Spiritualité sans Dieu

Le Centre de recherche Ellen White s'étonne des réactions ironiques et suffisantes qui circulent dans certains milieux théologiquement corrects à propos de la parution du livre d'André Compte-Sponville, L'esprit de l'athéisme : introduction à une spiritualité sans Dieu. Paris, Albin Michel, 2006. Pour l'auteur, certes athée convaincu, la quête spirituelle ne peut exclure celles et ceux qui doutent de l'existence de Dieu. Très heureux et reconnaissant d'avoir été « élevé dans le christianisme », il n'en garde « ni amertume ni colère, bien au contraire. » Compte-Sponville estime devoir à cette famille spirituelle une « part essentielle » de que qu'il est. Sa façon d'être athée, explique-t-il, reste marquée par cette foi. « La spiritualité est une chose trop importante, écrit le philosophe, pour qu'on l'abandonne aux fondamentalistes. »

Je crois, comme André Compte-Sponville, que « les athées n'ont pas moins d'esprit que les autres », que l'histoire témoigne de non croyants bien davantage aimants, tolérants, respectueux, compatissants, serviables et humbles que beaucoup de croyants. En un mot, plus chrétiens que ceux qui prétendent l'être. Avec Ellen White, je crois que ces femmes et ces hommes non seulement sont d'authentiques enfants de Dieu, mais que j'aurais la joie de vivre l'éternité avec eux. Quel dommage pour mes amis athées, de ne pas savourer à l'avance ce cadeau. Mais quelle leçon de gratuité, à moi qui suis sans cesse tenté d'acheter Dieu. Merci André, mon frère, pour ton écrit au travers duquel je peux communier avec toi !

« Les athées n'ont pas moins d'esprit que les autres. Pourquoi s'intéresseraient-ils moins à la vie spirituelle ? Ce n'est pas parce que je suis athée que je vais me châtrer l'âme ! Qu'est-ce que la spiritualité ? C'est la vie de l'esprit, spécialement dans son rapport à l'infini, à l'absolu, à l'éternité. » (André Comte-Sponville, in Le Monde des Religions, novembre-décembre 2006, p. 37)

Pour aller plus loin

  • Serge Lafitte, Karine Papillaud et Eric Vinson, « La quête d'une spiritualité sans Dieu », in Le Monde des Religions, novembre-décembre 2006, pp. 22-26;
  • Jean-Louis Schlegel, « La sagesse laïque au secours des modernes », idem, pp. 28-29;
  • Frédéric Lenoir, Karine Papillaud, « Athée, mais pas châtré de l'âme », idem, pp. 35-39;
  • André Comte-Sponville, L'Esprit de l'athéisme : introduction à une spiritualité sans Dieu. Paris, Albin Michel, 2006.

Il nous semble utile de nous replonger dans la littérature adventiste d'Ellen White sur la question. L'auteur fait de remarquables affirmations à contre courant des idées reçues circulant au sein de milieux fondamentalistes chrétiens, selon lesquels il est impensable d'envisager la foi en dehors de ce même milieu. Une étude récente m'a montré combien sa pensée sur ce point est encore peu connue, voire ignorée de son propre lectorat. Non seulement l'auteur de The Desire of Ages aime parler de la foi chrétienne vécue au sein du catholicisme et du protestantisme non adventiste, qu'elle ne se prive pas de mentionner comme un modèle de christianisme, mais Ellen White évoque également très clairement la reconnaissance par Dieu de « fidèles » totalement étrangers à la foi chrétienne. Surtout lorsque celle-ci se résume à des rites et se fonde sur une adhésion dogmatique à des normes et des concepts bibliques. Voir The Desire of Ages, pp. 637-638; Prophets and Kings, p. 376-377. Nous ne soulignerons jamais assez la densité exceptionnelle de cette approche tout à fait singulière au XIXe siècle dans les milieux issus du protestantisme des revivals. Pour cette raison certains de ces milieux condamnaient ce qu'ils percevaient être du libéralisme et de l'universalisme chez Ellen White. Voir Paul McGraw, Born in Zion ? : the margins of fundamentalism and the definition of Seventh-day Adventism. Washington, George Washington University, thèse de doctorat, 2004, p. 149. De ce point de vue la soif de spiritualité d'un André Compte-Sponville, son admiration pour la spiritualité du Christ et pour celle de bon nombre de ses disciples au cours de l'histoire du christianisme est à prendre très au sérieux. Parralèlement il me semble essentiel pour l'équilibre du croyant de vivre sa foi en se sachant aimé quoiqu'il arrive, même s'il devait un jour, dans toute son honnêteté, penser ne plus entendre Dieu.

"Au milieu des peuples, des tribus et des langues, le Seigneur voit des hommes et des femmes qui prient pour recevoir davantage de lumière et de connaissance (…) L'honnêteté de ces personnes les fait aspirer à une vie meilleure. Bien que plongées dans l'abîme du paganisme, et sans aucune connaissance de la loi écrite de Dieu ou de son Fils Jésus, elles ont montré de plusieurs manières à quel point la puissance de Dieu travaille sur la pensée et la personnalité de l'être humain (…) Le plan de la rédemption est suffisamment large pour embrasser le monde entier." (Prophets and Kings, 1915, pp. 376-377)

"Sur le Mont des Oliviers, le Christ a décrit la scène du grand jour du jugement à ses disciples. Il leur a montré que tout ne reposerait que sur un seul point. Lorsque les nations seront rassemblées devant lui, il n'y aura que deux types de personnes. Leur avenir éternel sera déterminé en fonction de ce qu'ils auront fait ou négligé de faire pour lui, dans la personne du pauvre et de celui qui souffre (…) Celles et ceux que le Christ valorise au jour du jugement n'auront peut-être pas eu une grande connaissance théologique mais ils ont chéri les principes qui ont animé la vie du Christ (...) Ils ont été une bénédiction pour leur entourage. Même parmi les païens il existe des personnes animées d'un esprit de gentillesse (…) Parmi les païens il existe des personnes qui adorent Dieu tout en l'ignorant. La lumière ne leur est jamais parvenue par le moyen d'êtres humains, mais ils ne périront pas (…) Leur attitude est une évidence que le Saint-Esprit a touché leur cœur. Dieu les reconnaît alors comme ses enfants." (The Desire of Ages, 1898, pp. 637-638)

Pour continuer la réflexion, avec la plume de Guido, directeur de la Bibliothèque Alfred Vaucher du Campus adventiste, avec les remerciements du Centre de recherche Ellen White : http://ettoc.hautetfort.com/theologie/

Manichéen

Jean-Luc Rolland
Faculté adventiste de théologie
Centre de recherche Ellen White