science des religions à la faculté des lettres de l'université d'Etat de Fribourg pour laquelle il a reçu la mention "Summa cum laude". (Ndlr: "Avec la plus haute louange": distinction la plus haute pour un doctorat). Cette thèse est une étude historico-sociale de l'identité religieuse au sein de l'adventisme.

Université de FribourgLe jury était composé du professeur Francis Python, doyen de la Faculté et titulaire de la chaire d'histoire; de Jean-Paul Willaime, historien et sociologue, directeur d'études à l'École pratique des Hautes Études, section des sciences religieuses à la Sorbonne; du professeur Richard Friedli, sociologue et anthropologue; de Mariano Delgado, professeur d'histoire du christianisme à la faculté de théologie catholique de Fribourg, et du professeur Oliver Krueger, successeur de Richard Friedli.

Pourriez-vous nous donner les objectifs principaux dans l'élaboration de cette thèse sur « l'identité religieuse au sein de l'adventisme » ?

Maurice Verfaillie : Depuis les années 1980, la question du religieux et des identités religieuses suscite plus particulièrement l'intérêt des sociologues des religions, des historiens, des milieux intéressés au droit des religions, et même de nombreuses personnalités du monde politique engagées dans la résolution des conflits. Dans le même temps, en Europe occidentale, la perception publique de l'Eglise adventiste a changé et change encore. Elle n'est plus systématiquement identifiée aux « milieux sectaires ». Elle n'est plus théologiquement discréditée comme une « secte millénariste ». Ce recentrage des études sur la question des identités religieuses et cette mutation dans la considération accordée à cette Eglise ont favorisé la tenue en mai 2007 d'un colloque à Paris qui lui était consacré et justifié la publication des interventions des participants sous le titre, "Ces protestants que l'ont dit adventistes" (Paris, L'Harmattan 2008). La question est donc actuelle. Cependant, mon intérêt pour les questions autour d'une "identité religieuse au sein de l'adventisme" remonte plus loin, de même que les premiers pas de ma recherche autour de ce sujet. Le contexte évoluant, je désirais d'autant plus laisser une contribution dans les milieux de la recherche universitaire. Une sorte de mémoire vivante, sous la forme d'une étude précise alliant la sociologie religieuse, l'histoire et la théologie, autant que l'observation participante des mutations et des changements dans la théologie de cette Eglise, de son paradigme au sein du protestantisme, avec les implications spirituelles et les tensions que cela engendre. J'espère avoir contribué modestement à mieux faire comprendre quelle est sa réalité.

Quelle a été votre plus belle découverte dans la préparation de cette thèse ?

FribourgJe ne parlerai pas "de belle découverte", mais d'un constat : comment des individus peuvent exercer dans le cours du temps leur influence dans un sens ou dans l'autre sur l'histoire d'un milieu religieux, sur celle de communautés locales ou celle de personnes; comment ils deviennent les acteurs d'axes de construction d'identités religieuses en tension entre elles au sein de l'Eglise adventiste sous deux formes : une "identité-projet", c'est-à-dire une identité religieuse animée par une dynamique de mouvement, marquée par une ouverture d'esprit face aux évolutions dans la compréhension des enseignements de l'Evangile et aux hommes, et une "identité-repli", c'est-à-dire une identités religieuse axée sur un conservatisme religieux, sur les différences, la séparation, l'élitisme, ne manifestant que peu d'intérêt pour le monde, peu ou pas de relations avec nos sociétés modernes.

Je tiens à souligner ici que mon travail a été motivé tant par des raisons personnelles qu'objectives. D'une manière objective, la méthode de cette étude devrait permettre une réflexion, non seulement pour le développement futur de la pensée adventiste (théologie, croyances, culture, mentalité), mais aussi pour l'évolution de cette Eglise dans la société et son avenir en son sein. Du point de vue personnel, en tant que chrétien adventiste, comme pasteur imprégné par l'Evangile, raisonnant aussi du point de vue de l'histoire et de la sociologie, j'ai entendu au long de ma vie me mettre au service des hommes, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'adventisme. J'ai toujours voulu me garder de donner aux enseignements de l'Evangile un caractère institutionnel et de me couper des hommes.

Pourriez-vous nous donner les thèmes principaux de la thèse ?

Cette étude n'est pas composée de "thèmes". Elle n'a qu'un seul objet : l'identité religieuse au sein de l'adventisme. Cette identité n'est pas "l'essence" de l'adventisme qui se trouve dans la personne du Christ, l'Eschatos, "l'alpha et l'omega" (Ap. 1. 8), "l'initiateur de la foi et qui l'amène à son accomplissement" (He 11. 2). L'identité religieuse au sein de l'adventisme traduit socialement une "spiritualité de l'attente" (Richard Lehmann). Elle se construit sous l'influence de facteurs qui constituent ses dimensions : dimension culturelle, dimension communautaire, dimension spirituelle et dimension éthique. Chaque facteur interagit sur les autres. Ces différents aspects charpentent cette thèse, avec pour analyseurs/catalyseurs dans le processus d'évolution de cette identité l'engagement dans la promotion de la liberté de conscience et de religion et le cas de l'adhésion de l'Eglise adventiste à la Fédération protestante de France en 2006. Il existe donc, non pas une "identité religieuse au sein de l'adventisme", mais des identités religieuses reliées entre elles par le lien de la solidarité et de la fraternité impulsé par l'attachement au Christ et la reconnaissance des uns et des autres au sein d'une même organisation, instrument et non fin, l'Eglise adventiste du septième jour.

Quelle est l'idée centrale de la thèse que vous aimeriez que le lecteur retienne ?

Je ne dirai pas que je souhaite que le lecteur ne retienne que celle que j'avance, c'est-à-dire, que l'histoire de l'Eglise adventiste du septième jour nous fait parcourir un itinéraire dans la formation de ses croyances, avec leurs évolutions et leurs changements. Cet itinéraire est en même temps la trajectoire d'une identité religieuse, qui peut soit demeurer vivante, soit se formaliser sur des acquits figés. D'une générale, au sein de cette Eglise, l'identité religieuse peut se définir sous la forme de deux modèles paradoxaux : "changement et continuité" et "force et fragilité".

Avez-vous un message à transmettre aux futurs lecteurs de la thèse ?

Avec cette recherche, j'ai voulu dépasser les simples souvenirs subjectifs, en tentant de comprendre le contexte, les processus et les structures d'un groupe religieux donné, tel que l'Eglise adventiste, de sorte que l'approche historique, sociale et biblique se complètent. J'ai voulu analyser les divers facteurs qui entrent en jeu dans la construction et le développement de l'identité religieuse au sein de ce courant du christianisme. Toute approche, même la plus intellectuelle reste quelque part subjective et sélective. J'ai essayé autant que possible de dépasser ces déformations de choses en recourant dans la mesure des moyens à ma disposition aux sources susceptibles de justifier ce que j'ai écrit. Mais la nature humaine n'est pas infaillible.

Pouvons-nous connaître la date officielle de la sortie de la thèse ?

Elle sera accessible à partir de la fin du mois de mars. D'une part, dans les bibliothèques universitaires et cantonales (par les soins de l'Université de Fribourg); d'autre part, des exemplaires ont été demandés par la bibliothèque de la Faculté adventiste de théologie de Collonges-sous-Salève.

Sources : Dominik Frikart, site de la FSRT, 10 mars 2010 / BIA