Cancer et alimentation

Des cancérologues réagissent au livre de David Servan-Schreiber

Vendu à 250 000 exemplaires en un mois, Anticancer : prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles, ne laisse pas les spécialistes français indifférents. Nous reproduisons à ce sujet un article de Sandrine Blanchard publié dans le journal Le Monde, le 22 novembre 2007. Le Centre de Recherche Ellen White soutient la « révolution » dont parle le professeur Andrieu, et renvoie les internautes intéressés par cette question, à un livre d’Ellen White, publié en 1905 : The Ministry of Healing (Le ministère de la guérison). Un essai, pour l’époque, tout aussi révolutionnaire, en un temps où l’on considérait, aux Etats-Unis, que la consommation de légumes crus était un danger pour la santé, et celle du tabac comme un bienfait pour les voies respiratoires.

« J'ai appris énormément de choses avec ce livre. Et vous voulez que je vous dise un secret : j'ai changé mon alimentation et j'ai déjà perdu six kilos. » Ce n'est pas un lecteur lambda, fan du nouveau best-seller de David Servan-Schreiber (LT du 6 octobre), qui parle ainsi. Mais le professeur Jean-Marie Andrieu, chef du service d'oncologie médicale à l'hôpital européen Georges-Pompidou. Jeudi 15 novembre, ce cancérologue était sur la scène de la Mutualité, à Paris, aux côtés du psychiatre venu promouvoir Anticancer : prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles, déjà vendu à plus de 250000 exemplaires en un mois.

Anonymes touchés par la maladie qui disent « retrouver espoir » grâce à cet ouvrage, mais aussi artistes - le comédien Bernard Giraudeau - et personnalités du monde médical, il y avait foule pour écouter une heure durant la conférence du charismatique docteur Servan-Schreiber. Il a beau ne « pas être l'un des leurs », l'auteur du célèbre Guérir, surnommé « D2S », est parvenu à convaincre plusieurs cancérologues sur le volet alimentation de sa méthode. «Avant le mois de juillet, je ne le connaissais pas. Il m'a fait lire les épreuves de son livre, nous avons échangé des mails tout au long de l'été, et je trouve qu'il a fait tout seul, assez convenablement, le travail du Fonds mondial de recherche contre le cancer» (voir ci-contre), raconte le professeur Andrieu. Hasard inespéré, ce fonds a publié début novembre un conséquent rapport sur le lien entre alimentation et cancer, dont bon nombre de résultats rejoignent ceux de David Servan-Schreiber. «J'ai une chance incroyable», reconnaît le psychiatre, qui reprend largement les conclusions des chercheurs internationaux sur son nouveau site internet anticancer.fr.

« Oui, l'alimentation est le lit du cancer, c'est d'une clarté infernale, mais cela fout les jetons, car vous voyez changer vos habitudes alimentaires », résume le professeur Andrieu. Augmentation fulgurante de la consommation de sucre raffiné, déséquilibre entre oméga-6 et oméga-3, sédentarité : ce trio infernal aurait, depuis cinquante ans, une large part de responsabilité dans la prolifération de cancers qui touche les pays riches. «Notre mode de vie est une forme d'engrais pour le cancer», insiste le psychiatre. Trop de viande rouge, trop de sucre, pas assez de légumes et de fruits : tout serait à revoir dans nos habitudes alimentaires si l'on veut « renforcer nos mécanismes naturels de défense contre le cancer ».

Dans son ouvrage, David Servan-Schreiber révèle qu'il a lui-même été touché par la maladie. Une tumeur au cerveau, il y a quinze ans. Opération, chimiothérapie : « Les traitements conventionnels m'ont sauvé la vie», précise-t-il. Mais il n'a pas voulu en rester là et s'est mis à éplucher la littérature et à découvrir que «l'on peut aider son corps à lutter contre l'inflammation qui nourrit les cellules cancéreuses ».

« Nous assistons à une révolution - illustrée par le succès de ce livre : les Français s'intéressent à la prévention », estime Dominique Maraninchi, président de l'Institut national du cancer. « Alors il faut y aller, avec fermeté, il faut que les médecins s'y collent, mais il faut développer une prévention globale, car cela ne sert à rien de mieux manger si on continue à fumer ou à boire», insiste-t-il. « Il est logiquement temps de mener une campagne grand public sur alimentation et cancer », considère David Khayat. Ce devrait être chose faite courant 2008.

Finalement, relativise David Khayat, professeur de cancérologie et ancien président de l'INCA, « le message de Servan-Schreiber est frappé au coin du bon sens : mangez mieux, bougez, évitez le stress, soyez plutôt heureux. Ce n'est pas un livre dangereux ».

Ces cancérologues relèvent néanmoins quelques excès ou raccourcis dans la méthode anticancer du psychiatre. L'analogie entre le romarin et l'anticancéreux Glivec ou encore l'affirmation selon laquelle le thé vert bloquerait l'invasion des tumeurs font sursauter le professeur Maraninchi.

Sans parler de la question des compléments alimentaires, sur laquelle le Fonds mondial de recherche contre le cancer a clairement indiqué qu'ils n'étaient pas recommandés.

Sandrine Blanchard, « Cancer : le rôle des aliments », in Le Monde, 22 novembre 2007.

Sources / Le Monde, Cancer : le rôle des aliments

Basé à Bruxelles le Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer (FMRC) publiait récemment un rapport dans l’intention de «déterminer dans quelle mesure l'alimentation, la nutrition, l'activité physique ainsi que les composants de l'organisme modifient le risque de cancer».

Recommandations du Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer (FMRC) pour la prévention du cancer

Les recommandations sont issues du deuxième rapport Food, Nutrition, Physical Activity, and the Prevention of Cancer : a Global Perspective 1 publié en 2007 par le réseau du World Cancer Research Fund (WCRF), dont le FMRC fait partie. Un panel international de vingt-et-un experts scientifiques a évalué les résultats d’environ 7 000 études mondiales effectuées ces cinquante dernières années. Le rapport présente leurs conclusions sur les mesures à prendre pour réduire le risque de cancer.

Ces recommandations sont cohérentes avec les objectifs nutritionnels émis par les pouvoirs publics, et mis en place via le Plan National Nutrition et Santé (PNNS). Ce plan d’actions établit les repères nutritionnels prioritaires en termes de santé publique.

Les recommandations :

  1. Soyez aussi mince que possible tout en évitant l’insuffisance pondérale.
  2. Pratiquez une activité physique au moins trente minutes par jour.
  3. Évitez les boissons sucrées. Limitez la consommation d’aliments à forte densité calorique (en particulier les produits à teneur élevée en sucres ajoutés, ou faibles en fibre, ou riches en matières grasses).
  4. Augmentez et variez la consommation de légumes, fruits, céréales complètes et légumes secs.
  5. Limitez la consommation de viande rouge (comme le bœuf, le porc ou l’agneau) et évitez la charcuterie.
  6. En cas de consommation d’alcool, se limiter à une boisson par jour pour les femmes et à deux pour les hommes.
  7. Limitez la consommation d’aliments salés et de produits contenant du sel ajouté (sodium).
  8. Ne prenez pas de compléments alimentaires pour vous protéger du cancer.
    [...]
  9. De préférence, les mères devraient exclusivement allaiter pendant les six premiers mois puis introduire d’autres liquides et aliments.
  10. Après le traitement, les personnes diagnostiquées d’un cancer devraient suivre l’ensemble des recommandations pour la prévention du cancer.

Sources : © 2007, Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer, World Cancer Research Fund International

Résumé scientifique du rapport : Alimentation, Nutrition, Activité physique et Prévention du Cancer - une Perspective Mondiale. (PDF)

  • 1. Alimentation, Nutrition, Activité Physique et Prévention du Cancer : une Perspective Mondiale