Réponse au Monde des Religions

Chers Messieurs Vallet et Lenoir,

Je vous écris à la suite du billet de Monsieur Vallet dans votre dernier numéro du Monde des Religions 1. J'en profite pour vous dire combien j'apprécie l'excellence de votre revue. J'enseigne l'histoire du christianisme (XVIIIe et XIXe siècles essentiellement) à la Faculté adventiste de théologie (Haute-Savoie) et je témoigne avec joie combien votre revue, comme plusieurs de vos livres respectifs m'ont fait réfléchir et ouvert l'esprit. Nous les faisons connaître à nos étudiants qui sont invités à les lire. J'encourage beaucoup mes étudiants à lire André Compte-Sponville, dont j'admire aussi la profonde réflexion.

Deux mots au sujet de la photographie de l'adventisme dans ce texte bien sûr un peu court. Je dois dire que je reconnais là un certain visage de ma tradition religieuse. Certains adventistes pensent bel et bien ce que Monsieur Vallet décrit. Le seul problème que j'ai avec ce billet, c'est finalement – et ce n'était sans doute pas l'intention de son auteur – son caractère définitif. L'internaute à qui vous répondez, ainsi que vos lecteurs, sont encouragés à penser qu'il s'agit du seul visage de l'adventisme d'aujourd'hui. Je ne me reconnais moi-même que très partiellement dans cette description. L'adventisme présenté a non seulement beaucoup de rides, mais il ne tient aucunement compte de la pluralité d'opinion qui existe dans cette communauté. Imaginerait-on un tel commentaire sur « le » catholicisme ? Par ailleurs certaines informations sur les croyances adventistes, parfois publiées dans certaines encyclopédies, sont très discutables. Juste un exemple ou deux à propos de la mention de l'interdiction, et des élus adventistes. Entre autres. Parmi les 42 millions d'adventistes – et non 2 seulement - (si l'on inclut aussi les enfants qui participent à la vie de l'Eglise, car comme pour les baptistes, les statistiques ne prennent en compte que les adultes qui ont choisi le baptême), seul un pourcentage estimé à environ 25 % d'adventistes sont végétariens. Le commentaire le plus en contradiction avec notre foi se situe surtout dans la phrase qui déclare que les adventistes « prêchent une fin du monde apocalyptique où les élus adventistes… ». En réalité, le mot le plus inquiétant de votre article est sans doute cet adjectif. Nous ne croyons nullement en un salut réservé à ces chrétiens, pas plus qu'aux chrétiens eux-mêmes, ni limités au croyants. Nous ne croyons pas davantage que le « salut » ne consiste qu'en une promesse eschatologique d'un bonheur ultime et éternel. S'il faut parler de « salut », les adventistes comme d'autres chrétiens, le définissent aussi comme un engagement aujourd'hui pour relever l'être humain et l'aider à retrouver sa dignité, dans tous les domaines : liberté de penser, de manger, d'être soigné, d'être honoré dans sa culture, de ne pas croire, etc.

Dans quelques mois sort chez l'Harmattan un livre édité par des chercheurs du GSRL et du CNRS. Sociologues, historiens, théologiens, s'interrogent sur l'adventisme : Jean-Paul Willaime, Jean Séguy (avant de décéder, il avait participé au colloque organisé par le GSRL dont le livre est la publication des actes), Jean Baubérot, Fabrice Desplan, Sébastien Fath, Régis Dericquebourg, etc. Son titre : Ces Protestants que l'on dit adventistes. J'ai été invité à en écrire un chapitre. A votre entière disposition pour poursuivre le dialogue. Avec toute mon admiration et mon amitié,

Jean-Luc Rolland

  • 1. "Qui sont les adventistes du septième jour ?", in Le Monde des Religions, septembre-octobre 2008, p. 14.