L'essence du christianisme selon Frédéric Lenoir

Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Paris, Plon, 2007.

Quatrième de couverture

Frédéric Lenoir, Le Christ philosophePourquoi la démocratie et les droits de l'homme sont-ils nés en Occident plutôt qu'en Inde, en Chine, ou dans l'Empire ottoman ? Parce que l'Occident était chrétien et que le christianisme n'est pas seulement une religion.

Certes, le message des évangiles s'enracine dans la foi en Dieu, mais le Christ enseigne aussi une éthique à portée universelle : égale dignité de tous, justice et partage, non-violence, émancipation de l'individu à l'égard du groupe et de la femme à l'égard de l'homme, liberté de choix, séparation du politique et du religieux, fraternité humaine.

Quand, au IVe siècle, le christianisme devient religion officielle de l'Empire romain, la sagesse du Christ est en grande partie obscurcie par l'institution ecclésiale. Elle renaît mille ans plus tard, lorsque les penseurs de la Renaissance et des Lumières s'appuient sur la « philosophie du Christ », selon l'expression d'Erasme, pour émanciper les sociétés européennes de l'emprise des pouvoirs religieux et fonder l'humanisme moderne.

Frédéric Lenoir raconte ici le destin paradoxal du christianisme - du témoignage des apôtres à la naissance du monde moderne en passant par l'Inquisition - et nous fait relire les évangiles d'un œil radicalement neuf.

Commentaire du CREW

Directeur du magazine Le Monde des religions, le philosophe, sociologue et historien des religions Frédéric Lenoir publiait à la fin de l'année 2007 Le Christ philosophe. Selon sa thèse, l'évangile ne s'oppose pas à la modernité. Tout au contraire, centré sur l'être l'humain, le message du Christ émancipe la femme et l'homme. A cette fin, il sépare le politique et le religieux, milite pour la liberté de conscience, la non-violence, enfin valorise la dignité et l'autonomie de la personne humaine.

L'auteur s'émerveille de ce que l'évangile ait survécu à l'Eglise, entendons les institutions qui se sont réclamées du Christ, souvent « une inversion radicale des valeurs évangéliques ». Cet essai remarquable reprend l'argumentation de Søren Kierkegaard et s'inscrit dans la continuité de La subversion du christianisme, publié par Jacques Ellul en 1984. A la différence de ses illustres prédécesseurs, la perspective de Lenoir n'est pas théologique (ou croyante), mais philosophique. Lenoir affirme qu'il n'est pas nécessaire d'être croyant pour reconnaître la valeur inestimable du christianisme.

L'approche humaniste de Frédéric Lenoir ne fera pas l'unanimité. Elle a néanmoins le mérite de proposer un survol non apologétique et très accessible de deux mille ans de foi chrétienne, qui montre que, dans son essence, le christianisme n'est pas une religion. Un livre, à bien des égards, proche de la pensée d'Ellen White, je pense notamment à la première partie de The great controversy, ouvrage publié en 1888, puis remanié et corrigé par l'auteur en 1911. Il est traduit en français sous le titre La tragédie des siècles.