Les adventistes en dialogue avec l'OMS - Conférence mondiale sur la santé à Genève

Une Conférence mondiale sur la santé et le style de vie s'est déroulée à Genève du 6 au 11 juillet 2009. Plus de 140 professionnels de santé venus du monde entier ont présenté les résultats de leurs travaux et recherches lors de séances plénières. 16 ateliers ont également été proposés aux différents participants.

La première journée (6 juillet) s'est déroulée au siège de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), où Anarfi Asamoa Baah, directeur général de l'OMS, et Namita Pradhan, son assistante, ont insisté sur l'importance du partenariat d'associations avec cet organisme de l'ONU.
Du 7 au 11 juillet le programme s'est déroulé dans le bâtiment Uni-Mail de l'Université de Genève. Cette conférence était organisée par le département de la santé de l'Église adventiste mondiale, dont le siège est à Silver Springs (Maryland).

Parmi les orateurs intervenus à la Conférence se trouvaient : Anarfi Asamoa Baah, directeur général de l'OMS ; Manoj Kurian, le professeur Dr. David Williams, Université de Harvard ; Dr. Albert Reece, Doyen de l'École de médecine de l'Université du Maryland, Alex Ross, directeur pour le partenariat de l'OMS ; le professeur Dr. Gary Fraser, de l'Université Loma Linda en Californie; Charles Sandefur, le président de l'Agence adventiste d'aide et de développement ADRA International ; le pasteur Jan Paulsen, président de la Conférence générale de l'Église adventiste et le Dr. Alllan Handysides, directeur du Département de la Santé de la Conférence générale de l'Église adventiste.

Cette initiative du docteur Allan Handysides souhaite soutenir les objectifs de l'OMS présentés dans sa déclaration faite à Alma-Ata (Russie, Kazakhstan) en 1978 et complétés par son rapport sur les défis de santé à l'échelle mondiale de 2008. Cette grande manifestation veut promouvoir un style de vie positif qui contribue à la qualité de la vie et des soins médicaux.

Site web de la conférence : HealthLifestyleConf.com

Source : CG/BIA

Les organisations religieuses assurent 40% des soins dans le monde. Issus de 90 pays, des centaines d'Adventistes du septième jour sont venus à Genève pour évaluer les possibilités d'un partenariat avec l'agence onusienne. Les risques de dérapages existent. Des gardes fous sont nécessaires.

Alliance contre-nature ou judicieux mariage de raison ? L'Organisation mondiale de la santé (OMS), dirigée par 193 États membres, travaille étroitement avec les organismes religieux pour implanter les principes de santé publique dans les régions les plus pauvres du monde. Si les finalités de tels partenariats semblent évidentes, des questions de fonds restent en suspens. Alors que l'OMS veut faire passer un message strictement pragmatique, certaines Églises ne conçoivent pas de santé sans Dieu. Des centaines de membres de l'Église adventiste du septième jour (l'une des plus vastes communautés protestantes née au milieu du XIXème siècle aux Etats-Unis) rencontraient en juillet dernier à Genève des experts onusiens pour évaluer les termes d'une collaboration.

« Les organismes religieux de toutes les confessions assurent 40% des soins dans le monde. Depuis plusieurs années, nous les incluons dans nos stratégies de santé », reconnaît Ted Karpf, responsable des partenariats à l'OMS. « Notre démarche avec les Adventistes du septième jour s'inscrit dans cette perspective. Ils sont 25 millions de membres et possèdent plus de 5'000 hôpitaux, surtout dans les pays pauvres. Avec une hygiène de vie exemplaire ? pas d'alcool, pas de café, pas de cigarettes, pas de viande ? leur message sur la santé est très cohérent. De plus, ils ont développé un système de communication très sophistiqué, via des satellites, qui leur permet de toucher les régions les plus reculées et les plus défavorisées. Une telle infrastructure nous est très précieuse ».

La santé n'est pas un instrument de prosélytisme

Certes, mais comment l'OMS s'y prend pour soutenir un agenda de santé tout en se démarquant de la nature religieuse du discours adventiste ? Car pour les Adventistes, comme pour la plupart des mouvements religieux, bien-être physique et spirituel sont indissociables. Alors que, comme le rappelle le docteur Allan Handysides, directeur des ministères de la santé de cette Église, l'agence onusienne s'en tient à des critères scientifiques. « Nos enquêtes sur le terrain ont montré qu'ils n'utilisent pas la santé pour faire du prosélytisme », assure le responsable de l'OMS. « Nous voulons que ces Eglises se développent selon les priorités de l'ONU, notamment les Objectifs du millénaire pour le développement, qui se fixent de réduire la mortalité infantile, d'améliorer les soins de la mère, de combattre le sida, le paludisme et d'autres maladies. A eux de voir jusqu'où ils sont prêts de collaborer. »
Et c'est bien là l'objet du rassemblement de Genève. « Nous ne sommes pas prêts à nous engager dans un partenariat qui implique un contrat légal », affirment de concert Allan Handysikes et son collègue Peter Landless, expert de l'Église sur les questions de prévention de l'alcoolisme et des drogues. « Cette étape est prématurée et impliquerait des concessions incompatibles pour les deux parties. Nous préférons élaborer des collaborations plus souples. » Si l'OMS peut profiter des excellentes infrastructures des Adventistes, ces derniers reconnaissent avoir besoin, à l'ère de la mondialisation, des réseaux et des bases de données de l'agence onusienne. « L'OMS peut nous aider dans le dialogue avec les gouvernements », confirme Peter Landless. « De plus, l'agence a établi des lignes directrices des bonnes pratiques, elle a identifié précisément les besoins dans le monde. Toutes ces données nous sont indispensables pour travailler efficacement. »

Pour Anne-Marie Holenstein, experte sur les questions de développement et religions et consultante indépendante auprès de la coopération suisse (DDC), de tels rapprochements ont leur raison d'être. « L'Eglise adventiste s'inscrit dans la catégorie des Eglises libres, ce n'est pas une secte, relève-t-elle. « Elle présente un intérêt géographique évident. Il s'agit de l'Église protestante la plus largement implantée dans le monde (plus de 200 pays). »

L'experte pose d'excellentes questions. « Leurs membres augmentent de manière très rapide, ce qui signifie qu'ils sont très actifs dans le domaine de l'évangélisation, poursuit-elle. Des organismes tels que la DDC ou l'OMS doivent se poser les bonnes questions et élaborer des gardes fous. Utilisent-ils leurs services de santé pour faire du prosélytisme ? Leurs hôpitaux sont-ils ouverts à tout le monde ? Sur quels critères évaluent-ils la santé spirituelle de leurs patients ? »

« Il s'agit d'un concept philosophique qui n'implique pas de sélectivité dans les soins directs aux patients », précise Ansel Oliver, porte-parole de l'Eglise qui ajoute que le staff est multi-confessionnel. Mais pour Anne-Marie Holenstein, il ne saurait y avoir de collaboration sans accord sur les critères et méthodes de gestion. « Les parties pourraient s'entendre sur les risques potentiels et convenir d'une évaluation en commun, propose-t-elle. C'est dans l'intérêt de tous les partenaires. »

Source : Tribune des droits humains/BIA