Regard critique sur la critique

Les remarques qui suivent sont le fruit d'expériences personnelles, de l'analyse des arguments de la plupart des sites critiques de l'œuvre d'Ellen White. Mais aussi de notre correspondance avec plusieurs de leurs auteurs. Ces observations ne visent pas la qualité et l'authenticité de la démarche spirituelle des personnes en particulier : qu'il s'agisse de paroissiens, de pasteurs ou de responsables qui depuis le 19. siècle ont pu émettre des réserves sur le prophétisme d'Ellen White. Nous ne contestons nullement leur amour pour Dieu, leur foi, leur engagement chrétien et leur sincérité.

S'inspirant fortement de ses prédécesseurs du 19. siècle, la critique en ligne se limite le plus souvent à une polémique dont on peut vivement regretter l'absence d'esprit œcuménique et la pauvreté intellectuelle. Très paradoxale, la critique anti-adventiste, voire anti-Ellen White utilise curieusement des armes très "adventistes". Entendons là, les armes en usage dans les milieux les plus fondamentalistes et les plus sectaires de l'adventisme dont le combat se réduit souvent au débat doctrinal. Fondamentalement et prioritairement préoccupée par la rectitude doctrinale la critique s'est peu intéressée à la spiritualité chrétienne de la famille adventiste. Ces sites se limitent en effet à une évaluation dogmatique de l'adventisme, prétendu non théologiquement correct. L'une des causes de cette lecture critique, paradoxalement très "adventiste" (dans le mauvais sens du terme) dans sa manière de combattre l'adventisme, provient sans aucun doute de l'origine religieuse de la plupart des critiques que nous avons rencontrés sur le web. De leur propre témoignage, un très grand nombre d'entre eux ont dans le passé fréquenté un environnement très fondamentaliste au cours de leur vécu adventiste. Ces milieux préconisaient une lecture inerrante (souvent littéraliste) de la Bible et d'Ellen White et une théologie de l'inspiration prophétique d'Ellen White totalement étrangère à l'auteur. Une éducation légaliste a pu également fortement conduire ces internautes à vivre une vie adventiste autrefois sectaire, intolérante, accusatrice et arrogante dans le regard porté sur les autres croyants. Il n'est pas difficile de comprendre qu'après cet enfermement et cet intégrisme, ces internautes aient aspiré à davantage d'oxygène. Une étude intelligente, adulte et chrétienne de la Bible comme de la plume d'Ellen White aurait pu conduire à d'autres conclusions, à une pratique alternative, équilibrée et rafraîchissante de la vie chrétienne adventiste dans ce qui constitue son essence : une spiritualité avant tout centrée sur la compassion et sur la générosité de Dieu. L'accueil croissant de cette approche rencontrée en Europe au cours des voyages du directeur du Centre de Recherche Ellen White en témoigne.

Wikipedia

Réponse à un internaute accusant Ellen White d'être un "gourou" et réflexions sur la critique en ligne.

Critique sur Wikipedia

En raison de son caractère fortement polémique et non scientifique la mention de l'article "Projet..." ne me semble pas pertinente. Les sites consacrés à faire connaître l'œuvre de Frédéric Chopin, de Ludwig Van Beethoven ou de Johann Sebastian Bach comportent-ils aussi des références à d'autres sites dont l'intention est de dénigrer : Chopin, Beethoven et Bach ?

La critique sur Wikipedia est une excellente chose. Mais au fond existe-t-elle dans l'esprit du site que vous mentionnez ? Qu'il s'agisse de Chopin, de Calvin, de Wesley, de Dietrich Bonhoeffer ? Si ces sites ne consacrent aucune place à la critique, cela signifie-t-il qu'Ellen White mérite d'être une exception ? Pourquoi, à quel titre serait-elle plus critiquable ? Pourquoi dérange-t-elle à ce point, et qui dérange-t-elle pour être si singulièrement stigmatisée ? Je comprends bien que l'absence de site critique sur les pages Wikipdia sur Mère Térésa ou sur Gandhi ne signifie pas qu'il ne faille pas commencer un jour. Il faut savoir regarder ce que l'on aime avec recul, critique, objectivité.

Réponse d'un internaute

La critique de Mme White n'est pas pertinente ?

En raison de son caractère totalement panégyrique et non-scientifique, le contenu de cet article sur Mme White n'est pas pertinent. J'ignorais que les pages de Wikipedia étaient destinées à faire la promotion d'une dénomination et de son gourou (infaillible ça va de soi...) Je regrette mais la comparaison entre Mme White et les musiciens que vous citez n'est pas non plus pertinente. Si personne ne songe à contester leur apport artistique, il n'en va pas de même pour un fondateur de religion : ça n'a strictement rien à voir... Et vous osez vous réclamer de la démarche scientifique...

Cet article dit par exemple :

Comme d'autres chrétiens de son temps tel que Charles Finney (...) elle a beaucoup écrit et milité en faveur d'une hygiène de vie fondée sur le respect du corps.

Ah bon... Donnez-moi des preuves de cette assertion pour commencer, concernant Ch. Finney.

Par ailleurs, vous vous contredisez puisque vous tolérez bien ce lien (Etudes sur Ellen White) vers un site dont le contenu est bien une critique des positions doctrinales de Mme White et de l'Adventisme du 7e jour, et de Mme White elle-même...

Réponse à cet internaute

Dialogue

Au nom de quoi un écrit "panégyrique" ne peut-il pas être scientifique ? Vous avez une compréhension de la science que je trouve profondément discutable. Ne serait donc scientifique que ce qui demeurerait dans le registre de la neutralité, de l'absence d'émotion, de ferveur, d'éloge. Ce n'est pas du tout ce que l'université française m'a appris. Une distance avec ce que l'on étudie est fortement souhaitable, bien sûr. Mais qu'une certaine appréciation, voire une admiration pour un auteur disqualifie le discours de tout caractère scientifique, voila qui est bien nouveau. Dangeureux et intégriste. Me voila donc interdit de toute éloge à l'égard de Blaise Pascal, ou de Gerhardt Tersteegen, deux auteurs chrétiens dont je pourrais faire l'éloge. Le mot français "éloge" signifie étymologiquement parole bienvaillante, positive. Eloge vient du grec "eulogia" (eu / comme dans eucharistie signifie quelque chose de bon, et logos / parole), puis du latin "elogium". En quoi n'est-ce pas scientifique ? C'est même un genre littéraire très connu.

Il n'est pas bien difficile de donner des sources sur l'hygiénisme de Finney, notamment pratiqué à Oberlin College où il enseignait. Cet établissement faisait l'expérience d'un hygiénisme assez voisin de celui d'Ellen White : cuisine saine, de tendance végétarienne, exercice physique, travail manuel. Dans la littérature de John Wesley, dont les positions hygiénistes restent encore mal connues, y compris au sein de l'évangélisme on peut également trouver des enseignements montrant une relation entre une certaine hygiène de vie et la spiritualité. Nous y reviendrons prochainement avec de la documentation. Ellen White n'a, sur ce point comme bien d'autres, rien inventé. L'histoire de l'Amérique protestante est remplie d'associations d'une mouvance que l'on appelait à l'époque « Health Reform movements ». Ellen White n'en est pas la pionnière, sa littérature et les conférences qu'elles donnaient aux Etats-Unis sur ce sujet, s'inscrit dans cette perspective. En parlant de "réforme sanitaire", l'adventisme ne fait que reprendre une formulation très répandue dans ces milieux revivalistes. On dirait aujourd'hui "évangéliques".

Vos accusations de "gourou" sont sévères. Vous semblez avoir peu lu cet auteur qui a passé toute sa vie à combattre ce type de dépendance. Petit détail, elle n'est pas, contrairement à une idée reçue, la fondatrice de l'adventisme.

Sur le caractère peu scientifique du site dont vous faites la promotion, cela n'est pas non plus très difficile à documenter. Contradiction, à vos yeux seulement. Je ne partage pas l'argumentation du second site mentionné, mais son propos a le mérite d'être une réflexion intelligente, qui dépasse la litanie. Un mot encore sur le site que vous estimez avoir été effacé (vous pouvez chaque seconde le remettre sur Wikipedia) son origine est clairement exprimée. Il provient d'anciens adventistes qui en effet avaient une lecture d'Ellen White étrangère à l'auteur. Une lecture de type intégriste et fondamentaliste. Qu'ils aient cessé de la lire est d'une certaine manière la plus belle chose qu'on peut leur souhaiter, je le comprends tout à fait. A mes yeux le problème n'est pas l'auteur, mais la lecture, voire le lecteur. De là à fabriquer un site pour régler ses comptes avec un aspect de l'adventisme, voire l'adventisme tout court ! De plus en plus d'internautes prennent contact avec le Centre de Recherche Ellen White et s'aperçoivent de ce caractère polémique et accusateur. Un esprit à l'image de la tendance adventiste qu'ils fréquentaient autrefois et qui est loin de représenter la communauté dans son ensemble. L'adhésion de l'Eglise adventiste de France à la Fédération Protestante de France en est un très beau témoignage. Juste une petite note à ce sujet, qui illustre mon propos. Un nombre important d'anciens adventistes aujourd'hui critiques de cette Eglise ou d'Ellen White, militaient ardemment contre l'adhésion de l'adventisme français à la FPF. Ce dialogue était à leurs yeux une compromission, une apostasie. Paradoxalement c'est bien souvent au nom de leur lecture d'Ellen White qu'ils stigmatisaient les responsables qui favorisaient cette adhésion. Mon intuition est que ces personnes n'ont en réalité pas beaucoup changé. Leur conception du prophétisme d'Ellen White reste au fond assez similaire. Ce qui a changé, et bien évidemment de façon radicale, c'est qu'après avoir "vénéré" Ellen, après en avoir fait l'encyclopédie infaillible et la réponse à toutes les questions, après l'avoir instrumentalisée au point de la considérer comme le commentaire inspiré et inerrant de la Bible, ils lui font aujourd'hui la peau. Mais assez curieusement au nom de la même approche herméneutique. Ellen était tout cela, au nom des mêmes raisons qui la condamnent en 2007. Ellen White passe du status de prophète inspiré verbalement et inerrant, dont les moindres pensées sont un Email du ciel, au status de faux prophète, d'écrivain non inspiré, dangeureux. Sur la base d'une argumentation finalement très voisine. Le site dont vous auriez aimé ne pas voir effacé l'adresse a des arguments très exotiques pour définir un faux prophète. Ellen est décrite faux prophète parce qu'elle encourage à célébrer la fête Noël. Dont chacun est sensé reconnaître la nature et l'origine "païennes". On est subjugué par la profondeur et le caractère scientifique de la démonstration.

Quant aux compositeurs, m'avez-vous réellement bien compris ? Ma réflexion s'inscrivait à partir de l'article actuel de Wikipedia sur Ellen White. On peut à loisir en écrire un autre, aussi sur Wikipedia. Si je fais un article pour défendre la spiritualité de Thérèse d'Avila (ce que je suis prêt à faire, soit dit en passant) ou de Henri Nouwen, prêtre catholique que j'admire, je serais choqué que ce même article s'ingénie à dénigrer ces auteurs spirituels. Qu'un autre article le fasse, why not ? Question de cohérence. Non pas que la critique ne soit pas pertinente, en fait je ne parle pas de critique mais de dénigrement. Faites-vous la différence ?

Je suis allé pour vous surfer sur plusieurs sites consacrés à des figures du christianisme, dont Thérèse d'Avila, Jean Calvin, John Wesley. Rien de négatif sur ces sites. Vous pouvez essayer d'introduire quelque chose dans cet esprit. Tentez votre chance, vous me confierez vos impressions sur la manière dont les internautes accueilleront votre contribution. Je ne suis pas papiste, loin de là, mais jamais je ne me permettrai de critiquer Benoît 16 ou Jean-Paul II, même sur Wikipedia. Cela dit, un autre article qui le ferait de façon très documentée et objective pourrait avoir largement sa place à mon avis. Il y a un temps pour tout, disait l'auteur de l'Ecclésiaste. Sage parole.

Encore deux pensées pour aujourd'hui

  1. A. Comme je le disais plus haut, je m'étonne du harcèlement dont Ellen White est l'objet sur le web. Je ne suis pas du tout hostile à une saine critique de l'adventisme, de ses pionniers, de ses paroissiens actuels, de son clergé, de ses responsables, et de sa théologie. Bien au contraire cette remise en question me semble tout à fait constitutive de l'identité adventiste qui s'est toujours méfié des formulations doctrinales définitives, de la tendance à faire des professions de foi un credo granitique et irréversible. L'histoire adventiste témoigne de nombreux exemples de remises en question. Sans doute pas suffisamment et peut-être pas assez rapides. Mais qui suis-je pour aller faire la leçon ? Le visage de l'adventisme contemporain montre aussi une profonde diversité d'opinions. Lisez pour cela des revues comme Spectrum et vous en serez surpris. Cette diversité n'est pas pour moi une source d'inquiétude mais une réelle bénédiction. Voila pour mon appétit de critique. Mais critique et harcèlement sont deux choses différentes. Dire, comme le fait le site que vous auriez aimé ne pas voir effacé, qu'en dépit de son message hygiéniste et à forte dominante végétarienne, Ellen a mangé et raffolé des huîtres est assez émouvant. Mais quelques questions quand même : 1° Dans quel corpus écrit-elle cela (une lettre, donc un manuscrit sans prétention de publication où Ellen rédige fréquemment des idées tout à fait personnelles qu'elle contredit par la suite dans d'autres manuscrits); 2° à qui le dit-elle, 3° quand le dit-elle ? Ce ne sont pas des questions que ce site aborde, c'est vraiment très dommage. J'ai relevé une foule d'affirmations de ce type. Encore un domaine affirmé plus qu'étudié sur ce site, celui de l'originalité d'Ellen White. Il était très louable dans les années 1970-1980 de mettre en lumière la réalité incontestable des emprunts littéraires chez cet auteur. Cela ne s'est pas toujours fait de façon paisible, à la fois du côté de ceux qui publiaient des info rmations pour mettre en relief les similitudes entre Ellen et les auteurs qu'elle copiait. Et à la fois chez certains qui auraient préféré un certain silence sur cette réalité. Ce constat est sympathique, indispensable, mais les conclusions philosophiques de certains auteurs étaient souvent contestables et témoignaient notamment d'une herméneutique de l'inspiration encore extrêmement fondamentaliste : un prophète ne copie pas (que faut-il alors penser de Philippiens 2, et d'une partie de Jean 1), un prophète est inspiré verbalement (dans ses mots même), un prophète est inerrant (ce n'est pas ce que révèle une étude attentive de la Bible) Je suis conscient que bien des milieux de l'évangélisme ne partagent pas cette herméneutique. De ce point de vue, la position adventiste est relativement inclassable : à mi-chemin entre le piétisme allemand, le libéralisme et l'héritage que l'adventisme partage avec les revivals et les réveils européens. C'est, je trouve, une alternative intéressante. C'est aussi ce que pensaient des chercheurs du CNRS le 3 mai à Paris lorsqu'ils se sont penchés sur l'adventisme. Ces conférences seront prochainement publiées. Je vous invite à les lire, notamment l'exposé de Régis Dericquebourg, sociologue des religions et chercheur au CNRS. Son thème : Ellen White. Une étude très externe à l'adventisme, et cependant très loin du portrait de "gourou" que vous en faites. Tout au contraire. Je comprends que certains anciens adventistes et quelques observateurs fondamentalistes aient des difficultés avec Ellen White. Vous n'appartenez peut-être ni à l'une ni à l'autre de ces sensibilités. Bien qu'à vous lire, j'ai tendance à en être profondément convaincu. Mais je ne lis pas dans la boule de crystal.
  2. B. Plus court. Je reviens à Calvin, mais aussi à Luther et à tant d'autres hommes et femmes de Dieu qui n'ont jamais affirmé être infaillibles (sur ce mot, vous vous trompez à l'égard d'Ellen, cela n'est pas sa prétention) Ma réflexion veut attirer votre attention sur les sites de type Wikipedia consacrés à ces figures du christianisme. En connaissez-vous un seul qui fasse autre chose que de faire connaître la pensée, la vie, voire l'éloge de ces auteurs ? Quelle place la critique occupe-t-elle sur ces sites en lien externe ou pas. Voulez-vous bien me le dire ? Allez-vous en trouver ? Et il y aurait matière, vous connaissez sans doute l'affaire Michel Servet et aussi les positions loin d'être sionistes de Luther. Juste, il y a quelques sites sur Luther et les Juifs. De vous à moi, si Ellen White a parfois dit des choses surprenantes, cela n'atteint jamais cette proportion. Voir cette horreur.

Merci pour la confiance que vous saurez donner à ces quelques réflexions, encore provisoires. Merci de m'accorder le droit d'être sincère et honnête, dans une démarche opposée à la vôtre.

Amitiés.