Forum Ellen White sur le site de la jeunesse adventiste

Depuis juin 2004, un forum de discussion sur la vie et la pensée d'Ellen White existe sur le site de la jeunesse adventiste. J'ai pris le temps de lire attentivement les questions et les remarques des jeunes qui ont pris part à ce forum. Voici le contenu de mon intervention de ce jour.

Chers amis,

J'ai pris le temps de lire l'ensemble des échanges de ce passionnant forum. Je vous suis très reconnaissant pour la pertinence des paroles exprimées sur ce sujet pas toujours simple. Je comprends bien que les mots sont parfois un peu carrés. Les mots sont plus nuancés dans une conversation réelle où les visages et le ton de la voix disent aussi beaucoup de choses. Pas de problème donc, j'ai apprécié ce débat super, en dépit de la faiblesse de certains arguments puisés dans des sources, dont les qualités humaines, la spiritualité et la rigueur intellectuelle sont réellement discutables.

Je vais tenter de dire quelque chose à mon tour. Ceci dit, je ne suis pas une encyclopédie ambulante, les opinions que j'exprime ici sont bien imparfaites. Je consacre du temps à faire mieux connaître ce que je crois de tout cœur être la véritable personne d'Ellen White, que finalement assez peu de gens que je rencontre connaissent. C'est curieux. Mon ministère s'intéresse aussi à l'apprentissage de la lecture. Oui, comme cela a été exprimé, il est nécessaire d'apprendre à lire, cela peut demander beaucoup d'humilité. Il est impossible de nier le fossé culturel qui existe entre les années 1840 et 2006, entre une culture protestante nord-américaine issue des Réveils et le catholicisme bien français de mon enfance, entre un chant Hymne et louanges et mon grégorien ou la musique d'Exo. Il est indispensable de se replonger dans l'univers qui a bercé les fondateurs de l'adventisme, comme il faut connaître le contexte de la ségrégation pour apprécier le message de Luther King, ou la pauvreté de Calcutta et du Caire pour comprendre Mère Térésa et Sœur Emmanuelle : deux femmes exceptionnelles qu'Ellen White admirerait aujourd'hui, j'en suis intimement convaincu. Ellen est loin d'être aussi sectaire que bien de ses lecteurs et lectrices. On connaît ses paroles assez musclées lorsqu'elle parle des systèmes religieux. O. K. Mais c'est quand même bien elle qui a si souvent interpellé la famille adventiste pour lui dire qu'en dehors de l'adventisme existent une foule de chrétiens "très consciencieux"(sic) qui sont de bien meilleurs chrétiens que bon nombre d'adventistes. Super sujet d'un nouveau forum…

Ceci dit, ni mon travail ni ma vie ne se résument ou se réduisent à Ellen White, Dieu merci. J'apprécie hautement la spiritualité de cet auteur en qui la famille adventiste, comme moi-même reconnaît une dimension prophétique. Un mot qu'elle évitait, vous avez raison de le rappeler. Il y a des raisons socioculturelles à cette réticence. Mon travail actuel est d'enseigner la théologie à la faculté adventiste, de faire de la recherche, d'accompagner les chercheurs, de voyager dans tous les pays d'Europe qui sont inclus dans la division EUD (pardon pour le patois) pour donner des séminaires et des conférences, organiser des retraites spirituelles, donner des cours dans d'autres facultés adventistes, participer à des congrès J.A (en Pologne j'ai animé un atelier intitulé "Comment être adventiste sans devenir un terroriste spirituel ?"), ou des camps (récemment j'étais l'invité d'un camp Compagnons-Aînés en Bulgarie de 300 J.A). Dans tous ces déplacements, je ne suis pas là pour faire de la pub pour le White Estate ou pour Ellen White. Au risque de vous choquer, Dieu ne m'a pas mis au monde pour consacrer ma vie à la promotion de l'adventisme. Et je dois beaucoup à Ellen White de m'avoir fait mieux comprendre toutes ces pensées. Mais il a fallu que Dieu travaille, et beaucoup, il a eu du boulot avec moi. En entrant dans la famille adventiste, j'étais un légaliste pur beurre et un fondamentaliste dans ma manière de comprendre à la fois le message adventiste et les textes de la Bible comme ceux d'Ellen White, que d'ailleurs je mettais sur le même plan, comme s'ils avaient la même "autorité". Encore pardon pour le patois ici.

Oui Ellen White, entre autres, mais surtout le Seigneur et beaucoup de rencontres. Mais Ellen White aussi, je lui en suis reconnaissant, m'a beaucoup aidé à comprendre qu'être adventiste, c'est d'abord être chrétien avant d'être adventiste. Je le crie partout. Peut-être pas assez fort. L'adventisme, chacun des visages de cette famille chrétienne, les différents aspects de son message, tout cela est très émouvant, passionnant, utile. Pas de problème avec cela. Mais l'adventisme est au service de quelque chose qui le dépasse. C'est de compassion, de générosité, d'affection, d'écoute, d'entraide, de solidarité, de sourire, d'humour, de pardon, de temps partagé et de pain dont le monde a besoin. Et c'est l'essence du caractère de Dieu d'être tout cela. L'adventisme est une panoplie d'outils merveilleux que Dieu met à notre disposition pour optimiser tout cela. Mais ne confondons pas, comme je l'ai fait tant de fois (et encore aujourd'hui), les outils et le centre de la vie chrétienne. Les outils peuvent devenir le centre, ouille. Les problèmes commencent, qui vont conduire aux excès que l'on a vus ici et là dans toutes les religions de l'histoire. Faire de l'adventisme le centre de ma vie m'a conduit à faire du prosélytisme plus qu'à partager l'Evangile, à juger plus qu'à valoriser, à me tirer par les cheveux pour aller au ciel plus qu'à vivre dans la présence de Dieu. L'essence du christianisme dont parle le Christ, mais aussi Ellen, est une relation à Dieu, une relation à nos semblables. Le reste peut être fantastique, il n'en demeure pas moins un instrument au service de plus grand que lui. Ces deux noms Jésus et Ellen sont mis ici dans la même phrase, ne me jugez pas sur ma pauvre façon d'écrire, je ne suis pas entrain de blasphémer en comparant deux personnes incomparables. L'un est notre Seigneur, parfait et rempli de tendresse, l'autre est l'une de ses témoins, avec sa pauvreté et les cadeaux que Dieu lui a offerts.

J'ai été beaucoup plus bavard que je ne le voulais. Je n'ai encore pas abordé les choses que je souhaitais partager avec vous sur les points de vue échangés dans le forum. J'ai noté quelques mythes qui apparaissent ici et là dans les propos. Je m'associe pleinement à ce qu'a écrit Jean-Paul Barquon sur ce point. Concernant les sites anti-adventistes que vous évoquez, je lis leur littérature en ligne. Les arguments sont très anciens, ils parlent comme si nous étions encore en 1980. Depuis, la communauté adventiste s'est beaucoup enrichie. Ces sites ne volent pas très haut au niveau scientifique. Je suis très étonné par la pauvreté de la démonstration, qui procède par affirmations. C'est tellement plus facile. Mais cela peut troubler le lecteur occasionnel d'Ellen White, ou celui qui la vénère. Le message publié le 11 juin 2004 eu départ du forum m'inquiète quand même. Le site auquel il est fait référence est présenté comme s'il était le Messie, avec des scoops fabuleux. Rien de bien réel quand on prend le temps d'analyser l'argumentation de Dirk Anderson, avec qui j'ai correspondu. Cet ancien adventiste critique aujourd'hui Ellen pour les mêmes raisons qu'il la vénérait autrefois. Ce qu'il appelle "prophète"est plus une approche de son imagination qu'une réalité biblique. Il condamne Ellen de ne pas cadrer avec ce qu'il appelle "prophétisme", il lui vouait un culte lorsqu'il croyait qu'elle avait reçu ce "don"prophétique. Jonas, comme David, Moïse et Pierre étaient prophètes. Non pas en raison de leur compétences ou de leur qualité de vie, mais en dépit de tout cela. Ce n'est pas la compétence qui crée le prophète, c'est l'appel qui crée la compétence. Cet appel ne se mérite pas. Pas plus que le mien, ni la joie que j'ai de vous lire et de vous répondre.

En prenant le petit-déj ce matin, je me disais que ce serait super de se rencontrer un jour pour discuter de tout cela. Et pourquoi pas demander à la FFJA d'organiser une rencontre, un séminaire pour des jeunes qui ont envie de réfléchir. Même si nous devions nous retrouver à 20 personnes. En janvier 2005 j'ai passé toute une semaine en Autriche pour parler de ce que je viens de vous dire. En septembre dernier, sachant que j'avais enseigné en Autriche, une association de scientifiques allemands m'a aussi invité à Stuttgart. Les participants à ce congrès étaient très exigeants, mais très ouverts. Leur soif et leur honnêteté m'ont beaucoup touché. Lors de ce week-end en Allemagne un président de fédé du nord de l'Allemagne m'a invité pour parler tout un week-end devant plusieurs centaines de personnes en septembre 2006.

En dehors des thèmes relatifs à Ellen White, ce que l'on me demande le plus souvent touche essentiellement à la spiritualité chrétienne. Comment rencontrer Dieu au XXIe siècle ? Comment personnaliser ma relation avec Dieu, comment la vivre de façon créative et gratuite ? Quelles sont nos racines ? Comment sont nées nos croyances, sont-elles tombées du ciel, comment l'Eglise adventiste a-t-elle évolué, pourquoi et quand est-elle devenue parfois légaliste, voire fondamentaliste (juste après le décès d'Ellen White) ? Quel sens donner au sabbat aujourd'hui ? Les adventistes sont-ils propriétaires de la vérité ? Le pardon. Réflexion sur la grâce, l'assurance du salut, la gratuité de notre relation à Dieu.

A celles et ceux qui souhaiteraient approfondir ce sujet, j'ai écrit ce document : "Le cadeau de Dieu : regard sur une parole rafraîchissante d'Ellen White sur la gratuité du salut".

Il y a beaucoup d'autres sujets que j'aborde dans mes voyages, écrivez-moi, nous en reparlerons. A moins que vous souhaitiez que je le dise sur le forum J. Je reste disponible, n'hésitez pas à me contacter pour une chose ou une autre : jl.rolland@campusadventiste.edu (Téléphone au bureau : 04 50 87 68 09)

A vous toutes et à vous tous, ainsi qu'à tous ceux que vous aimez, une excellente année 2006 remplie de cadeaux du ciel. Que notre Dieu de tendresse vous offre la joie de vivre en paix, dans la joie, au service de ceux qu'il met sur votre chemin.

Amitiés,

Jean-Luc