Recension du livre "Ces protestants que l'on dit adventistes"
Les ouvrages de présentation générale de l'Eglise Adventiste du septième jour sont rares en France, et cela seul justifierait déjà une attention toute particulière. Issu d'une journée d'étude organisée en mai 2007 pour traiter de son entrée dans la Fédération Protestante de France (mars 2006), cet ouvrage regroupe des études d'universitaires bien connus (tels Jean Baubérot - pour l'Association Internationale pour la défense de la liberté religieuse et sa revue Conscience et Liberté, Jean-Paul Willaime - pour précisément l'intégration des adventistes dans la FPF, ou Sébastien Fath - pour les relations entre les adventistes et les autres protestants) et de chercheurs spécialistes de ce domaine (notamment de Régis Dericquebourg sur le rôle et la réception d'Ellen White, Richard Lehmann sur l'Eglise adventiste en France, Olivier Régis ou Jean-Luc Chandler sur les questions de santé ou l'implantation aux Antilles françaises).
La connaissance en France de l'adventisme demeure trop souvent fragmentaire, voire anecdotique. Il se caractérise par un accent sur l'attente dans l'espérance du retour-avènement de Jésus-Christ (d'où son nom), les prophéties, le respect du sabbat (le samedi) et de la dîme (en réponse à la gratuité de la générosité divine), l'hygiène ascétique (renonciation à l'alcool, au tabac, à la viande de porc) et un grand engagement dans le domaine de la santé. Implanté en France depuis 1877, il regroupe aujourd'hui en métropole 11 500 membres baptisés (après profession personnelle de la foi, ce qui signifie qu'il faudrait multiplier par trois pour avoir une idée plus fidèle du poids démographique). Implantés en Guadeloupe et Martinique à partir des années 1914-1919, les adventistes y comptent actuellement plus de 35 000 baptisés, ce qui explique également l'importance des adventistes afro-antillais en métropole.
L'Eglise adventiste anime un important réseau international : elle est présente dans plus de 200 pays (trois adventistes sur quatre vivent dans l'hémisphère sud) et intervient dans une centaine au travers de son organisation humanitaire, ADRA International (qui soutient notamment 800 institutions médicales et 7 000 établissements scolaires ou universitaires).
Ces études ne cachent pas l'existence d'un décalage entre évangéliques et adventistes, notamment à cause de l'importance des écrits de la prophétesse Ellen White (1827-1915) et l'accent jugé excessif mis sur la Loi de Moïse, trop valorisée par rapport à la grâce en Jésus-Christ. Figure majeure de l'histoire de l'adventisme, Ellen White, qui eut plus de deux mille visions, s'est aussi battue pour l'objection de conscience, l'égalité des races et le développement de l'éducation. Régis Dericquebourg montre que ces visions reposent sur le terreau théologique protestant et que le rôle qui leur a été attribué par ses amis et continuateurs ont permis d'éviter une « seconde révélation » (à la différence des Mormons). Pour autant, il reconnaît que ses visions ont aussi permis d'ajouter des missions extra-bibliques à l'Eglise, telles la préoccupation de la santé (sous la forme de la prévention). Mais elle donne à ces éléments un sens spirituel par rapport au salut en une doctrine cohérente. Innovante à l'intérieur d'une tradition chrétienne millénariste, Ellen White demeure une figure centrale de l'adventisme, même si les adventistes ont acquis une autonomie par rapport à elle : on peut être adventiste sans être forcément whitien.
A coté d'articles fort argumentés, on est d'autant plus surpris de trouver une note qui semble méconnaître l'histoire du protestantisme français (les Baptistes et les Eglises Libres sont entrés dans la Fédération dès sa création ou au cours de sa première décennie, et non « depuis peu », p. 137) et affirme sans preuve que la FPF est une « institution en faillite » (p. 140), qui se construit sur un malentendu théologique et l'opportunité, alors que « la Parole est mise en sourdine ».
Ces jugements à l'emporte-pièce, sans arguments à l'appui, ne doivent pas pour autant nous détourner d'un livre complet et appelé à faire référence, qui permet de mieux connaître un mouvement dynamique et solidaire.
Jean-Daniel Roque
Professeur agrégé d'histoire, Jean-Daniel Roque a été chef d'établissement de 1979 à 2004, et au ministère de l'Éducation nationale, responsable du bureau des programmes d'enseignement puis de la sous-direction des écoles, collèges et lycées. Il a été membre de la "commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics" régies par la loi de 1905, mise en place par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur.
