Parler d'Ellen White en 2009 (1)

Jean-Luc Rolland

Jean-Luc RollandRencontre avec Jean-Luc Rolland
Propos recueillis par des étudiants de la Faculté adventiste de théologie

  • Pourquoi l'existence d'un Centre de recherche Ellen White en France ?

    L'idée n'est pas nouvelle, il existe plusieurs centres de ce type dans le monde entier. L'administration mondiale de l'Église adventiste est organisée en treize régions du globe. La nôtre, qui comprend un grand nombre de pays de l'Union européenne et du Bassin méditerranéen, ne possédait pas une telle ressource avant 2002. La Conférence générale a pensé que cette mise à jour pouvait être nécessaire. Comme son nom le précise, il s'agit de recherche. Sa mission est de favoriser cette recherche en matière d'histoire de l'adventisme, mais aussi des différents contextes religieux qui ont favorisé son émergence ou accompagné son développement.

  • Par exemple…

    Je pense à des mouvements tels que le piétisme, le baptisme, le méthodisme, les réveils européens et bien sûr états-uniens, enfin plus proche de nous le mouvement suscité par la prédication de William Miller.

  • Quelle documentation le centre met-il à la disposition du public ?

    Le Centre propose grand nombre de sources millérites et l'intégralité de l'oeuvre d'Ellen White, ainsi qu'un grand nombre de documents relatifs à son ministère, son temps et sa vie. Nous possédons l'intégralité de la correspondance et des manuscrits d'Ellen White sous la forme de fac-similé, mais aussi de quelques originaux. Le centre dispose aussi de l'intégralité de l'oeuvre publiée en anglais (articles et livres), de l'ensemble de l'édition francophone et aussi de traductions dans quelques autres langues. La recherche est facilitée par des outils nécessaires tels que microfiches et microfilms, CD-Roms et DVD, index, dictionnaires, encyclopédies, biographies, dossiers documentaires.

  • La recherche ne peut-elle se faire que sur le site du campus ? Le centre est-il accessible en dehors de Collonges ?

    Tout à fait. De façon partielle bien sûr, car le volume de la documentation nécessite une consultation sur place. Mais certains services sont proposés à distance. Je pense à notre site web, qui prochainement mettra en ligne une importante base de données, des livres d'Ellen White, et l'intégralité des dossiers documentaires du site du Ellen G. White Estate. Puisque nous parlons d'Internet, il faut saluer ici l'énorme travail de catalogage de l'équipe de la Bibliothèque Alfred Vaucher. Par ce moyen, les internautes peuvent consulter la totalité du catalogue de notre centre.

  • Accessible, le Centre l'est aussi au travers de vos déplacements. La demande semble importante.

    C'est vrai et ce n'est pas facile, un calendrier de 52 semaines se remplit rapidement. Chaque année, hélas, des invitations demeurent sur une liste d'attente ; mon planning est complet pour les douze à quatorze mois à venir.

  • Dans quels pays animez-vous ces séminaires ?

    Un mot tout d'abord sur ce que vous appelez « séminaires ». C'est la forme que prennent la plupart du temps mes interventions, sur une durée qui peut alterner entre une soirée, une journée, un week-end entier, une semaine ou deux. Mais j'aime répondre à d'autres types d'invitation. Participer à un atelier, à un camp de vacances de jeunes ou plus familial, organiser des retraites spirituelles dans un cadre favorisant la méditation, le recueillement. Le centre répond aussi à la demande des autres facultés adventistes de théologie européennes, et à l'enseignement délivré par la Faculté adventiste de théologie dans les DOM-TOM.

  • Comment expliquez-vous ces invitations et cet accueil ?

    Je suis émerveillé par l'appétit du public. Je suis convaincu qu'après des années de suspicion – d'ailleurs partiellement légitimes, car on a dit au nom d'Ellen White des choses inimaginables, pour ne pas dire étrangères à la pensée chrétienne –, il existe aujourd'hui une quête grandissante pour connaître les racines de la famille adventiste. Et je ne pense pas seulement à nos enfants, qui souvent ignorent d'où nous venons, mais aussi aux nouveaux croyants qui nous ont rejoints et aux croyants plus anciens, qui soit en sont restés à quelques clichés sur notre histoire, soit ont laissé de côté le passé en pensant qu'il n'avait pas de pertinence. Je suis émerveillé et reconnaissant envers Dieu lorsque je vois le nombre de personnes présentes lors des séminaires, parfois même sans publicité. Il m'est souvent arrivé de voir des jeunes présents à ces séminaires. Et quand je dis jeunes, je pense à des Tisons et des Explos, en pleine rencontre dite « pour adultes ». Il y a quelques jours encore, deux enfants sont venus assister à un cours du soir que j'animais à la Faculté. Je pense aussi à mes amis bulgares, qui ont organisé un camp avec 350 jeunes… sur l'histoire adventiste et Ellen White. Je pense également à un jeune ingénieur portugais, qui a fait 800 km (oui je n'ai pas ajouté de 0 inutile) pour venir participer à un séminaire d'une seule journée. Je pense à des amis étudiants qui, lors d'une semaine d'étude dans une église, sont non seulement venus mais ont invité leurs amis étudiants non adventistes à se joindre à l'église pendant cette semaine. Je pense à des jeunes tchèques qui, après avoir vécu un séminaire dans une église du nord de la République tchèque, m'ont suivi le dimanche à la Faculté de théologie de leur pays. Ils étaient encore présents le lundi matin. Lorsque je leur ai demandé pourquoi ils n'étaient pas rentrés, ils m'ont dit avoir téléphoné à leur patron pour demander une semaine de congés, afin d'assister aux cours à la Faculté tchèque.

  • Le Centre souhaite aussi promouvoir de nouveaux outils de recherche.

    C'est juste, je pense ici à la demande pressante d'un CD-Rom francophone. Après avoir longuement réfléchi, nous allons offrir mieux : un CD-Rom multilingue. Nous avons choisi de produire non seulement un CD-Rom des écrits d'Ellen White disponibles en langue française, mais de les inclure dans une version accueillant aussi les écrits en langue allemande, espagnole, portugaise et anglaise.

  • Vous pensez aussi au lecteur de ces recherches ? Vous reste-t-il encore du temps pour publier ?

    Ce n'est pas simple. L'enseignement et les activités du centre sur place et les nombreux déplacements laissent peu temps à l'écriture. La récente expérience avec les chercheurs du CNRS et du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité témoigne d'un réel besoin.

  • Précisément, un livre sur l'adventisme vient de sortir de presse. Cet ouvrage collectif est issu de la journée d'étude réalisée au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL). Vous avez participé à sa publication.

    Ce livre est en effet sorti en novembre dernier aux éditions L'Harmattan, à Paris. Les éditeurs ont choisi de l'intituler Ces protestants que l'on dit adventistes. Ce choix a une relation étroite avec la genèse de ce colloque. La visibilité de l'adventisme est une évidence depuis quelques années, notamment son enracinement dans le protestantisme historique et contemporain. Ce volume collectif réunit les plumes de Jean Baubérot, Jean-Paul Willaime, Sébastien Fath, Régis Dericquebourg, Fabrice Desplan, Dominique Kounkou et Richard Lehmann.

  • Comment avez-vous pu contribuer à sa réalisation ?

    C'est en soi un cadeau de Jean-Paul Willaime. J'étais invité à ce colloque au CNRS, mais n'y ai pas donné de conférence. Ma seule contribution est d'avoir rencontré Régis Dericquebourg auparavant, pour l'aider à construire sa conférence sur Ellen White. C'est au moment du déjeuner que Jean-Paul Willaime a fait remarquer qu'un chapitre introductif sur l'adventisme s'imposait, observant que la simple publication des exposés du colloque présupposait à tort que le lecteur saurait de qui l'on parle. Adventisme ? C'est quoi ? C'est qui ? Les chercheurs m'ont demandé d'écrire un chapitre pour répondre à cette interrogation. Cet exercice n'a pas été de soi.

  • De quel adventisme parler ?

    On me demandait de demeurer français, mais de résumer les origines et le développement de l'histoire de l'adventisme mondial, tout en m'intéressant à son implantation française. Un mot à ce sujet. Je parle de la France et non pas seulement de la métropole. Si certains Européens sont surpris (je soupçonne aussi des sentiments profondément racistes) de voir évoluer l'équipe de France de football avec le visage de la véritable France et non pas seulement celle de la Corrèze et de la Creuse, il en va de même avec l'Église adventiste. La France est à Nouméa autant qu'à Papeete, à Marie-Galante et à Saint-Brieuc. De la même façon, les chiffres que je donne de cet adventisme ne se réduisent pas à ceux du registre de baptêmes. Cette tradition qui consiste à référencer les adventistes lorsqu'ils deviennent « membres » de l'Église est sympathique, elle se veut honnête. Mais elle ne correspond pas du tout à la réalité sociologique. Nos enfants participent à la vie de l'Église, souvent avec un engagement plus profond que beaucoup d'adultes à qui une tradition contestable confère le statut de paroissiens. Même lorsque leur fréquentation des activités religieuses et sociales de l'église reste très épisodique. Les sociologues m'encourageaient à multiplier par trois le nombre d'adventistes de notre pays. J'ai hésité et n'ai multiplié que par 2,5. Cela donne quand même 125 000. Peu comparativement aux… 42 millions d'adventistes de la planète, c'est vrai.

  • Le volume de ce chapitre ne vous a sans doute pas permis d'aborder l'ensemble des convictions adventistes.

    Ce n'était pas le propos. Ce livre n'est pas une apologie, il n'est pas non plus une visite guidée de l'adventisme. J'ai tenté de respecter la démarche des chercheurs et de la relier à la motivation du colloque. Je suis bien évidemment resté sélectif, mais j'ai pris en compte ce qui me semble constituer l'essence de notre foi. De ce point de vue, il me semble aussi avoir respecté la pensée de cette femme, Ellen, pour laquelle… et avec laquelle je travaille dans ce Centre.

Jean-Luc Rolland
Revue adventiste
janvier 2009

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