Genève 2009 : l'Eglise adventiste partenaire de l'OMS
Entre la fin de juin et le début de juillet 2009 s'est tenu à Genève un colloque organisé conjointement par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la communauté adventiste internationale, représentée par son président ainsi que des chercheurs qui se sont déplacés du monde entier pour l'occasion.
Les lignes qui suivent, publiées dans le numéro de septembre 2009 de la Revue adventiste, est un résumé du discours d'ouverture du président Paulsen. Selon le pasteur, le modèle de relations humaines « trouve son commencement et sa fin dans l'identification radicale du Christ avec l'humanité. » La foi ne peut s'exprimer dans la fuite, le repli identitaire, dans l'isolement. Paulsen s'appuie à ce propos sur la pensée de son professeur, le théologien Jürgen Moltmann, pour lequel la ressemblance à Dieu « ne peut se vivre dans l'isolement. Elle ne peut se vivre que dans la collectivité humaine ». Dans la solidarité avec l'humanité blessée et souffrante. Le président Paulsen appelle sa communauté à davantage de responsabilité.
La guérison du Christ dans un monde en changement
Jan Paulsen
Les 19e et 20e siècles ont vu la montée des « prophètes de la sécularisation » - ces sociologues et penseurs politiques qui ont prédit le déclin de la foi religieuse en tant que force dans la société. Ils ont simplement pris pour acquis que plus les gens sont exposés aux progrès économiques, scientifiques et politiques, plus rapidement ils secouent les chaînes démodées de la foi. La mort de la religion ne serait donc qu'une simple question de temps.
Cet avis de décès, toutefois, était prématuré. Nous nous retrouvons aujourd'hui dans un monde où les croyances religieuses constituent une force significative et, en de nombreux endroits, une force croissante dans la société. Par conséquent, les sociologues sont maintenant plus enclins à parler d'un siècle « post-sé-cularisé » plutôt que de la « théorie de la sécularisation ».
Mais le 21e siècle possède une autre force considérable, une force que les dernières décennies ont entièrement produite. Contrairement aux croyances religieuses, elle vient de voir le jour, elle est fragile, elle n'a que quelques amarres dans le passé : je parle du processus de la mondialisation, lequel recrée les structures sociales de l'humanité dans un laps de temps stupéfiant. La mondialisation agit comme un « système de transport » vaste et dynamique transportant les idées, les valeurs et les gens pour les déposer n'importe où, partout. Désormais, privée, religieuse ou séculière - ne reste intouchée.
La mondialisation est un fait ; elle se produit ; elle est inévitable ; on ne peut en connaître ses ultimes conséquences. De même, la religion est une réalité qui fait partie du décor. Elle est ici, et s'avère être une force puissante dans la vie des individus et dans les sociétés. Ces deux forces - mondialisation et religion - vivent ensemble, interagissent entre elles, et sont souvent entrelacées.
Des valeurs propres à guider
Pour le département du Ministère de la santé de l'Église adventiste - lequel se penche sur le paysage mondial changeant où s'accomplit leur mission - il s'agit là de questions lourdes de sens.
Tandis que nous marchons dans l'avenir, notre engagement, à coup sûr, demeure fort. Nous continuons à donner une grande priorité aux soins de santé en initiant des projets, en nous impliquant dans le financement et le fonctionnement grâce à notre réseau de plus de 600 hôpitaux, sanatoriums, cliniques et dispensaires, à nos programmes de nutrition et autres programmes sanitaires, à notre promotion du végétarisme et d'une vie sans alcool ni drogues.
Bien que notre engagement soit clair, je crois qu'il est temps de réfléchir plus profondément aux valeurs qui devraient nous ancrer tandis que nous marchons sur le terrain mouvant de notre monde en changement. Mais allons plus loin encore en nous demandant quelles valeurs, quelles marques uniques, nous pouvons, en retour, laisser sur ce terrain.
Nous devons nous demander : à quoi ressemble une approche distinctement adventiste du Ministère de la santé ? Qu'offre-t-elle qui ne soit déjà offert par tout autre organisme alternatif ?
Considérons brièvement quatre fils de pensée tissés à même le patrimoine et l'identité adventistes - fils qui sont au cœur du Ministère de la santé de notre Église et qui continuerons, je l'espère, de nous guider dans l'avenir. Bien qu'ils ne constituent évidemment pas une liste de valeurs limitée, ils peuvent éventuellement servir de point de départ à une conversation continue.
La théologie des relations
« Car j'ai eu faim et vous m avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger et vous m'avez recueilli ; nu et vous m'avez vêtu, j'étais malade et vous m'avez visité, j'étais en prison et vous êtes venus vers moi. » (Matthieu 25:35,36)
Pour nous, adventistes, notre modèle de relations humaines trouve son commencement et sa fin dans l'identification radicale du Christ avec l'humanité. Une conception individualiste, centrée sur elle-même, est totalement en désaccord avec le Sauveur qui, lui, sortait pour rendre la vue aux aveugles, guérir les lépreux, et consoler une femme émotionnellement brisée.
Il est impossible d'exprimer notre foi, notre désir d'imiter le Christ, en nous isolant ; nos valeurs et nos croyances ne trouvent leur véritable signification que dans le contexte des relations humaines. Comme le disait Jürgen Moltmann, mon ancien professeur, « La ressemblance à Dieu ne peut se vivre dans l'isolement. Elle ne peut se vivre que dans la collectivité humaine » (J. Moltmann, God in Creation, p. 222).
Par conséquent, vivre en relation avec les autres veut dire que vos problèmes ne sont pas seulement les vôtres : ce sont aussi les miens. Cela veut dire posséder un sentiment de solidarité avec l'humanité qui me rend également sensible à ses blessures et à ses souffrances.
Vivre en relation avec les autres, c'est considérer les grands problèmes de la société comme des problèmes humains collectifs. Je me mets à constater que la pauvreté, par exemple, n'est pas due au hasard ou à une chance arbitraire. Si je vis dans le confort et qu'un autre vive dans la détresse, pourrait-il y avoir une relation matérielle entre ces deux conditions ? Peut-être. En admettant ceci, mon sens de l'isolation diminue et le sens de ma responsabilité envers les autres augmente.
Maintenant, comment cette valeur va-t-elle s'exprimer au sein du Ministère de la santé ? En nous plaçant délibérément à ces endroits où il y a des « fossés » dans l'accès aux soins de santé ; en offrant un service qui ne tienne pas compte du contexte religieux, économique ou culturel d'une personne, en évitant une pensée « paroissiale » lorsque nous formons des partenariats créatifs avec ceux qui, comme nous, ont pour objectif de soulager la souffrance humaine - qu'il s'agisse d'une agence gouvernementale, d'une autre organisation confessionnelle, d'une église locale ou d'une mosquée. Cela veut dire être motivé par un amour qui se donne, et non par l'appât du gain ou l'augmentation de l'influence.
En définitive, vivre en relation avec autrui signifie ceci : « Quand nous verrons des êtres humains en détresse, qu'il s'agisse d'un malheur ou des conséquences d'une faute, nous ne dirons pas : Ceci ne me regarde pas. » (Ellen G. White, Jésus-Christ, p. 500)
Théologie de la dignité humaine
« Dieu dit : Faisons l'homme à notre image selon notre ressemblance ». (Genèse 1:26)
Peu importe ce que signifie Imago Dei - et qui en a une définition complète ? - elle touche la personne tout entière. Dieu nous a créés à son image - physique, spirituelle, morale, sociale, émotionnelle.
Mais pour les adventistes, la valeur infinie de chaque personne ne dérive pas que de cette empreinte du divin donnée à la création. La dignité humaine ne provient pas seulement de nos origines, mais aussi de notre potentiel et de notre destinée. Ce concept modèle profondément notre façon de traiter nos semblables. Dans tous nos ministères de guérison, nous voyons dans chaque personne non seulement « ce qu'elle est », mais aussi « ce qu'elle peut devenir ».
Ceci veut aussi dire que nous devons, de temps en temps, avoir le courage d'entrer en lice, de reconnaître et de condamner les structures ou pratiques qui diminuent la dignité de nos semblables. Cet aspect n'a rien de nouveau pour nous. Écoutez les paroles d'Ellen White : « L'esclavage, le système des castes, les préjugés raciaux iniques, l'oppression du pauvre, la négligence envers l'infortuné - toutes ces choses sont présentées comme non chrétiennes, comme une sérieuse menace au bien-être de la race humaine, et comme des maux que Dieu ordonne à l'Église du Christ de vaincre. » (Life Sketches of Ellen G. White, p. 473) Disons-le simplement : reconnaître l'image de Dieu dans l'humanité signifie que nous évaluons nos semblables par-dessus toute autre chose - et cette prémisse fondamentale dirige tout ce que, en tant qu'Église, nous sommes et faisons.
Théologie de l'espérance
« Voici, je fais toutes choses nouvelles. » (Apocalypse 21:5)
L'espérance est un grand thème, une partie essentielle de notre génétique spirituelle. Mais pour nous, l'espérance ne fait pas que pointer vers le grand épilogue de l'histoire humaine - vers le « ce qui doit venir ». L'espérance est la lentille par laquelle nous voyons le passé, le futur, et le présent.
Notre espérance jette un regard en arrière sur la réalité de la mort et de la résurrection du Christ. Elle y trouve sa pierre de touche. C'est une espérance qui attend avec impatience le moment de l'ultime transformation - lorsque toutes choses seront faites nouvelles - et qui trouve là son idéal, sa motivation. C'est une espérance qui s'ouvre aux réalités que nous rencontrons aujourd'hui et qui demande : Que pouvons-nous faire pour commencer à combler la lacune entre ce qui est et ce qui sera ?
Certains ont émis des critiques, à juste titre, d'une perspective eschatologique qui ne sert qu'à nous réconcilier avec les misères actuelles - une « léthargie apocalyptique ». Mais pour les adventistes, le renouveau de toutes choses n'est pas qu'un événement futur dans l'histoire ; c'est un processus de renouveau qui commence maintenant. L'attente de la « bienheureuse espérance » n'est pas un exercice passif, mais quelque chose qui exige l'action dans le présent.
Le Ministère de la santé de l'Église adventiste se rapporte surtout au réveil de l'espérance - physique et spirituel. Bien que les besoins physiques soient souvent les plus apparents, ils sont indivisibles des besoins émotionnels et spirituels. En traitant le corps, nous ne devons jamais ignorer l'esprit. Or, le besoin le plus fondamental de l'esprit, c'est l'espérance.
Théologie de la plénitude
« Le corps est semé corruptible ; il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force ». (1 Corinthiens 15:42,43)
Dans la mort et la résurrection du Christ s'étalent distinctement devant nous les contradictions extrêmes de l'expérience humaine : la puissance corrosive du péché et la puissance créatrice de Dieu ; la décadence de l'humanité déchue et la capacité de Dieu de renouveler et de transformer ; l'agonie de la séparation d'avec Dieu et le triomphe de Dieu réclamant ce qui lui appartient. Dans la mort et la résurrection du Christ, cette dialectique entre décadence et plénitude fournit une démonstration incomparable de la puissance créatrice et rédemptrice de Dieu.Tirer la plénitude de la décadence, la guérison de la maladie, trouver la paix dans le chaos, apporter la lumière dans les ténèbres - c'est là la mission confiée aux disciples du Christ.
Pour les adventistes, la « plénitude » comporte une autre dimension. Notre spiritualité embrasse la vie humaine entière ; elle reconnaît que « les rapports entre l'esprit et le corps sont très intimes » (Ellen G. White, Le ministère de la guérison, p. 207), que notre vie ne se répartit pas en « segments » où la santé physique n'est qu'une simple « pièce » pouvant être séparée de la totalité de notre existence.
Notre approche de la santé ne se limite pas au traitement des maladies, à la définition de ce qu'il faut manger ou boire, ou à la formation de professionnels de la santé ; elle est un concept englobant tout ce qui contribue à la plénitude de l'existence humaine.
Le Ministère de la santé est, par conséquent, indivisible de notre engagement à l'éducation, aux droits de la personne, à l'œuvre humanitaire, au soin de l'environnement, à notre désir d'être une force pour le bien dans nos collectivités. Tous ces engagements trouvent leur commencement et leur fin, leur signification et leur objectif dans notre mission spirituelle, laquelle donne vie et force à tout ce que nous faisons en tant qu'Église.
Une belle vie
Aujourd'hui, nous nous tenons au bord d'un nouveau monde que nous ne pouvons encore imaginer pleinement, où les plateaux changeants de la technologie, de l'économie et de la politique recréent encore notre paysage mondial.
À quoi demain ressemblera-t-il ? Je ne sais pas. Mais je sais qu'il ne faut pas en avoir peur.
Et quel sera l'impact du Ministère de la santé ? Je prie pour qu'ils tiennent fortement à leur engagement à créer une relation, à promouvoir la dignité humaine, à offrir l'espérance et la plénitude, et pour qu'ils continuent, de multiples façons, à aider les gens à parvenir à une « belle » vie.
Dans ce simple mot « belle » repose toute une gamme d'idées - la capacité de vivre pleinement, d'aimer profondément, de respirer librement, de faire l'expérience de la joie et de l'absence de la peur, de connaître une espérance qui existe en dehors des frontières de ce qui est fini et qui nous emmènera dans l'éternité de Dieu. C'est la belle vie que le Christ a en réserve pour nous ; c'est ce qui définit la mission qui nous a été confiée.
