Ellen White déclarée "faux prophète" pour avoir osé parler en public

Certains critiques d'Ellen White entendent démontrer que la vie et le ministère d'Ellen White ne sont pas en harmonie avec le prophétisme biblique. Tout au moins, avec leur définition du prophétisme. Exemple caractéristique et analyse de l'argumentation.

TEST : Les prophètes doivent reconnaître les écrits de l'apôtre Paul comme des commandements.

Si quelqu'un croit être prophète ou inspiré par l'Esprit, qu'il reconnaisse que ce que je vous écris est un commandement du Seigneur. 1Cor.14:37

Madame White suivait-elle les commandements de Paul ? Les temps ont changé depuis l'époque où vivait Paul, et les femmes ont acquis un nouveau statut dans le monde, toutefois si vous voulez interpréter littéralement ce qu'a dit Paul, sans faire quelconque spécial amendement pour la culture en vigueur au premier siècle, alors de manière flagrante, Madame White transgressait les commandements de Paul. Juste trois versets avant, Paul donne son commandement concernant la manière dont les femmes doivent se comporter dans l'église :

Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d'y parler... car il est inconvenant pour une femme de parler dans une assemblée. 1 Corinthiens 14:34,35.

Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre autorité sur l'homme, elle doit demeurer dans le silence. 1 Timothée 2:11,12.

TEST : A vous de décider : Passe ou échoue ?

Madame White se trouvait souvent au pupitre dans les églises, donnant sermons, lectures, et enseignant les gens : c'était en contradiction directe avec les "commandements" de l'apôtre Paul.

Quelques remarques sur l'argumentation

Légalisme. Les écrits de Paul sont à considérer comme des « commandements ». Faut-inclure les réflexions de Paul sur les dons spirituels dans une telle classification ? Sa très belle pensée sur l'amour (1 Corinthiens 13) se réduit-elle à une série de « commandements » ? La terminologie utilisée par le critique rappelle les milieux légalistes dont il a souhaité s'émanciper. Dans cette perspective, Ellen est accusée de « trangression ».

Langue française. Un grand nombre de phrases témoignent d'un littéralisme quasi incompréhensible. Le traducteur répète mot à mot ce qu'il croit être le plus fidèle à la pensée du modèle américain. La phrase « toutefois si vous voulez interpréter littéralement ce qu'a dit Paul, sans faire quelconque spécial amendement pour la culture en vigueur au premier siècle » est d'une impressionnante obscurité. Ellen est prise en flagrant délit de se trouver au « pupitre ». Elle n'en dirige pas pour autant l'orchestre philhamonique de Berlin. Le critique a du vouloir évoquer la « chaire » depuis laquelle s'expriment les personnes qui prêchent. De la même façon elle est mentionnée donnant des « lectures », un mot qui en anglais signifie davantage « enseigner », voire donner une « conférence », que lire un texte en public.

Littéralisme. Dans la phrase précédemment citée, l'auteur – pour autant que le sens de son propos soit clair - en appelle à l'interprétation littérale de la Bible comme preuve d'une lecture fidèle. Cette herméneutique fondamentaliste est encore une fois marquée par le milieu dont il prétend sortir. Comme de nombreux autres exemples, cette argumentation témoigne d'une façon très « adventiste » de critiquer l'adventisme. Nous mettons l'expression « adventiste » entre parenthèses pour indiquer ici que le critique a rencontré un milieu adventiste très fondamentaliste, adoptant une lecture de la bible simpliste que l'auteur reproduit textuellement. Il s'en servait autrefois pour justifier sa manière très particulière d'être adventiste. Il l'utilise aujourd'hui, sans la modifier, pour critiquer cette famille protestante.

Exotisme. Ellen White, en dépit de la critique dont elle devient l'objet, continue d'être appellée « Madame White ». Cette désignation insolite, est très rarement en usage au XXIe siècle dans le monde francophone adventiste.

Machisme. Selon l'interprétation choisie par le critique, l'apôtre Paul interdit à la femme de s'exprimer publiquement dans l'Eglise chrétienne : « Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d'y parler... car il est inconvenant pour une femme de parler dans une assemblée. » Fidèle à son herméneutique littéraliste, le critique n'imagine aucune autre interprétation possible que la sienne. La lettre du texte affirme ce qu'il croit qu'elle affirme, point n'est besoin de faire des recherches dans la culture corinthienne. L'argument est simple : je suis chrétien, je lis la Bible aujourd'hui, je suis sincère, je lis, donc le sens s'impose à moi dans son immédiateté.

La même argumentation machiste se révèle dans l'instrumentalisation du texte de Paul à Timothée. La version biblique francophone utilisée est choisie pour marteler le propos : « Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre autorité sur l'homme, elle doit demeurer dans le silence. » La femme a des droits : celui du silence et de la soumission. Que ce texte biblique soit correctement traduit, que le mot « soumission » soit le plus heureux, ou pas, ces question n'intéressent nullement le critique. L'objectif est ailleurs. Il faut à tout prix PROUVER. Tout d'abord que la Bible interdit la prise de parole publique féminine. Ensuite qu'Ellen est un faux prophète. Elle l'est donc, puisqu'elle ose transgresser le silence et la soumission, réservés à la femme.

Baccalauréat en ligne. La question finale « Passe ou échoue ? » en appelle à l'internaute, devenu pour quelques minutes, correcteur du baccalauréat, voire de permis de conduire pour évaluer Ellen.

Conclusion. La manière fondamentaliste et littérale d'interpréter la Bible donne à penser qu'Ellen White a été abondamment lue avec ces mêmes lunettes interprétatives. Le critique n'appréciera certes pas le mot « interprétation ». Sans doute même sera-t-il offensé par l'usage que nous en faisons, tant il est vrai que selon lui, la Bible étant la parole de Dieu, elle ne s'interprète pas, elle se lit. « Chez ces gens-là, pour reprendre le mot de Brel, on ne pense pas, on prie ». Le texte d'Ellen a jadis subi le même sort. Non pas étudié, lu dans son entièreté, dans son contexte, et dans l'histoire de sa rédaction, mais consulté de façon fragmentaire. Non pas dans une quête spirituelle, mais pour y chercher des munitions, de quoi justifier une position, une doctrine, un point de vue.

Plus Ellen White avance en âge, plus ses écrits témoignent d'une profonde distance par rapport à ce type d'instrumentalisation, qu'il s'agisse de la Bible ou de sa propore littérature. Dans son essence, ces pages ne sont pas publiées pour faire un arbitrage théologique, pour convaincre d'une rectitude doctrinale. Mais avant tout, à l'exemple du modèle biblique, et du Christ, pour témoigner de la bonté, de la compassion, et de la beauté du caractère de Dieu.

Ellen White n'a jamais revendiqué être une encyclopédie inspirée de la Bible, comme l'imaginent certains de ses lecteurs encore aujourd'hui, et comme l'ont cru autrefois ses critiques actuels. Une lecture d'Ellen White centrée sur autre chose, qu'elle apprécie Ellen ou la fustige, n'aurait rien compris à cette essence. A ce recentrage.

Jean-Luc Rolland

Centre de recherche Ellen White